Le 2 avril 2025, des députés et militants du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) ont pris d’assaut le Palais de justice d’Abidjan pour défendre la candidature de Tidjane Thiam (président du PDCI) à la prochaine élection présidentielle. C’est de ce PDCI capable de braver la peur et de prendre la rue pour faire réparer une injustice que beaucoup d’Ivoiriens ont toujours rêvé.
La manifestation du PDCI-RDA m’a rappelé la marche du 22 au 24 décembre 1949 organisée par Léonie Richardo, Marie-Georgette Mockey et Marie Koré. Sous leur égide, plusieurs femmes s’étaient rendues d’Abidjan à Grand-Bassam pour demander la libération de 32 hommes politiques du PDCI-RDA injustement emprisonnés par les autorités coloniales françaises. Jean-Baptiste Mockey, Bernard Dadié, Mathieu Ekra et René Séry Koré faisaient partie de ces prisonniers. Peu avant, Anne-Marie Essy Raggi avait appelé les Ivoiriens à boycotter les produits français.
Malgré la plaidoirie de leur avocate, la Guadeloupéenne, Gerty Archimède, les colons avaient refusé de libérer ces Ivoiriens, qui avaient, déjà, passé 9 mois en prison sans jugement. Malgré les coups de crosse, les gaz lacrymogènes et les jets d’eau de l’administration coloniale, les femmes ne baisseront pas les bras. Finalement, elles seront 4.000 à « harceler » les autorités pénitentiaires de Grand-Bassam. C’est en avril 1951 que les détenus seront libérés. Bien avant, Marie Koré sera arrêtée et jetée derrière les barreaux.
Que le combat de ces femmes n’ait pas abouti tout de suite importe peu. Ce qui est important, c’est qu’elles aient essayé quelque chose au lieu de se résigner. Ce que nous devons retenir, c’est qu’elles ont eu le courage d’enfreindre l’ordre colonial pour agir car c’est de cette façon qu’on fait l’Histoire et qu’on entre dans l’Histoire.
« Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu », disait Bertold Brecht, dramaturge et poète allemand.
Marcher, manifester, c’est combattre. Si le PDCI l’a fait avec brio, ce 2 avril, cela veut dire que c’était faisable, qu’il peut remettre le couvert et que l’opposition unie peut faire davantage et mieux pour faire advenir le changement auquel aspirent de nombreux Ivoiriens.
En effet, nous avons affaire, depuis avril 2011, à un régime prédateur et dictatorial, nous sommes malmenés par des individus, qui veulent utiliser la tricherie et la violence pour se maintenir au pouvoir malgré un bilan catastrophique. Les contraindre à lâcher du lest sur l’audit de la liste électorale, sur le découpage électoral et sur l’ouverture des médias d’Etat à toutes les formations politiques, est un combat dont on ne peut faire l’économie si on aime vraiment son pays.

C’est bien de défendre un individu, mais, il est encore mieux de défendre des principes, de se battre pour le respect de la Constitution, qui interdit plus de deux mandats présidentiels.
La mobilisation des militants du PDCI dont je me réjouis sincèrement, doit, non seulement, continuer mais, monter en puissance, comme le kilogramme du cacao, qui serait passé de 1.800 à 2.200 F CFA selon Kobenan Adjoumani et faire tache d’huile. Une manière de dire que, dans les jours ou semaines à venir, il serait souhaitable que toute l’opposition mette 2 à 3 millions de personnes dans la rue pour défendre non plus X ou Y, mais, le pays sur lequel pèse la menace d’un grand remplacement.
Jean-Claude Djéréké
est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis)