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Etats généraux du livre en langue française dans le monde : Comment enrayer l'inquiétant déclin ?

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mar 22/06/2021 - 18:23
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La culture est le parent pauvre de l'action du président, Emmanuel Macron. C'est un constat partagé et assumé par le pouvoir. Depuis son arrivée à l'Elysée, en 2017, le président a mis l'accent sur la finance, les comptes publics, l'industrie, les réformes économiques, etc., et pas assez dans la culture et la vie concrète des gens. C'est d'ailleurs l'une des raisons de l'émergence du mouvement des Gilets Jaunes, qui n'a disparu qu'avec la survenue du coronavirus : pour freiner sa propagation, il fallait interdire les grands rassemblements et les manifestations. Doit-on alors conclure que l'ancien banquier d'affaire qui a atterri à l'Elysée est fâché avec la culture ? On peut le dire, arguments à l'appui. Certes, dans son gouvernement, il existe tout de même un ministère de la Culture, qui fonctionne au ralenti, pas comme sous François Mitterrand avec un Jack Lang rayonnant et resplendi aux commandes. La belle époque ! Aujourd'hui, il est très difficile de connaître même les noms des ministres, pas seulement celui de Roselyne Bachelot, cette chiraquienne, qui a été parachutée à la Culture, parce que, souvent, ils manquent d'envergure et de programme. Les années passent et se ressemblent et la langue française, le livre en français se meurt : l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) n'est-elle plus que l'ombre d'elle-même ? Peut-elle être comparée à l'OIF sous le Canadien Jean-Louis Roy par exemple ? Tout le monde (sauf encore les Africains de l'Ouest et du Centre) se met à l'anglais, à commencer par le président de la République, lui-même, qui reste le plus grand fossoyeur de la langue française, alors que du temps de Jacques Chirac, le dernier grand président français à défendre la langue et la culture françaises dans le monde, la lutte se menait encore pour maintenir le rang du français dans le monde au détriment de l'anglais (sur notre photo Abdou Diouf l'ancien secrétaire général de l'OIF et sa successeure Louise Mushikiwabo : ni la même taille ni la même ambition).

Annoncés dans le Plan pour la langue française et le plurilinguisme présenté par Emmanuel Macron, en mars 2018, mis en œuvre à l’initiative du ministère de la Culture, les Etats généraux du livre en langue française dans le monde se tiendront, à Tunis, les 23 et 24 septembre 2021.Objectif : rassembler l’ensemble des acteurs du livre du monde francophone autour des problématiques de l’accès au livre et à la lecture pour tous les publics, renforcer la création, diffuser et faire circuler les livres, les œuvres et les auteurs de langue française. Les Etats généraux présenteront des propositions concrètes, des initiatives ou des programmes s’inscrivant dans la durée, et proposeront des indicateurs pour assurer un suivi dans le temps des actions engagées. Enfin, ils se feront également l’écho des bouleversements et mutations provoqués par la crise sanitaire internationale sans précédent. Vaste programme !

Sylvie Marcé.Sylvie Marcé : les acteurs du livre lui demanderont l'impossible.

Sous l’impulsion de sa commissaire générale, Sylvie Marcé, et avec les équipes de l’Institut français, qui en est l’opérateur, l’enjeu des Etats généraux est de développer l’accès de tous les publics francophones dans le monde, au livre et à la lecture et de lever des freins identifiés à la production, la diffusion et la circulation des œuvres en langue française. Au même moment, on note que l'Etat français qui tient ce langage a cessé de financer la distribution de la presse (un pan important de la culture et donc de la lecture) depuis 2007 quand, François Fillon, arrivé à Matignon, avait déclaré qu'il a trouvé les caisses vides. Jamais un premier ministre de Chirac ou de Mitterrand n'aurait tenu de tels propos et passé à l'acte en asséchant les réseaux de distribution de la presse française de par le monde. Comment doit-on comprendre un tel discours qui tend à dire le contraire ?

Les Etats généraux du livre en langue française portent une ambition à la fois politique, économique, culturelle et éducative. Les principaux objectifs des Etats généraux sont de :

 

  • favoriser la diversité de la création intellectuelle et littéraire en langue française,

  • contribuer au développement d’un secteur éditorial francophone dynamique, équilibré, et basé sur la coopération et la réciprocité,

  • améliorer la circulation des livres, des œuvres et des auteurs de langue française,

  • intégrer les opportunités liées au numérique.

 

Signe de l’importance de cet événement à l’échelle de la Francophonie, une gouvernance multilatérale est mise en place avec un comité de pilotage dans lequel 22 pays sont représentés. Six Etats ou gouvernements – la Côte d’Ivoire, la République de Guinée, le Québec, la Confédération suisse, la Tunisie, la Fédération Wallonie Bruxelles, ainsi que, l’OIF– se sont associés à la France pour co-organiser l’événement de Tunis, renforçant encore cette dimension multilatérale.

L’événement réunira entre 300 et 400 acteurs du livre du monde entier autour des problématiques du livre en langue française : auteurs, éditeurs, diffuseurs, distributeurs, libraires, acteurs du numérique, bibliothèques, associations ou syndicats professionnels, organismes ou associations soutenant le livre, institutionnels et professionnels, publics et privés.

Près de 800 acteurs du livre dans 43 pays différents ont déjà été sollicités et invités à apporter leur contribution dans la perspective de ces Etats généraux.

Leïla Slimani.Leïla Slimani Prix Goncourt 2016 avec "Chanson douce" (Gallimard).

Plus de 200 personnes d’horizons professionnels et géographiques variés ont participé activement aux ateliers professionnels ou participent aux différents groupes de travail. Au même moment, un Congrès mondial des écrivains de langue française réunira, les 25 et 26 septembre 2021, également, à Tunis, sous l’impulsion d’un comité littéraire initié avec Michel Le Bris et coordonné par Leïla Slimani, des écrivains prestigieux de langue française des cinq continents en vue de proposer, dans leur diversité et le respect de leur sensibilité, une vision renouvelée sur l’état de la langue et sa vitalité.

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