Ibrahim Boubacar Keita.

Mahamadou Issoufou, le président nigérien se rend, ce jour, à Pau, assister au Sommet France-G5 Sahel du 13 janvier, dans une position très inconfortable. Pour contourner les critiques dont elle fait l'objet, la France et son armée (Barkhane) font tout pour montrer que malgré les coups de gueule de leurs opinions publiques, les pays du G5 Sahel ne peuvent pas se passer d'elles. Ces trois derniers mois qui coïncident avec la montée des opinions des pays du Sahel contre le double-jeu de Barkhane, le Niger, le Mali et le Faso ont enregistré plus de 500 soldats tués, ce qui est beaucoup trop. Cette situation n'est pas neutre. Elle est une sorte de chantage d'un nouveau genre fait par Paris sur les pays du G5 Sahel. Ces derniers doivent le savoir et tenir bon car malgré cette situation qui leur est très défavorable, pour la première fois, l'opinion africaine (à la place des chefs d'Etat concernés) dit NON à la France et à son double jeu militaire dans le Sahel. C'est importantissime ! S'ils vont se coucher à Pau, le 13 janvier, devant le jeune président, les cinq chefs d'Etat du G5 Sahel (c'est certain) trouveront leurs opinions publiques sur leur chemin du retour. Avant ce Sommet de Pau, la France a tout fait pour humilier ses homologues du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, et surtout, du Niger, Mahamadou Issoufou. Ce dernier porte sur ses épaules, les réformes ayant trait à la création de l'ECO au sein de la CEDEAO, ce qui irrite la France au plus haut point et son principal allié de la sous-région, l'Ivoirien Alassane Ouattara. Les présidents du G5 Sahel ne doivent pas avoir peur de poser des questions qui fâchent à Emmanuel Macron.
Face à cette inefficacité de l'armée française dans le Sahel, les présidents du G5 Sahel ne doivent pas avoir peur de prendre langue très officiellement avec le Russe, Vladimir Poutine, ni avec le Turc, Tayyip Recep Erdogan, et quelques autres, si l'intérêt de leur pays le leur commande. Et c'est le cas. le Centrafricain, Faustin Archange Touadéra, aurait perdu le pouvoir s'il n'avait pas eu l'intelligence de faire appel aux Russes pour sécuriser son régime. Le départ précipité de l'armée française du Centrafrique n'était qu'une manœuvre pour précipiter sa perte du pouvoir. Heureusement qu'il l'a vite compris. Il n'est pas encore totalement sorti d'affaire en ce sens que sa réélection l'année prochaine, n'est pas acquise. Toutefois, il pourra, au moins, terminer son mandat sans peur.

Cinquante-trois soldats maliens (pas cinq, pas dix, pas même vingt, mais cinquante-trois militaires) et un civil ont été tués, vendredi, 2 novembre, lors d'une «attaque terroriste» lancée contre une position militaire à Indelimane, dans la zone de Ménaka, près de la frontière avec le Niger, selon un nouveau bilan de l'armée. La question est sur toutes les lèvres : comment se fait-il qu'il y ait un tel carnage dans une garnison malienne en plein cœur du désert, alors que les forces « amies », françaises (Barkhane) et américaines, avec des drones et d'autres moyens de surveillance sophistiqués, sont supposées avoir l'oeil sur tout ce qui bouge dans le secteur ? Se pose, donc, avec acuité le rôle véritable des forces dites amies aux côtés des armées du Mali, du Niger, et du Burkina Faso.

Le candidat de l'opposition au Mali, Soumaïla Cissé, a rejeté, lundi, 13 août, à l'avance, les résultats du second tour de la présidentielle, entachés, selon lui, de fraudes, et appelé la population à "se lever". Soumaïla Cissé veut-il brûler le Mali après s'être rendu compte qu'il ne sera pas son prochain président de la République ? La question mérite d'être posée.

