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Véolia

Un an après la rupture par le gouvernement gabonais du contrat avec le groupe français Veolia, un accord été trouvé entre les deux parties, apprend-on de source officielle gabonaise. Les deux parties ont fait leur la maxime suivante : mieux vaut un mauvais arrangement qu'un bon procès.

Le 16 mai prochain, cela fera trois mois que le Gabon a mis fin, de façon unilatérale, au partenariat qui le liait à Véolia pour la distribution d'eau et d'électricité sur l'ensemble du territoire. Une décision, totalement, assumée par le président, Ali Bongo Ondimba. Certains Gabonais prévoyaient l'apocalypse. Mais, trois mois après cette rupture, le secteur de l'eau et de l'électricité ne se porte pas plus mal qu'avant cette rupture. Cerise sur le gâteau : il est, maintenant,entièrement, contrôlé par l'Etat et les pouvoirs publics. Soixante-huit ans après l'indépendance, n'était-il pas temps ? Cela rappelle, d'ailleurs, une autre décision prise par Ali Bongo Ondimba au lendemain de son arrivée au pouvoir en 2009 : l'arrêt de l'exportation du bois à l'état brut. Ce fut un coup de tonnerre dans le ciel chaud de Libreville. Mais, là aussi, après avoir fait couler beaucoup d'encre, cette décision s'avère, aujourd'hui, porteuse pour l'économie du pays. Elle commence, même, à faire école dans la sous-région. Conclusion : Ali Bongo Ondimba n'est pas mauvais dans ses décisions. Les Gabonais ne gagneraient-ils pas à mieux le connaître ?

"Gabon-Véolia : Le torchon brûle". C'est la grande Une du numéro 462 d'Afrique Education en vente, chez les marchands de journaux, à partir de mardi, 13 mars. Le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, fait, par ailleurs, la pleine page de couverture dudit numéro. En rompant, unilatéralement, la convention qui le liait à la société française, Véolia, le Gabon n'invente pas le fil à couper le beurre. Dans tous les pays du monde, y compris, sous la France socialiste, en 1981 et 1982, les investisseurs privés n'avaient que leurs yeux pour pleurer quand François Mitterrand et Pierre Mauroy, avec Jacques Delors à l'Economie et aux Finances, lancèrent un vaste programme de nationalisations. Au nom de l'intérêt général. Ce qui est arrivé en France, pendant le premier septennat socialiste (et qui arrive de temps en temps ailleurs), n'est-il pas susceptible d'arriver, aussi, en Afrique, et en l'occurrence, au Gabon ? L'Afrique est en train de suivre, à la loupe, avec une attention particulière, le bras de fer qui s'est engagé entre l'Etat du Gabon et la société française, Véolia.

Le Gabon a rompu, unilatéralement, le contrat qui le liait à la multinationale française, Véolia, en ce qui concerne la fourniture d'eau et d'électricité sur toute l'étendue du territoire. Cette rupture est due à une très longue exaspération de l'Etat et des consommateurs gabonais, qui étaient, tout le temps, en colère à cause des coupures intempestives d'eau et d'électricité de la SEEG, filiale locale de Véolia. En 21 ans de collaboration, Véolia n'a pas pu mettre le niveau de son service au Gabon aux normes en vigueur en la matière : jamais d'eau 24h/24 ; jamais d'électricité 24h/24. Le Gabon étant un pays souverain, il a fini, après tant de mécontentement de sa population, à tirer les conséquences en prenant la décision qui s'imposait : la rupture. Sur ce, Véolia a couru se plaindre à la Banque mondiale où un organe de conciliation existe pour régler ce genre de différend. En attendant d'y voir clair dans les griefs qui sont faits à l'endroit de l'Etat du Gabon, on peut se demander si c'est la Banque mondiale qui avait demandé à Véolia de ne pas respecter son cahier de charges ?

L'Etat gabonais ne se laisse plus faire. Loin de se faire intimider par quelques menaces verbales des dirigeants du groupe français, Véolia, le porte-parole du gouvernement gabonais, Alain Claude Bilie By Nze, n'a pas manqué d'accuser, ce mardi, 27 février, l'entreprise française de pollution sur son sol, sur plusieurs sites d'exploitation qui étaient mis à sa disposition. Un vrai complot contre l'environnement qui aurait pu faire pâlir de colère Nicolas Hulot, le ministre français de la Transition écologique et solidaire, si de telles pratiques anti-écologiques étaient effectuées sur le sol français. C'est donc l'ensemble de ces griefs, y compris, le ras le bol des usagers face aux interminables coupures d'eau et d'électricité, qui ont contraint l'Etat à résilier, de façon unilatérale, le 16 février, sa convention avec cette multinationale dont les prestations ne souffrent d'aucun manquement dans d'autres pays où elle officie dont la France. Les Gabonais voulaient, juste, le même traitement, mais, celui-ci n'a, jamais, été à la hauteur depuis 21 ans. Malgré 1.000 milliards de F CFA (1,5 milliard d'euros) d'investissements. L'Etat a mis du temps avant de taper du poing sur la table. Un temps, anormalement, long qui a fait croire aux dirigeants de Véolia que le Gabon était, rigoureusement, incapable de prendre le moindre acte de souveraineté les concernant. Bien que son indépendance en tant qu'Etat ayant son destin en main fut mise en cause. Une erreur plus que fatale !

