Yahya Jammeh

Près d'un mois après son départ de la présidence, son successeur, Adama Barrow, n'a, toujours, pas pris possession des lieux. Même en exil, Yahya Jammeh continue d'inspirer l'effroi en Gambie, après 22 ans d'un pouvoir, aussi, implacable qu'imprévisible.

Le doyen des chefs d'Etat d'Afrique, le président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a le vent en poupe, en ce moment. Alors que le président gambien sortant, Yahya Jammeh, avait le choix entre le Maroc, le Qatar, la Mauritanie et la Guinée Conakry, pour s'exiler, il a, finalement, préféré poser ses valises à Malabo, en Guinée équatoriale, qui va, désormais, être sa terre d'accueil. Au moins, dans un premier temps.

Les présidents mauritanien et guinéen ont obtenu, vendredi, 20 janvier, à Banjul, l'accord de principe de Yahya Jammeh pour quitter la Gambie, mais, les discussions se poursuivaient sur les conditions de son départ, prolongeant, de facto, la suspension d'une opération militaire ouest-africaine. D'autre part, il serait, aussi, question de se mettre d'accord sur le traitement que les proches de Yahya Jammeh feraient l'objet, après son départ du pouvoir, et de son éventuelle immunité judiciaire afin qu'il ne soit pas pourchassé par les juridictions gambiennes ou internationales. Les négociations ne sont pas simples.

L'investiture d'Adama Barrow n'aura pas lieu ce 19 janvier, comme prévu. Le président sortant, Yahya Jammeh, a mis ses menaces à exécution en s'octroyant une prorogation de son mandat de trois mois. Cette investiture n'aura pas lieu, non plus, à Dakar. Après l'échec des négociations de la dernière chance menées par le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, place à la force militaire. L'armée de l'air nigériane a, déjà, envoyé 200 hommes et des avions au Sénégal, dans le cadre du mandat régional ouest-africain conféré à Abuja, pour faire appliquer, en Gambie, la victoire du président élu, Adama Barrow, face au sortant Yahya Jammeh. L'épreuve de force se met en place.

Le président de la Cour suprême gambienne, Emmanuel Fagbenle, s'est récusé, lundi, 16 janvier, de l'examen du recours porté devant cette juridiction par le chef de l'Etat, Yahya Jammeh, contre l'investiture de son successeur élu Adama Barrow, prévue le 19 janvier. Par ailleurs, alors qu'il se trouve au Sénégal où il a élu domicile jusqu'à son investiture, Adama Barrow a perdu un de ses cinq fils, hier, à Banjul, décédé de morsures de chiens. Il était âgé de 8 ans.

Les chefs d'Etat membres de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) ont entrepris un bras de fer avec leur homologue de Gambie, Yahya Jammeh, battu, logiquement, à l'élection présidentielle de décembre dernier. Alors que, malgré sa défaite, il a décidé de rester en place tant que la Cour suprême qu'il a saisie ne confirme pas la victoire d'Adama Barrow, la CEDEAO, elle, annonce l'investiture de ce dernier, le 19 janvier. Et par mesure de sécurité, la présidente en exercice de la CEDEAO, Ellen Johnson Sirleaf, a annoncé que Barrow résidera, désormais, à Dakar, jusqu'à son investiture, sous la bienveillante protection du Sénégalais, Macky Sall.

Le Sommet France-Afrique de Bamako a permis aux chefs d'Etat et de gouvernement présents d'examiner la situation qui prévaut, actuellement, en Gambie. Invité à participer à cette rencontre, Adama Barrow a pu être présenté à l'Afrique comme chef d'Etat élu de Gambie. Il en sera, de même, fin janvier, à Addis Abeba, au Sommet de l'Union africaine, si d'ici là, Yahya Jammeh n'a pas quitté le pouvoir. Pour le déloger du Palais, les chefs d'Etat réunis à Bamako pensent qu'il ne sera pas nécessaire de recourir à un « bain de sang ». C'est du moins ce que pense le Malien, Ibrahim Boubacar Keita.

De nombreuses incertitudes planent, toujours, sur l'audience de la Cour suprême gambienne du 10 janvier pour statuer sur le recours du parti du président, Yahya Jammeh, contre sa défaite électorale.

