AFRIQUE DU SUD : Vers une révision de la Constitution pour exproprier les terres sans compensation

Camarade Bob l'a fait au Zimbabwe et le ciel lui est tombé dessus parce que la Grande Bretagne qui devait participer au financement de ces expropriations des terres avait, finalement, fait faux bond. L'économie du Zimbabwe en a beaucoup souffert. En Afrique du Sud, l'ancien président, Jacob Zuma, avait évité de résoudre cette question qui se pose de la même manière qu'au Zimbabwe. Il vient de quitter le pouvoir sans l'avoir même effleurée. Son successeur, Cyril Ramaphosa, en fait une de ses priorités. A un an de l'élection présidentielle à laquelle il est candidat. Réussira-t-il ce processus sans heurt ?

Le Parlement sud-africain a donné, mardi, 27 février, le coup d'envoi d'une réforme de la Constitution pour autoriser l'expropriation sans compensation des terres agricoles au profit de la majorité noire, un sujet très sensible qui agite la vie politique du pays.

A une très large majorité, les députés ont adopté une motion mettant en place une commission chargée de réviser à cette fin l'article 25 de la la loi fondamentale d'Afrique du Sud.

Ce texte était défendu par le bouillant chef des Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale) Julius Malema.

"Le temps de la réconciliation est fini. L'heure de la justice a sonné", a lancé Julius Malema dans l'hémicycle, "nous ne cherchons pas la vengeance (...) nous voulons retrouver notre dignité".
Près d'un quart de siècle après la chute de l'apartheid, la question de la redistribution des terres reste très controversée.

Comme le reste de l'économie, l'agriculture reste, largement, aux mains des Blancs, qui détiennent 73% des terres contre 85% à la fin du régime raciste, selon une récente étude.

Souvent, la redistribution se solde par un échec. Les nouveaux propriétaires sont contraints de jeter l'éponge, incapables d'assurer la rentabilité de leur exploitation par manque de formation, de moyens ou d'accès aux marchés.

Depuis plusieurs années, Julius Malema exhorte, régulièrement, ses troupes à "s'emparer des terres". Ces propos lui ont valu autant de poursuites devant les tribunaux pour "incitation à l'effraction".
Il n'a, toutefois, pour l'heure, pas été condamné.

Son texte a obtenu, mardi, 27 février, le soutien du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, qui détient la majorité absolue au parlement.

Conformément à ce qu'a souhaité le dernier congrès de l'ANC qu'il préside, le nouveau président, Cyril Ramaphosa (sur notre photo avec Julius Malema et Winnie Mandela), a promis une réforme agraire destinée à "panser les plaies du passé et à accélérer la redistribution de la terre aux Sud-Africains noirs".

"Nous gérerons ce problème (...) d'une manière qui ne portera pas atteinte à l'économie", a-t-il précisé la semaine dernière, "nous n'autoriserons pas des interventions s'apparentant à du vol (...) nous ne ferons pas les erreurs que les autres ont commises".

Au Zimbabwe voisin, l'ex-président, Robert Mugabe, a lancé dans les années 2000 une réforme agraire fondée sur l'expropriation brutale des fermiers blancs. Elle a plongé le pays dans une crise économique dont il ne s'est, toujours, pas relevé.

Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), s'est, elle, opposée à la réforme, estimant qu'elle "met sérieusement en danger l'économie nationale".

Avec AFP

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