Le président, Ali Bongo Ondimba, et son gouvernement, ont fait acte de courage en mettant fin au contrat léonin qui liait le Gabon à Véolia. Alors que certains ténors de l'opposition cherchent, au contraire, à soumettre, encore plus, le Gabon à l'ancienne puissance colonisatrice, le président, Ali Bongo Ondimba, lui, privilégie le mieux-disant économique et financier pour son pays. C'est le sens que les Gabonais doivent donner à la rupture de la Convention avec Véolia que vient d'opérer le ministre de l'Eau et de l'Energie, Patrick Eyogo Edzang. C'est une posture (pas de facilité) qui permet au Gabon de mieux s'assumer. Personne ne peut le lui reprocher d'autant plus que les consommateurs d'eau et d'électricité du Gabon, souffrent, dans leur chair, depuis 21 ans de l'inapplication du cahier des charges confié à Véolia (ex-Générale des eaux). Les Gabonais doivent soutenir leur gouvernement qui vient de poser un acte de rupture avec la Françafrique. La direction générale de la SEEG a été confiée, le 19 février, à Marcelin Massila Akendengué, pour une durée d'un an. Le chien aboie la caravane passe.

La SEEG (Société d'eau et d'énergie du Gabon), filiale du groupe français Véolia, ne semble pas vivre sur la même terre que les consommateurs d'eau et d'électricité du Gabon. Sinon, elle aurait pris, sans demander son reste, la poudre d'escampette à cause de son incapacité à respecter son cahier des charges. Que de coupures d'eau, que de délestages électriques avec sa cohorte de matériels électro-ménagers abîmés et que personne à la SEEG n'a, jamais, voulu indemniser. Ca fait exactement 21 ans que les Gabonais souffrent. N'y a-t-il pas une fin pour chaque chose ? Même quand on est colonisés comme les usagers d'eau et d'électricité du Gabon ? Au lieu que Véolia rase les murs, son service au Gabon étant indigne de celui d'une grande entreprise française du CAC 40, elle ose dénoncer, parce que c'est le Gabon, un champ où on a l'habitude de récolter même ce qu'on n'a pas semé. On préfère regretter « une action brutale menée en dehors de toute règle de droit » alors que la dégradation de la qualité des services de Véolia devenait inacceptable. Au final, la prorogation du contrat de 5 ans de Véolia, à la demande de l'ancien président, François Hollande, n'a, absolument, pas influencé la qualité de service de cette société dont on avait souhaité que ses performances au Gabon soient à la hauteur de sa réputation en France où elle donne pleine satisfaction à ses nombreux clients. Mais, on l'aura compris : le Gabon n'est pas la France.

Pour le gouvernement, cette rupture est plus que souhaitable, le groupe français n'ayant, vraiment, pas été à la hauteur. Le problème, ici, est technique, et non politique. Il n'est pas question d'aimer ou de haïr la France ou une de ses entreprises. La réalité est simple : l'eau est une denrée rare à Libreville. Quant aux coupures électriques, elles sont monnaie courante. La question mérite, alors, d'être posée : A quoi a servi la concession de 20 ans accordée à la SEEG (Société d'énergie et d'eau du Gabon), filiale du groupe français Véolia ? Rien qu'à pomper les bénéfices, répondent en choeur les Librevillois, pour qui ce problème n'est ni celui de l'opposition, ni de la majorité, mais, des Gabonais tout court. Pourtant, la concession allouée à Véolia (Générale des eaux avant) avait pour but de faire du Gabon un eldorado en Afrique centrale où les pays limitrophes pouvaient se ravitailler pour combler leur déficit. Le patriarche, comme toujours, en visionnaire, avait vu les choses en grand. Mais ses partenaires français, mais aussi, ses collaborateurs, l'ont roulé dans la farine. A qui la faute ? C'est plutôt à un spectacle ahurissant des mamans librevilloises portant des bonbonnes d'eau sur la tête, les robinets des maisons étant à sec, auquel le Gabon se livre, de temps en temps. Un triste spectacle quand le pays s'appelle « Gabon ». Mieux vaut tard que jamais ! Cette rupture engage les Gabonais à prendre (enfin) leur destin, dans ce domaine, en main. En attendant d'autres domaines. Un mal pour un bien.