Vous êtes ici

Jean Yves Le Drian

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a estimé, jeudi, 10 janvier, que les résultats annoncés de l'élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) ne semblaient "pas conformes aux résultats que l'on a pu constater ici ou là". Quelle mouche a donc piqué le patron du Quai d'Orsay dont la réaction post-électorale est, toujours, conforme aux positions du pouvoir en place, quand il ne se borne pas, simplement, à conseiller le recours aux institutions républicaines, dans la paix, en cas de contestation ? Ces dernières années, l'Union européenne, au contraire, ne s'est pas montrée complaisante. Au Gabon, elle avait pondu un rapport aux antipodes de celui des observateurs africains. La position de l'Union européenne était, tellement, tranchante que les autorités gabonaises ont dû regretter de l'avoir invitée pour observer leur présidentielle. Conséquence de ce changement de paradigme, au Cameroun, en octobre dernier, le gouvernement n'a pas commis la même erreur. Il a tenu l'Union européenne loin de sa « surface de réparation ». Cela veut-il dire que la complaisance des Occidentaux à l'endroit des pouvoirs africains aurait cessé ? Rien n'est moins sûr même s'il faudra observer l'attitude du chef de la diplomatie française, lors des futures élections présidentielles qui auront lieu dans l'ancien pré-carré français.

Ce n'est pas avec joie que la France a appris que la Russie avait été choisie pour s'occuper de la sécurité du président, Faustin Archange Touadéra. C'est un pied de nez grave que l'ancienne métropole coloniale a pris en plein visage et que son chef de la diplomatie tente bien que mal de corriger aujourd'hui. En effet, il y a deux ans, Jean-Yves Le Drian, à l'époque, ministre de la Défense sous le magistère de François Hollande, intimait l'ordre aux troupes françaises présentes en Centrafrique de rentrer en France, laissant le pays face à une rébellion qui n'occupait, en ce moment, que trois départements sur seize. L'insistance de Touadéra pour que l'armée française reste n'ayant reçu aucune écoute à Paris, le nouveau président ne tarda pas à être débordé par les miliciens, qui se répandirent, rapidement, dans onze autres provinces, ainsi que, dans la périphérie de Bangui. Le recours à la Russie a été la conséquence du départ de la France. C'est comme si Paris avait cherché à favoriser l'éjection de Touadéra du pouvoir, lui qui avait été élu démocratiquement en mars 2016. D'aucuns avaient même parlé d'agenda caché de Paris. A cet égard, la récente destitution de Karim Meckassoua de la présidence de l'Assemblée nationale est considérée par certains observateurs comme la riposte du pouvoir en place face à ses différentes manoeuvres de déstabilisation du pouvoir de Bangui, lui qui est réputé avoir de très bonnes entrées dans la capitale française. La nature ayant horreur du vide, Vladimir Poutine, contrairement, aux Français, ne s'est pas fait prier. Il a, immédiatement, volé au secours de Touadéra, après avoir convaincu le conseil de sécurité de ses bonnes intentions. Celles-ci ont, légèrement, évolué, au regard de la situation en place, le Centrafrique étant, aussi, un pays avec un sous-sol très riche. Désormais, il faudra, donc, compter avec la Russie en Centrafrique. Mais aussi avec la Chine. La France n'y sera plus seule comme avant. Les Centrafricains, de leur côté, ne subiront plus la seule loi de la présence française. Désormais, ils pourront, aussi, faire appel aux Russes et aux Chinois, lors des appels d'offre.