L'opposition revancharde n'est pas une bonne chose pour l'Afrique où beaucoup de pays sont à la recherche de l'alternance. Il faut être logique avec soi-même : quel est ce chef d'Etat qui va accepter son éjection du pouvoir se sachant menacé par des poursuites judiciaires après la perte de son immunité ? Le fait que certains proches d'Adama Barrow aient commencé à proférer des menaces à l'endroit de Yahya Jammey, qui avait félicité le vainqueur et proposé ses services pour son succès à la tête de la Gambie, n'est pas une faute. C'est une bêtise politique. Il appartient, maintenant, à la même opposition de donner toutes les garanties au président sortant qu'il vivrait tranquille, après son départ du pouvoir. C'est le prix à payer pour la tranquillité de la Gambie.

Les diplomates gambiens accrédités à l’étranger ont, dans une lettre commune, rendue publique, hier, lundi, 19 décembre, exhorté Yahya Jammeh à respecter sa parole en cédant le pouvoir à Adama Barrow dont il a, déjà, reconnu la victoire, à l’issue de l’élection présidentielle du 1er décembre dernier.

Le président gambien, Yahya Jammeh, sera déclaré "renégat" s'il refuse de céder le pouvoir à la fin de son mandat en janvier, a annoncé, dimanche, 18 décembre, l'opposition gambienne.

Le secrétaire général des Nations-Unies, jusqu'au 2 janvier prochain, le Sud-Coréen, Ban Ki-moon, se réveille, enfin, de son sommeil profond, pour s'indigner du comportement du président sortant gambien, Yahya Jammeh. Ban Ki-moon est fidèle à lui-même : sur le dossier gambien, il a affiché la même indifférence, la même incompétence, le même désintérêt dont il a fait preuve, pendant ses deux mandats, sur les questions africaines. Après l'indignation de toute la terre, il se lève, tardivement, à son tour, pour condamner « l'acte scandaleux » de la prise de contrôle des locaux de la Commission électorale indépendante par l'armée, alors qu'on voulait l'entendre quand Yahya Jammeh a menacé de ne plus reconnaître la victoire d'Adama Barrow.

Les dirigeants ouest-africains dépêchés à Banjul pour tenter de convaincre Yahya Jammeh de reconnaître sa défaite à l'élection présidentielle et céder le pouvoir ne sont pas, encore, parvenus à un accord en ce sens. Au mieux, Jammeh souhaiterait un partage du pouvoir. Et rien n'indique qu'il va partir comme le lui demande la CEDEAO.

Le président gambien élu, Adama Barrow, a appelé, ce lundi, 12 décembre, Yahya Jammeh, à céder, immédiatement, le pouvoir, sans attendre le recours en justice qu'il veut présenter contre sa défaite au scrutin présidentiel du 1er décembre.

Huit jours après avoir reconnu, contre toute attente, sa défaite électorale face au candidat de l'opposition, Adama Barrow, le président gambien, Yahya Jammeh, a, de nouveau, créé la surprise en rejetant les résultats du scrutin et réclamant un nouveau vote.

Il s'en est fallu de 19.000 voix pour qu'il reste à la tête de la Gambie. Que Yahya Jammeh n'ait pourtant pas recouru, comme tant de ses pairs africains, en difficulté, dans un scrutin, à la fraude ou à la force, n'en finit pas de mystifier les observateurs.

C'est la question à mille dollars qui est sur toutes les lèvres, notamment, chez celles des milieux des droits de l'homme, mais aussi, des organisations internationales comme l'Union européenne. Candidat à sa propre succession, le président, Yahya Jammeh est-il capable d'organiser une élection présidentielle transparente et crédible susceptible d'être gagnée par son adversaire qui est le candidat unique de l'opposition ?

Il n'y a pas longtemps, il adulait, encore, la CPI (Cour pénale internationale). La procureure de cette institution est, d'ailleurs, son ancien ministre de la Justice, Fatou Bensouda. Puis, tout d'un coup, comme piqué par un moustique, Yahya Jammeh décide que la Gambie va quitter la CPI. Sans préavis, en prenant tout son gouvernement de court. Son assemblée nationale aussi. Simple coup de tête d'un dictateur en mal de décisions qui le mettent en avant ?

Le président gambien, Yahya Jammeh, a, dans un discours prononcé, jeudi, 31 mars, à l’ouverture officielle de la session parlementaire, à Banjul, accusé l’Occident d’être responsable de la création des différents groupes terroristes qui font des ravages, partout, dans le monde. Cela, on le savait. Mais pas sortant de la bouche d'un président africain.