Jean Ping

Le principal opposant du Gabon, Jean Ping, a franchi la "ligne rouge" en appelant "à la confrontation" avec le régime, selon la porte-parole du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), Estelle-Flore Angangou, considérée comme l'une des plus farouches gardiennes de choc du « distingué camarade président », actuellement, en convalescence avancée, à Rabat, au Maroc.

Le dictateur est (vraiment) à la manœuvre. Son fort, en général, c'est de savoir anticiper, c'est de sentir des opportunités et agir en conséquence avant tout le monde. Profite-t-il de l'état de santé précaire de son jeune homologue du Gabon, Ali Bongo Ondimba, pour tenter de lui régler (définitivement) son compte ? Toujours est-il que le bal des opposants et ennemis du président gabonais qu'il a organisé, ces derniers jours, à Paris, en marge de son séjour pour le Centenaire de l'Armistice, montre qu'il a un (odieux) plan dans la tête, lui qui ne fait rien pour rien.

Il n'y avait pas une autre façon de recoller les morceaux au sein de l'ANC que Jacob Zuma laisse en lambeaux à cause de son goût pour la corruption et l'affairisme. Vainqueur du scrutin qui fait de lui le nouveau président de l'ANC, et futur président de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, aura du pain sur la planche. Les huit ans de Zuma passés à la tête de l'ANC en ont fait un parti quelconque, que les autres partis, plus petits, défient, aujourd'hui, sans crainte, avec, parfois, des victoires qui laissent pantois. Maintenant que sa page dans le parti se tourne, Jacob Zuma est quelqu'un à très vite oublier, ce qui ne fait que montrer l'ampleur de la tâche qui attend son successeur.

On commence à se demander (à Paris et dans d'autres capitales occidentales) si c'est le Jean Ping qui fut le très fidèle et efficace chef de la diplomatie de feu le patriarche Ondimba ? Si c'est ce Jean Ping qui présida, admirablement, la 59e Assemblée Générale des Nations-Unies en 2004-2005 avec un savoir-faire indéniable ? Si c'est le même Jean Ping qui officia à la présidence de la Commission de l'Union africaine (UA) pendant quatre ans, prêchant, partout, la tolérance, la paix, la modération, oeuvrant, sans cesse, pour le dialogue entre frères et sœurs d'Afrique, comme moyen (unique) de règlement des conflits ? Est-ce le même Jean Ping qui veut, aujourd'hui, mettre le feu dans son pays, le Gabon ?

Candidat malheureux à l'élection présidentielle d'août 2016, Jean Ping a-t-il décidé de mettre le feu au Gabon à son retour, ce mardi, 25 juillet, soir, à Libreville ? Cette question mérite d'être posée car les faits parlent d'eux-mêmes avec la rumeur selon laquelle Jean Ping sera installé par la foule, ce soir, au Palais du Bord de Mer. Mais, il n'aura pas carte blanche pour créer le désordre. Car d'ores et déjà se dresse devant lui, Lambert-Noël Matha, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, qui invite, le plus tranquillement du monde, les Gabonais à ne pas suivre de tels mots d'ordre et à rester chez eux.

Le numéro 453 de juin d'Afrique Education est, déjà, chez vos marchands de journaux habituels. Au sommaire, il y a de quoi se délecter en lisant des analyses et informations de première main sur la Côte d'Ivoire, le Congo-Brazzaville, le Gabon, le Cameroun, le Nigeria, le Sénégal, l'Angola, le Bénin, etc. qui y sont traitées selon des angles divers. En pleine page de couverture, Brigitte et Emmanuel Macron sourient au monde entier, qui, en retour, leur souhaite la bienvenue. Avec l'Afrique, continent qui fait de la France un grand pays en lui donnant une posture de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, le débat va être âpre. En effet, les Africains (de la diaspora et d'Afrique) veulent, absolument, prendre leur destin en main, et ne veulent plus, en aucun cas que leur sort soit décidé hors d'Afrique par d'autres que les Africains. C'est clair. Nicolas Sarkozy, dans la suite de Jacques Chirac, avait refusé de l'entendre de cette oreille. François Hollande, dans l'ambiguïté qui l'avait, souvent, caractérisé, avait feint de le comprendre sans, réellement, comprendre. Qu'en sera-t-il d'Emmanuel Macron ?

Les autorités françaises sont au courant des risques qu'encourt l'ambassadeur du Gabon en France. Les autorités gabonaises aussi. Mais pas la majorité des Gabonais et des Gabonaises. Après avoir échappé à un lynchage en règle, pendant l'été dernier, sauvé in extremis par la police française, Germain Ngoyo Moussavou est, toujours, dans le collimateur de certains Gabonais de France. Il n'a pas peur de le dire ni d'accuser Jean Ping d'en être le principal instigateur.

Samedi, 15 octobre 2016, Jean Ping, qui se considère comme le « président élu » du Gabon, contrairement, à Bongo Ondimba Ali, qui est le président installé par la Cour constitutionnelle (aux ordres), a créé, à Libreville, la «Coalition pour la Nouvelle République». Objectif : sortir, définitivement, le Gabon des griffes de ses fossoyeurs actuels. C'est un deuxième pas vers la constitution d'un gouvernement parallèle.

