Pays du G5 Sahel

Emmanuel Macron ne sera, assurément, pas un grand président, reconnu comme tel par les Africains. Bien qu'ils furent colonialistes, ne sont pas de Gaulle, Mitterrand ou même Chirac, qui veut ! La politique africaine du jeune président n'est pas à la hauteur de la relation entre les deux parties. Reconnaissons, souvent, qu'il est lui-même à l'origine des incartades qu'on lui reproche. Son passage à Ouagadougou, par exemple, où il a cru bon de donner un cours à son homologue, Roch Marc Christian Kaboré, a laissé l'image d'un homme politique qui dit tout ce qui est bon à entendre mais qui ne respecte aucun de ses engagements. Deux années, plus tard, à Abidjan, il a, carrément, énervé les Africains de l'Ouest en croyant bon de faire l'OPA sur leur idée de créer l'ECO, future monnaie de la CEDEAO et actée comme telle par les chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres, en lieu et place des monnaies en circulation dont le fameux F CFA de l'UEMOA. Le jeune président, certainement convaincu par le président ivoirien, Alassane Ouattara, dont l'image ne séduit pas grand monde en Afrique, ne pouvait pas faire bon effet quand il vient surfer sur une idée déjà arrêtée par ses homologues de la CEDEAO. Tôt ou tard, il apprendra que les droits de la propriété intellectuelle existent aussi en Afrique.

On n'aura pas la réponse à cette question à l'issue du Sommet de Pau qui rassemble Emmanuel Macron et les cinq présidents du G5 Sahel. La question est cependant sur toutes les lèvres : La France, défiée par les djihadistes du Sahel, va-t-elle se résoudre vraiment à faire appel à des alliés (comme lors des première et deuxième guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945) pour éradiquer la vermine djihadiste qui prospère au Sahel ? Quid de sa propre efficacité en tant que 5e armée la plus puissante du monde !

Mahamadou Issoufou, le président nigérien se rend, ce jour, à Pau, assister au Sommet France-G5 Sahel du 13 janvier, dans une position très inconfortable. Pour contourner les critiques dont elle fait l'objet, la France et son armée (Barkhane) font tout pour montrer que malgré les coups de gueule de leurs opinions publiques, les pays du G5 Sahel ne peuvent pas se passer d'elles. Ces trois derniers mois qui coïncident avec la montée des opinions des pays du Sahel contre le double-jeu de Barkhane, le Niger, le Mali et le Faso ont enregistré plus de 500 soldats tués, ce qui est beaucoup trop. Cette situation n'est pas neutre. Elle est une sorte de chantage d'un nouveau genre fait par Paris sur les pays du G5 Sahel. Ces derniers doivent le savoir et tenir bon car malgré cette situation qui leur est très défavorable, pour la première fois, l'opinion africaine (à la place des chefs d'Etat concernés) dit NON à la France et à son double jeu militaire dans le Sahel. C'est importantissime ! S'ils vont se coucher à Pau, le 13 janvier, devant le jeune président, les cinq chefs d'Etat du G5 Sahel (c'est certain) trouveront leurs opinions publiques sur leur chemin du retour. Avant ce Sommet de Pau, la France a tout fait pour humilier ses homologues du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, et surtout, du Niger, Mahamadou Issoufou. Ce dernier porte sur ses épaules, les réformes ayant trait à la création de l'ECO au sein de la CEDEAO, ce qui irrite la France au plus haut point et son principal allié de la sous-région, l'Ivoirien Alassane Ouattara. Les présidents du G5 Sahel ne doivent pas avoir peur de poser des questions qui fâchent à Emmanuel Macron.
Face à cette inefficacité de l'armée française dans le Sahel, les présidents du G5 Sahel ne doivent pas avoir peur de prendre langue très officiellement avec le Russe, Vladimir Poutine, ni avec le Turc, Tayyip Recep Erdogan, et quelques autres, si l'intérêt de leur pays le leur commande. Et c'est le cas. le Centrafricain, Faustin Archange Touadéra, aurait perdu le pouvoir s'il n'avait pas eu l'intelligence de faire appel aux Russes pour sécuriser son régime. Le départ précipité de l'armée française du Centrafrique n'était qu'une manœuvre pour précipiter sa perte du pouvoir. Heureusement qu'il l'a vite compris. Il n'est pas encore totalement sorti d'affaire en ce sens que sa réélection l'année prochaine, n'est pas acquise. Toutefois, il pourra, au moins, terminer son mandat sans peur.

Un millier de Maliens ont manifesté, vendredi, 10 janvier, à Bamako, pour réclamer le départ des troupes étrangères, en particulier, de la Force française Barkhane, à trois jours du Sommet, en France, destiné à "clarifier" les rôles dans la lutte contre le djihadisme au Sahel. On aurait tort de se focaliser sur le « millier de Maliens » qui aurait manifesté. Ici, c'est la force du symbole qui compte, et qui montre que les Maliens, en général (y compris ceux du Mali silencieux), ne sont pas d'accord avec la gestion de la lutte anti-terroriste au Mali, et plus généralement, dans le Sahel. Les griefs sont sur toutes les lèvres : sous prétexte d'aider le Mali à lutter contre les djihadistes, la France utilise son armée pour mieux s'installer (économiquement et politiquement) au Mali et dans cette sous-région, qui est convoitée par d'autres puissances comme la Chine, qu'on ne voit pas beaucoup (c'est vrai) maintenant où il faut y imposer la paix et la sécurité. Les vérités doivent se dire à Pau et si Ibrahim Boubacar Keita (IBK) et ses homologues du G5 Sahel se font les porte-paroles de leurs compatriotes sur cette présence de Barkhane, ils mettraient rapidement Emmanuel Macron en difficulté. Ce que veulent les Maliens dont un millier a manifesté vendredi, c'est de demander à la France d'intervenir comme la Russie est intervenue en Syrie. La Russie qui y entretient une base militaire, y signe aussi des contrats, mais, dans le cadre d'un processus transparent et admis par tous. Avec la France, il y a, toujours, des relents de néocolonialisme, qui viennent polluer ses meilleures intentions. C'est donc elle et son président, Emmanuel Macron, qui doivent changer après une « clarification » utile à Pau. Et non le contraire.

Sur un ton jugé péremptoire et suffisant par le Collectif « Sortir du F CFA », le président français a convoqué les 5 chefs d’Etat membres du G5 Sahel pour qu’ils formalisent et clarifient leur demande vis-à-vis de la France. Makhoudia Diouf et ses camarades du Collectif, comme beaucoup d'autres, ont été troublés par l’inélégance du jeune président à l’égard de ses homologues africains. D'où une réaction sans appel de ce jeune mouvement associatif dont voici la teneur.