Sauf cas de force majeure qui a défié toutes les lois de la physique, le chef de l'opposition, Soumaïla Cissé, le restera, pendant les cinq prochaines années. Car avec 18% obtenus au premier tour, il y a de fortes chances qu'il ne rattrape pas son retard comme Alpha Condé, lors du deuxième tour qui l'opposa, en Guinée, à Celou Dalein Diallo en 2010. Après avoir obtenu un peu plus de 20,67% au premier tour contre plus de 39,72% pour Celou Dalein Diallo, Alpha Condé réussit l'exploit de gagner le deuxième tour avec 52,52% alors que les deuxième et troisième candidats de cette élection avaient appelé à voter Celou Dalein Diallo.
L'histoire va-t-elle se répéter au Mali ? Que non ! Ibrahim Boubacar Keita (IBK pour les intimes) est (contrairement à Celou Dalein Diallo) le président sortant, qui gère la machine électorale et contrôle l'administration. Quand ses partisans annonçaient une victoire de leur candidat dès le premier tour, ils n'étaient pas loin de la vérité. Le deuxième tour, sauf retournement de situation, sera, largement, à son avantage. Ceux qui, en France, ne voulaient plus voir IBK au Palais de Koulouba, doivent revoir leurs petites fiches : ils se le « taperont » pendant un nouveau quinquennat bien rempli.

L'ex-président malien, Amadou Toumani Touré, en exil au Sénégal depuis le coup d'état qui l'a renversé, il y a cinq ans, est rentré, dimanche, 24 décembre, à Bamako. C'est son premier Noël qu'il passe sur ses terres depuis le coup d'état qui l'éjecta du pouvoir à cause de sa catastrophique gestion du dossier « Djihadistes ». On lui reproche, entre autres, lui, le militaire faiseur de paix dans d'autres pays comme le Centrafrique, d'avoir fermé les yeux devant les islamistes qui gagnaient du terrain dans le Nord du pays. Il avait, plutôt, cherché à rapidement quitter le pouvoir en laissant cette délicate situation à son successeur. Malheureusement, l'assassinat de plus de 80 soldats maliens (certains avaient été égorgés), dans le Nord, par des djihadistes, avait vite sonné le glas de son pouvoir finissant. C'est ainsi que l'armée, très très mécontente de lui, le chassa du pouvoir avant de prendre le chemin de l'exil à Dakar.

A Bamako, on est très loin des efforts que l'on attendait de la France. Le budget de la Force a, enfin, été précisée. Sur les 423 millions d'euros que vont coûter les 5000 à 5.250 hommes de cette Force, près du quart pourra être mobilisé d'ici la fin de cette année. Et encore ! Les Américains avaient senti le piège, à l'avance, en refusant de payer pour les autres. C'est pourquoi en homme d'affaire avisé, Donald Trump avait demandé et obtenu que le financement de cette Force ne repose pas sur les Nations-Unies car il savait que l'essentiel du budget allait dépendre des Etats-Unis alors que les bénéfices politiques allaient revenir à la France.

Le débat sur la modification de la constitution engagé par le président, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), bat son plein. L'opposition est vent debout contre ce projet qu'elle trouve mal venue, inopportune, opportuniste. Le pays est divisé en deux, entre les pro et les anti-modification. Ce 2 juillet, alors que les manifestations sont interdites dans Bamako, pour cause de Sommet du G5 Sahel auquel participent les chefs d'Etat de Mauritanie, du Tchad, du Burkina Faso, du Niger, de France et du Mali, l'opposition a bravé les forces de police en mettant, ces dernières heures, plus de 2.000 personnes dans la rue. Heureusement sans violence. C'est dans ce contexte électrique que l'ancienne première dame du Mali, l'historienne, Adame Ba Konaré, a pris sa plus belle plume pour demander à l'ancien premier ministre de son illustre époux (Alpha Oumar Konaré), devenu, aujourd'hui, président de la République, de surseoir, tout simplement, à son projet de modification de la constitution. Solidement argumentée, sa lettre ne manque pas de sel.

Le Sommet France-Afrique de Bamako a permis aux chefs d'Etat et de gouvernement présents d'examiner la situation qui prévaut, actuellement, en Gambie. Invité à participer à cette rencontre, Adama Barrow a pu être présenté à l'Afrique comme chef d'Etat élu de Gambie. Il en sera, de même, fin janvier, à Addis Abeba, au Sommet de l'Union africaine, si d'ici là, Yahya Jammeh n'a pas quitté le pouvoir. Pour le déloger du Palais, les chefs d'Etat réunis à Bamako pensent qu'il ne sera pas nécessaire de recourir à un « bain de sang ». C'est du moins ce que pense le Malien, Ibrahim Boubacar Keita.