Paulin Makaya

Dans un communiqué qu'il avait récemment publié, le président du parti UPC (Unis pour le Congo), Paulin Makaya, avait, purement et simplement, éconduit le représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies en Afrique centrale, le Guinéen, François Lanceny Fall, qui ambitionne d'accompagner le processus du dialogue politique dont le but (véritable) est de permettre à Denis Sassou-Nguesso de briguer un autre mandat en 2021, avec, cette fois, moins de contestations. Car très (très) minoritaire au sein de l'électorat, Sassou qui n'a jamais gagné une présidentielle à la régulière, sait qu'il lui sera, particulièrement, difficile de passer en force, comme en 2016, avec la complicité de François Hollande à l'Elysée, qui, contre toute attente, avait marqué son accord pour que le dictateur modifie la constitution de son pays. Se sachant attendu au tournant, Sassou prend les devants en annonçant sa volonté de dialoguer. Ce processus qu'il gère et manipule de bout en bout met en scène les Nations-Unies dont l'actuel représentant en Afrique centrale est son ami personnel, mais aussi, le Conseil national de dialogue, qui est un démembrement de la présidence de la République. Et donc qui n'a aucune crédibilité ni neutralité.

La raison du plus fort est toujours la meilleure ? Voire ! Le plus fort, Denis Sassou-Nguesso, a, arbitrairement, emprisonné Paulin Makaya. Sans motif valable. Uniquement pour casser sa popularité montante. Depuis fin 2015, il est coupé de sa jeune et tendre épouse, de ses enfants, surtout, des militants de l'UPC (Union pour le Congo), le parti politique qu'il a créé et qu'il préside depuis sa création. Sassou-Nguesso est, tellement, lâche qu'il a eu la faiblesse d'abattre sa fougue sur une personne dont la seule arme est la parole et son stylo-bille. En effet, Paulin Makaya ne méritait pas d'aller en prison. Même pour un jour. Le dictateur devrait, vraiment, trembler car chaque chose a une fin. La preuve : son opposant le plus craint (Paulin Makaya) n'est-il pas libre de ses mouvements ? Sassou, lui, reste embourbé, empêtré dans ses problèmes au point qu'on peut se demander s'il a un sommeil paisible.

On sait que le cœur du dictateur ne bat que pour les membres de sa famille et de son seul clan. Pour le reste, il affiche un cœur de pierre. Parlant du cas de Paulin Makaya, le président de l'UPC et ex-directeur de cabinet de Bernard Kolelas quand il était maire de Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso s'est donné des raisons pour bien le maltraiter. Il aurait même planifié son assassinat après avoir ouvert les portes de sa cellule à dessein afin qu'il prenne la poudre d'escampette. Un piège que Paulin évita soigneusement. Voilà pourquoi il est, toujours, en vie. Quand il résidait à Londres, Sassou-Nguesso, dans sa classique politique de diviser l'opposition pour mieux régner sur le Congo, lui avait demandé de retourner au Congo afin qu'il lui confie des responsabilités politiques comme il l'a fait pour ses frères proches de feu Bernard Kolelas, ancien président du MCDDI. En effet, c'est cette main tendue qui avait permis à Guy Brice Parfait Kolelas, puis, à son frère Euloge Landry Kolelas, mais aussi, à Hellot Matson Mampouya, de figurer dans le gouvernement. Paulin, qui est, idéologiquement, bien bâti résista à cette offre satanique et refusa de rallier Brazzaville, même quand le dictateur, pour mieux l'appâter, lui promit, contrairement, aux trois autres kolelistes, un poste de ministre d'Etat. Défié de cette sorte par un « vierge » en politique (Paulin Makaya), outre son expérience acquise aux côtés de Bernard Kolelas (avec qui il chemina en exil au Bénin, en Côte d'Ivoire, puis, au Mali), Sassou lui garda une rancune bien tenace. Son arrestation suivie de son incarcération en décembre 2016 pour une soi-disant atteinte à la sûreté de l'Etat et possession d'armes de guerre, ne vaut que pour des régimes staliniens comme celui de Brazzaville. Paulin Makaya comme hier son maître à penser Bernard Kolelas, ne sait pas se servir d'une arme. Son arme, c'est la parole, c'est l'écriture, qui soulèvent les foules chaque fois qu'il fait appel au peuple de l'opposition pour protester contre la dictature de Sassou-Nguesso.

Sassou-Nguesso a-t-il donné son accord pour la liquidation de Paulin Makaya, comme ça se chuchote à Brazzaville ? Le comportement de ses sbires fait, en tout cas, peser de forts soupçons selon lesquels le dictateur voudrait, vite, se débarrasser de l'empêcheur de tourner en rond, Paulin Makaya. Mais, très mal exécuté, son plan pour assassiner le président de l'UPC, le 29 décembre, a connu quelques ratés, ce qui lui donne quelques jours de sursis, à moins que le dictateur ne change de fusil d'épaule, maintenant que tout est mis sur la place publique.

L'opposition en est certaine : le remue ménage qu'on a connu cet après-midi à Brazzaville est une mise en scène de Sassou Nguesso. Expert en la matière, il veut détourner l'attention des Congolais vers d'autres faits de violence savamment orchestrés. Après sa gamelle ramassée chez Donald Trump, il voudrait que les Congolais ne se concentrent pas sur son gros échec diplomatique aux Etats-Unis, mais, restent focalisés sur les assassinats qu'il a planifiés à la Maison d'Arrêt de Brazzaville.

Pour les militants de l'UPC (Unis pour le Congo), le parti dont Paulin Makaya est le président, la justice congolaise démontre, par son verdict, de ce jour, sa capacité de nuisance dans le pays. Mais, il y a aussi, et surtout, que le dictateur veut avoir quelques cartes (de négociation) en main, avant le fameux dialogue en préparation.

Sassou Nguesso n'aime pas qu'on lui résiste. C'est le propre d'un dictateur. Habitué à avoir tous les hommes et toutes les femmes du Congo à ses pieds, il est, désagréablement, surpris à chaque fois qu'on lui oppose une fin de non recevoir. Voilà ce qui a conduit droit en prison Paulin Makaya.

Paulin Makaya doit, désormais, être considéré comme le « prisonnier politique de Sassou Nguesso ». Depuis Paris où il participe à la COP 21, il a demandé de « faire taire » cet opposant politique. Néanmoins, demain, ses avocats vont déposer une demande de sa mise en liberté provisoire.

L'opposant congolais, Paulin Makaya, va-t-il finir par devenir un martyr au regard des souffrances énormes que lui fait endurer Sassou Nguesso, au commissariat central de Brazzaville ?

Président de Unis pour le Congo (UPC), Paulin Makaya croupit sous les geôles de la DGST, à Brazzaville, après un petit tour chez le substitut du procureur. Là bas comme ici, pas de dossier d'accusation. Mais il est, néanmoins, gardé, déshabillé, laissé sans boisson, sans nourriture.

N'ayant pu le « retourner » comme il l'a fait avec certains leaders de l'opposition, Denis Sassou Nguesso menace de mettre Paulin Makaya dans le premier avion en partance pour Londres, son ancien lieu d'exil.

C'était chaud ce matin, à Brazzaville, où Paulin Makaya a fait l'objet d'une tentative d'enlèvement par les éléments de Denis Sassou Nguesso. Il est, actuellement, caché en lieu sûr.