Françafrique

Je voudrais revenir sur une partie du discours prononcé par Emmanuel Macron au Sommet de l’OTAN (Organisation du Traité Atlantique Nord), à Londres, le 4 décembre 2019. Qu’est-ce qu’en pense un Africain comme moi qui ne porte pas la Françafrique dans son cœur ? Par “Françafrique”, il faut entendre “les relations bilatérales incestueuses entre certains chefs d'Etat africains et le chef de l'Etat français, relations qui présentent de multiples facettes : le soutien ou la tolérance vis-à-vis de régimes politiques dictatoriaux, parfois, installés par le gouvernement français lui-même, malgré le rejet de la majorité des habitants ; les circuits mafieux d'argent ; le déni de l’Histoire; des politiques de solidarité qui s’effritent ; des interventions militaires improvisées et l'absence totale de respect des peuples africains et de leurs dirigeants” (Kofi Yamgnane, Afrique. Introuvable démocratie, Paris, Editions Dialogue, 2013).

Les expressions "Trop, c'est trop" et "On est ensemble" ont-elles un sens pour les Ivoiriens ? Je pose la question car comment pouvons-nous rester sans réaction face à l'imposteur qui a pris notre pays en otage depuis 1999 et le gère selon ses caprices ? Comment ce dernier peut-il sortir du pays et y revenir comme il veut ? Comment pouvons-nous le laisser y agir comme bon lui semble ? Comment peut-il continuellement narguer et piétiner tout un peuple sans que la foudre ne s'abatte sur lui ? Pourquoi ce braqueur de notre économie et fossoyeur de nos libertés n'est-il jamais inquiété ? Ce dictateur n'est-il pas trop à l'aise depuis le 11 avril 2011 ?

Le numéro 453 de juin d'Afrique Education est, déjà, chez vos marchands de journaux habituels. Au sommaire, il y a de quoi se délecter en lisant des analyses et informations de première main sur la Côte d'Ivoire, le Congo-Brazzaville, le Gabon, le Cameroun, le Nigeria, le Sénégal, l'Angola, le Bénin, etc. qui y sont traitées selon des angles divers. En pleine page de couverture, Brigitte et Emmanuel Macron sourient au monde entier, qui, en retour, leur souhaite la bienvenue. Avec l'Afrique, continent qui fait de la France un grand pays en lui donnant une posture de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, le débat va être âpre. En effet, les Africains (de la diaspora et d'Afrique) veulent, absolument, prendre leur destin en main, et ne veulent plus, en aucun cas que leur sort soit décidé hors d'Afrique par d'autres que les Africains. C'est clair. Nicolas Sarkozy, dans la suite de Jacques Chirac, avait refusé de l'entendre de cette oreille. François Hollande, dans l'ambiguïté qui l'avait, souvent, caractérisé, avait feint de le comprendre sans, réellement, comprendre. Qu'en sera-t-il d'Emmanuel Macron ?

Le Front national (FN) a créé la surprise en réussissant le ralliement du gaulliste, Nicolas Dupont-Aignant, président de Debout la France. Ancien membre du RPR et de l'UMP, il en est parti, en 2005, après que son parti et le Parti socialiste se mirent ensemble pour rejeter le vote du peuple qui ne voulait pas de l'Union européenne. Les Africains désapprouvent la Françafrique, cette politique de pillage systématique et de destruction de leur continent mise en oeuvre par les pouvoirs de droite et de gauche successifs à l'Elysée. Or, si les Républicains et le parti socialiste ont montré, sur ce plan qu'ils étaient bonnet blanc blanc bonnet, le FN, lui, veut que les Africains restent chez eux, aient leur monnaie différente du F CFA, exploitent leurs ressources et élisent, sans interférence extérieure, leurs dirigeants. Voilà pourquoi notre collaborateur se pose la question : qui en réalité est contre l'Afrique et les Africains ? Qui est contre la Françafrique ?

Le fait de poser cette question est, déjà, en fait, la réponse pour certains. Pour bon nombre de francophones, les vrais, c'est-à-dire, ceux pour qui cette institution ne constitue pas, seulement, un fromage, la francophonie est morte. La preuve, on ne la sent plus. On ne la voit pas. On ne connait même pas celle (la Canadienne Michaelle Jean) qui l'incarne aujourd'hui. Une véritable trahison de ses pères fondateurs : Senghor, Diori, Bourguiba et quelques autres.

François Hollande s'envole pour le Nigeria, les 13 et 14 mai, afin de définir les moyens devant éradiquer la secte Boko Haram, avec ses homologues africains. Avant d'arriver à Abuja, au Nigeria, il fera un crochet de quelques heures, à Bangui « la coquette ». Le président français a, déjà, commencé sa campagne pour 2017. Seulement, son chemin est parsemé de beaucoup d'embûches.

Les entreprises françaises sont distancées, pratiquement, dans tous les domaines. Fini le temps où elles gagnaient des marchés sur un simple coup de téléphone à un ministre, pas même au premier d'entre eux ou encore au chef de l'Etat. Désormais, elles rament dur pour avoir pas grand chose.