Dans toute démocratie qui se respecte, celui qui gagne les élections, dirige le pays. Ce n'est pas le cas au Gabon qui tourne, fortement, au ralenti, à cause d'un président (battu mais) reconnu par les institutions dont la Cour constitutionnelle qui l'a installé, et un deuxième président, véritable vainqueur de la présidentielle, et reconnu comme tel par le peuple gabonais dans sa majorité, surtout, l'opposition et la société civile. Une situation qui relève du casse-tête chinois.

Président « élu » du Gabon mais non reconnu par la Cour constitutionnelle, Jean Ping vient de lancer le Conseil gabonais de la résistance. Il s'agit de la première étape en vue de la constitution d'un gouvernement parallèle. Après le coup d'état « militaro-électoral » perpétré par la Cour constitutionnelle gabonaise, Jean Ping, comme c'était prévisible, est tiraillé par des avis contraires de ses partisans. Entre ceux qui veulent dialoguer avec le pouvoir, ceux qui appellent, ouvertement, à la constitution d'un gouvernement bis du Gabon, et ceux qui ne disent rien, la synthèse n'est pas facile à trouver. Dans sa déclaration du 7 octobre, l'enfant d'Omboué sort, enfin, du coma post-électoral dans lequel il s'était, volontairement, plongé.

Considéré comme le « président élu » du Gabon, Jean Ping n'est pas prêt de baisser les bras. Au contraire, il est plus que mobilisé pour affaiblir Bongo Ondimba Ali (BOA), ce qui ne peut que lui permettre de reprendre du poil de la bête. Il dispose pour cela de plusieurs cartes en main.

Le Gabon ne va connaître aucun répit. Bongo Ondimba Ali (BOA) n'aura pas le droit de souffler, après avoir laissé tellement d'énergie dans la tricherie électorale. Jean Ping qui se considère comme le président « élu » par les Gabonais et perçu comme tel par la communauté internationale, s'organise pour occuper le terrain qui, on doit le reconnaître, lui est favorable.

Se sachant battu à la présidentielle du 27 août dont les résultats de la province du Haut-Ogooué ont fait scandale, Bongo Ondimba Ali (BOA), qui a refusé de quitter le pouvoir, la tête haute, craindrait un coup d'état militaire, pour le déloger du Palais du Bord de Mer où il se maintient par la seule force des armes.

Alors qu'il devrait sur-occuper l'espace médiatique et politique, matin, midi et soir, en tant que vainqueur de l'élection présidentielle du 27 août, Jean Ping se fait moins sentir que le candidat battu, Bongo Ondimba Ali (BOA). Si c'est vrai que les tonneaux vides font beaucoup de bruit, les Gabonais ont, quand même, besoin de sentir que Jean Ping est, toujours, là, à leurs côtés.

Plus de deux semaines après le début des violences post-électorales meurtrières, qui ont secoué le Gabon, des familles continuent leur quête macabre et angoissée de proches, qui n'ont plus donné signe de vie. Parmi les disparus sans nouvelles, quelques Franco-Gabonais.

Il y a deux ans, quand il annonçait sa candidature à l'élection présidentielle, après avoir démissionné du PDG, peu de Gabonais donnaient du crédit aux déclarations de Jean Ping. Le voilà qui a réussi à ridiculiser Bongo Ondimba Ali (BOA) après l'avoir exposé à la face du monde comme un vulgaire petit fraudeur incompétent. La prochaine étape, la plus ardue, est celle de son éviction par les moyens démocratiques. Si BOA ne se montre pas beau joueur, tous les coups seront, alors, permis.

Originaire du tiers-monde (l'Argentine), le Très Saint-Père, François, est très sensible à la souffrance. Il l'a montré, l'année dernière, en se rendant, à Bangui, malgré les avis contraires de la France, que nul ne peut l'arrêter quand il faut aller prier pour partager la douleur de ses semblables. Finalement, son voyage en Centrafrique s'était très bien déroulé. Aujourd'hui, après avoir élu son chef d'Etat, le Centrafrique retrouve, peu à peu, les chemins de la paix et du développement. Qu'en est-il du Gabon qui voudrait emprunter le mauvais chemin d'hier du Centrafrique ? Le pape a interpellé les Gabonais, à commencer, par Jean Ping et Bongo Ondimba Ali, mais aussi, Mgr Basile Mvé Engone.

Afriqueeducation.com vous l'a annoncé hier : le président en exercice de l'Union africaine, Idriss Déby Itno, éprouve beaucoup de difficultés pour constituer un groupe de haut niveau de chefs d'Etat devant assurer la médiation au Gabon. Pour cacher son échec, il se dit fatigué après sa participation au Sommet du G 20 en Chine.

La mauvaise foi de Bongo Ondimba Ali (BOA) a, déjà, fait le tour du monde. Même les habitants du Pôle Nord savent que ce chef d'Etat de l'Afrique centrale, bien que, correctement, battu à l'élection présidentielle du 27 août par son rival, Jean Ping, refuse de quitter le pouvoir. Parti sur cette base, que peut, concrètement, faire la Mission de l'Union africaine attendue à partir de jeudi au Gabon ?

Tout semble mis en place, au niveau de l'Union africaine (UA), pour aider le (petit) putschiste de Libreville, Bongo Ondimba Ali (BOA) à réussir son hold up électoral, dans le Haut-Ogooué. Son soutien à son homologue gabonais ayant été vite démasqué par www.afriqueeducation.com, le président en exercice de l'UA, le Tchadien, Idriss Déby Itno, veut changer de fusil d'épaule. Mais Jean Ping qui connaît l'UA (comme sa poche) reste sur ses gardes.