NIGERIA : « Baba go slow » accusé d'immobilisme

Au moment où le Nigeria, première puissance économique d'Afrique, fait face à une grave crise économique et monétaire, qui menace de faire fuir les investisseurs, le président, Muhammadu Buhari, est, à nouveau, critiqué pour son immobilisme.

Celui qui a mis, presque six mois, à nommer un gouvernement n'est pas prêt de se défaire du surnom de "Baba Go Slow" --"le vieux qui prend son temps"-- dont l'ont affublé les médias nigérians.
Les cours mondiaux du pétrole ont chuté de 70%, depuis 2104, privant le Nigeria, premier producteur de brut du continent, de sa principale source de revenus, et faisant dégringoler, à la fois, la croissance et la monnaie locale, le naira.

Malgré le contexte morose, M. Buhari (sur notre photo avec la patronne du FMI, la Française, Christine Lagarde, le 5 janvier 2016, à Abuja) a annoncé, en décembre, un budget record de 6.080 milliards de nairas (environ 27 milliards d'euros) pour 2016 --soit une augmentation des dépenses publiques de 20%--, financé en partie par des emprunts, afin d'investir dans de coûteuses infrastructures dont le pays a, cruellement, besoin, dans le but de stimuler les investissements et la croissance.

Mais plusieurs erreurs ont été décelées dans la proposition de budget, notamment, des répétitions, retardant son adoption par le parlement.
Les mêmes véhicules, ordinateurs et meubles apparaissent, notamment, à 24 reprises, pour un montant total de 46,5 milliards de nairas, une porte ouverte à la corruption, dénonce Oluseun Onigbinde, co-fondateur de BudgIT, une start-up nigériane qui oeuvre pour plus de transparence dans l'action publique.

"Les Nigérians traversent une période de crise, avec le prix du pétrole qui a plongé en dessous de 30 dollars, donc le budget devrait être plus en phase avec l'humeur du moment", estime M. Onigbinde.
M. Buhari a renvoyé, en février, le directeur général en charge du budget, et il a nommé, à sa place, le banquier, Tijjani Abdullahi.

Le budget doit, maintenant, faire l'objet de révisions importantes avant qu'il puisse, à nouveau, être validé par le président et voté par le parlement. Un processus qui pourrait prendre des mois.
"Nous avons besoin que ça aille plus vite (…). (M. Buhari) aurait dû agir plus vite à son arrivée au pouvoir", ajoute M. Onigbinde.

La controverse sur le budget n'est pas pour rassurer les investisseurs, déjà, refroidis par la crise monétaire en cours. Le Nigeria, dont une grande partie des réserves en devise provenaient du pétrole, voit le naira s'écrouler au marché noir.

Vendredi, 19 février, le naira s'échangeait à plus de 360 pour un dollar --contre 305 à la fin du mois dernier, et autour de 250 quelques semaines auparavant.
Au lieu de dévaluer, tel que recommandé par le Fonds monétaire international (FMI), notamment, le gouvernement a décidé de maintenir le même taux officiel à 197-199 nairas, mais, d'interdire l'importation de certains produits, et de protéger les réserves en devises restantes.

"Les investisseurs ne sont pas en confiance, parce qu'on n'a pas l'impression d'aller de l'avant", estime Nema Ramkhelawan-Bhana, analyste pour Rand Merchant Bank Africa.
Et "le pire scénario possible est la paralysie, comme ce qu'on a vu pour la Banque centrale et la politique de change" a-t-elle ajouté.

M. Buhari dit ne pas vouloir "tuer le naira" pour protéger les plus pauvres, qui risquent d'être touchés de plein fouet par la hausse des prix, dans un pays où la plupart des produits de base sont importés.
Mais dans les rues de Lagos, la capitale économique, les prix se sont, déjà, mis à grimper de fait.

"Une assiette de riz, qui coûtait 200 nairas en décembre coûte maintenant 350 nairas. Les clients se plaignent parce que les portions ne sont pas les mêmes qu'auparavant", explique Mary Idowu, qui vend ses plats préparés aux passants.

Un sac de 50 kg de riz, qui coûtait 9.000 nairas en coûte maintenant 13.000, et le sac de haricots est passé de 12.000 à 15.000 nairas, détaille-t-elle.
"Les prix montent malgré les mesures censées préserver le taux officiel du naira inchangé", explique Razia Khan, de la banque Standard Chartered.
Le taux d'inflation annuel est passé à 9,6%, en janvier, au-dessus de l'objectif de la Banque centrale. Et cela pourrait encore empirer.

"C'est dommage que nos décideurs soient, aussi, lents à résoudre des problèmes aussi importants", estime Pat Utomi, professeur d'économie politique à la Lagos Business School.
"Le gouvernement doit réaliser qu'il ne peut pas continuer à protéger le naira, parce qu'il n'a pas les réserves pour le faire" a-t-il poursuivi.
"Et au final, le naira finira par trouver sa juste valeur, qu'on dévalue ou non".

Avec AFP

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