ZONE FRANC : Dévaluation du F CFA (?), pression impérialiste ou réalité économique ?

Cette question est, pourtant, simple mais la réponse peut se montrer beaucoup plus complexe d’abord parce que le F CFA n’est pas une monnaie “souveraine”. Elle a été créée sur la base de certains accords qu’on aura toujours du mal à comprendre. Du coup, la définition initiale de sa valeur n’était pas fonction de la situation économique des pays qui l’utilisent. Si c’était le cas, je pense que le régime du taux de change fixe CFA-Euro aurait sauté depuis un bon moment déjà. Tous les points que je viens de citer sont, à mon avis, des questions, totalement, politiques, pas de politique économique au sens noble du terme, mais carrément, de politique pure et simple.

Maintenant, regardons la chose du côté totalement économique avec une légère tendance keynésienne. Les rumeurs (démenties par le Sommet du 23 décembre 2016 à Yaoundé entre les chefs d'Etat des pays membres de la BEAC, le ministre français des Finances et la directrice générale du FMI, voir notre photo) annonçaient que le F CFA-CEMAC serait dévalué de 50% tandis que celui de l’UEMOA serait réévalué. Est-il possible qu’une telle opération se fasse ? La réponse est OUI. Comme nous le savons tous, une grande partie des pays de la Zone CEMAC est très dépendante du pétrole ; ces Etats ont basé leurs économies, principalement, sur l’exploitation de cette matière première. C’est bien beau, le pétrole, c’est “l’or noir”, on doit se réjouir de l’avoir, mais, le problème c’est que ces nations vendent du brut et rachètent les produits finis du pétrole à des prix plus élevés. Imagine que tu vendes un kilogramme de farine à Monsieur X au prix de 1 dollar (qui est la monnaie des transactions internationales) et Monsieur X te revend le pain qu’il fabrique avec la farine que tu lui as vendu, sauf que son pain, il le vend à 2 dollars. Si le même processus se répète 10 fois par an, tu recevras 10 dollars venant de Monsieur X pour vente de farine et tu donneras 20 dollars à Monsieur X pour achat de pain (fabriqué avec la farine que tu produis). Ceci est le comportement des balances commerciales (différence entre exportations et importations) des pays de la Zone CEMAC, des balances déficitaires. La monnaie peut être considérée comme tout autre bien à valeur marchande, quand il y a excès d’offre d’un bien sur le marché, son prix baisse et c’est ce qui se passe dans la Zone CEMAC, les dépenses sont supérieures aux gains et cela provoque un excès d’offre de F CFA-CEMAC sur le marché financier, d’où la chute de sa valeur réelle (dévaluation). De l’autre côté, s’il est, réellement, question de réévaluer le CFA-UEMOA, cela veut dire que les pays de la zone ont su diversifier leurs économies, ce qui leur a permis d’avoir des taux d’exportation beaucoup plus importants que ceux de la zone CEMAC.

Alors, est-ce qu’une dévaluation est, forcément, une mauvaise chose ? Pour la Zone CEMAC, oui parce qu’elle importe, quasiment, tout. Il est fort probable que ces économies connaîtront des taux d’inflation très élevés et le bien-être des familles sera très affecté par cette élévation des prix. Par contre, la dévaluation de la monnaie peut être un facteur positif pour un pays qui produit la quasi- totalité de ses biens et qui exportent beaucoup plus qu’elle n’importe. Dans ce cas, on parle de dévaluation compétitive qui est une des politiques clés de la Chine, qui inonde le monde avec ses produits bon marché. La dévaluation de sa monnaie fait que ses produits coûtent moins chers sur le marché international, donc, le monde n’arrêtera pas d’acheter des produits chinois. La Chine a, donc, de ce fait, une balance commerciale positive et possède de grandes réserves en devises internationales (principalement le dollar) récolté grâce à ses exportations, cela lui donne le pouvoir de manipuler le taux de change de sa monnaie de façon, relativement, plus flexible et bien sûr, avoir un taux de croissance économique très élevé.

Revenant à l'hypothèse de dévaluation du F CFA-CEMAC, bien qu'elle ait été démentie, les pays de la CEMAC ayant commencé à signer des programmes d'ajustement avec le FMI en lieu et place de la dévaluation, la réalité c’est que le F CFA-CEMAC a été, effectivement, dévalué le jour ou l’information de sa probable dévaluation a été rendue publique. Je ne parle pas de sa valeur nominale actuelle, mais plutôt, de sa valeur réelle, soit, ce qu’elle vaut, réellement, si on éliminait tout accord de parité de taux de change. Les économies capitalistes fonctionnent avec des expectatives, soit, des attentes fondées sur des promesses ou des résultats qu’une certaine action présente apportera dans le futur. Un agent économique (entreprise, personne physique...) n’investit que s’il espère avoir des retours positifs dans le futur. Raison pour laquelle en période de crise, la récupération est lente parce que les investisseurs n’ont pas foi en un futur meilleur et ils ne prennent aucun risque. C’est ce même processus de décision que l’agent économique utilise pour décider s’il est plus sûr de garder une devise X ou Y. Le principe est simple, supposons que je suis un gros investisseur de la Zone CEMAC, donc, mes gains et mes richesses sont comptés en F CFA-CEMAC. Un bon matin, je me réveille et j’apprends que dans les semaines qui suivent, le F CFA-CEMAC sera dévalué. Par contre, celui de l’UEMOA sera réévalué. En ce moment-là, la décision la plus rationnelle et la plus facile serait de me débarrasser du F CFA-CEMAC pour me procurer celui de l’UEMOA (par exemple) pendant que les deux monnaies ont, encore, la même valeur afin de conserver la valeur réelle de ma richesse. Bien évidemment, je ne serais pas le seul “malin” à penser comme ça, beaucoup d’autres agents économiques voudront se débarrasser du F CFA-CEMAC avant qu’il ne soit trop tard. Le résultat de ce “grand ménage” fera que le F CFA-CEMAC sera, effectivement, dévalué selon le principe de l’excès d’offre et celui de l’UEMOA sera, effectivement, réévalué grâce à l’excès de la demande. A mon avis, le F CFA-CEMAC est, déjà, condamné à sa dévaluation et elle ne pourra garder sa valeur actuelle que si l’accord du taux de change fixe est maintenu. Ce qui est le cas et ce qui est, d'ailleurs, l'un des fondements principaux de la stabilité de ce mécanisme.

Espérant Chardevy Biniakounou,
étudiant en sciences-économiques
Université fédérale de Minas Gerais
BeloHorizonte (Brésil).
Email : rko_sp9@yahoo.fr

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