FPI

“L’opposition fait toujours la gloire d’un pays.” La citation d’Ernest Renan, qui se trouve dans  ‘Discours et Conférences’ (Paris, Calmann-Lévy, 1887), peut-elle s’appliquer à la Côte d’Ivoire ? Avant de répondre à cette question, je voudrais montrer pourquoi l’opposition est importante dans un pays. Pour moi, la raison est la suivante : un pays qui n’a pas d’opposition est un pays qui manque d’un contre-pouvoir face au parti qui gouverne.

Si nous étions dans une Côte d’Ivoire normale, la candidature de Laurent Gbagbo et de Henri Konan Bédié serait une incongruité parce que l’un et l’autre ont atteint ou dépassé 75 ans qui est un âge “où on est fréquemment malade” (dixit Laurent Gbagbo sur RTI un jour), ont fait leur temps et ont eu l’occasion de montrer de quoi ils sont capables à la tête du pays. Dans un pays normal, tout le monde aurait voulu que les candidats à la présidentielle du 31 octobre 2020 soient de nouvelles personnes afin que le pays puisse bénéficier d’idées et de méthodes nouvelles mais nous ne sommes plus dans un pays normal depuis avril 2011.

Annoncer qu’on ne fera pas ce qui est interdit par la constitution (la nôtre interdit de faire plus de deux mandats à la tête du pays) relève tout simplement du bon sens et donc, n’a rien d’exceptionnel. Cela ne fait pas non plus entrer dans l’Histoire celui à qui la France a demandé de ne pas rempiler. Le départ de Nelson Mandela du pouvoir, en revanche, était quelque chose d’historique et d’extraordinaire parce que le premier président noir de la nation arc-en-ciel a quitté le pouvoir 5 ans seulement après l’avoir exercé, parce qu’il était encore adulé par son peuple au moment où il s’en allait, parce que, pendant ces 5 années de pouvoir, Mandela ne s’est pas vengé grossièrement et idiotement des Blancs qui l’avaient emprisonné pendant 27 ans, parce qu’il ne s’est pas occupé uniquement des gens de son ethnie ou de son parti, parce qu’il n’a pas passé son temps à terroriser ses compatriotes et à persécuter les opposants sud-africains, parce que ni l’Angleterre ni les Etats-Unis ne l’ont sommé de quitter le pouvoir. C’est un sacrilège que de mettre la vertu et le vice autour de la même table. Mandela ne fut ni criminel ni imposteur pour que des incultes en mal d’idolâtrie le comparent à Ouattara.

Le 10 octobre 2019, au siège du PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire), Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif de ce parti, affirmait ceci : “Que la Commission électorale soit réformée ou non, le PDCI ira aux élections présidentielles de 2020 et les gagnera.”

Le 31 mai 2019, lors de la célébration des 74 ans de l’ancien président ivoirien, Hubert Oulaye a dit une chose qui, pour certains Ivoiriens, n’est pas vraiment une révélation : Laurent Gbagbo ne peut rentrer en Côte d’Ivoire qu’avec l’accord du gouvernement français et de Dramane Ouattara. Pourquoi fallait-il s’attendre à cela ? Parce que c’est la France et Ouattara qui l’ont kidnappé et déporté illégalement à la Haye.

Quelqu’un, après avoir lu mon post sur “le FPI fait quoi si Gbagbo n’est pas libéré en 2019 ?”, m’a interpellé, ce que je ne trouve pas anormal car, pour moi, tout amoureux de la démocratie devrait accepter d’être contredit ou critiqué, pourvu que ce qu’il a écrit ou dit soit bien compris et que la critique qui lui est adressée soit fondée et argumentée. Mon interlocuteur estime que mon post est politiquement incorrect, que je laisse entendre comme Affi N’Guessan qu’il faut tourner la page Laurent Gbagbo, qu’il est important d’attendre Gbagbo parce qu’il est un maillon essentiel de la réconciliation en Côte d’Ivoire et donc qu’il n’y a ni plan B ni plan C. 

On a dit aux militants du FPI que Laurent Gbagbo, injustement, détenu à La Haye (Pays-Bas) depuis le 30 novembre 2011, serait libéré en 2017 et qu’il fallait se préparer à l’accueillir. Malheureusement, la “prophétie” ne se réalisa pas. Au début de cette année 2018, on entonna le même refrain : “Il sera là bientôt et c’est avec lui que nous irons à la reconquête du pouvoir.” Ainsi, il n’est pas demandé aux militants d’engager la lutte pour la liberté et la justice comme dans les années 1990 mais d’attendre Gbagbo.

L'envie de sortir de prison de Laurent Gbagbo semble prendre le dessus sur le bon sens. Présidée par un proche de l'ancien président, Aboudramane Sangaré, l'aile dissidente du FPI (Front populaire ivoirien) a confié sa présidence au prisonnier Laurent Gbagbo. Autrement dit, c'est depuis sa prison de la CPI (Cour pénale internationale) qu'il dirigera son aile du FPI, l'autre aile, dite officielle, étant présidée par l'ancien premier ministre, Pascal Affi N'Guessan. Les partisans de Laurent Gbagbo n'ont pas tort de le positionner. Sa demande de liberté provisoire devrait être examinée en octobre. Cette fois-ci, ses avocats gardent bon espoir après la libération du RDCongolais, Jean-Pierre Bemba, dont le dossier, comme celui de Gbagbo, était, aussi, vide bien que gardé en prison. Bemba s'est, d'ores et déjà, porté candidat à la présidentielle du 23 décembre au Congo-Kinshasa, dès le 3 août.
Le RHDP ayant donné lieu à un parti unifié qui ne réunit pas tous ses partis adhérents dont le PDCI d'Henri Konan Bédié, il y a donc de la contestation dans l'air dans l'initiative conduite par le président, Alassane Ouattara. Visiblement, le PDCI serait à la recherche de nouvelles alliances pour présenter son candidat à la présidentielle de 2020, après avoir refusé de se soumettre aux primaires voulues par Alassane Ouattara. Désigné président du parti unifié (RHDP), Alassane Ouattara se dirigerait, doucement mais sûrement, vers un troisième mandat dont ne veut plus le PDCI. Les alliances de la vieille dame cinquantenaire serait, donc, à rechercher du côté des ennemis d'hier, en l'occurrence, les deux tendances du FPI.
Dans tous les cas, l'élection de Laurent Gbagbo comme président d'une aile du FPI n'est pas anodine. Elle sonne comme une volonté de ce parti de sortir de son isolement en mettant en avant celui qui symbolise le mieux ses valeurs, son unité, surtout, son rayonnement. Les grandes manœuvres pour 2020 ne font que commencer.

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, qui doit faire face à des frondeurs au sein de son propre camp, vise "une forte majorité au parlement" aux législatives du 18 décembre, dont la campagne a débuté ce samedi, 10 décembre.