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COTE D'IVOIRE : Simone Ehivet Gbagbo un modèle à suivre de lutte pour la libération de l’Afrique en cette Journée internationale de la femme (8 mars 2021)

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lun 08/03/2021 - 12:33
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Le prétexte du texte qu’on va lire est la journée internationale de la femme qui célèbre, le 8 mars, les efforts et sacrifices consentis par les femmes du monde entier pour améliorer leurs conditions de vie et de travail. En Côte d’Ivoire, les Marie Koré, Anne Marie Raggi et d’autres femmes avaient compris qu’il était nécessaire de commencer par se libérer du colonialisme. Voilà pourquoi elles se joignirent très vite aux hommes, qui luttaient pour la fin des travaux forcés et pour une meilleure rémunération du travail des planteurs ivoiriens. Si Simone Ehivet Gbagbo (SEG) est sans conteste l’une des héritières de ces intrépides combattantes de la liberté et de la justice, elle se distingue toutefois.

D’abord, par son bagage intellectuel. Titulaire d’un doctorat en Lettres modernes (sa thèse soutenue en 1983 avait pour titre “Le langage tambouriné chez les Abouré”), elle enseigna, plusieurs années durant, à l’Université de Cocody-Abidjan. Elle brille ensuite par son parcours politique. Co-fondatrice du Front populaire ivoirien (FPI), militante du Syndicat national de la recherche et de l’enseignement supérieur (Synares) qu’elle dirigea avant que le professeur, Marcel Etté, n’en prenne les rênes, députée d’Abobo (1995-2010), présidente du groupe parlementaire FPI à l’Assemblée nationale (2000-2010) et 2e vice-présidente du parti, elle mena, avec Laurent Gbagbo et d’autres démocrates, le combat pour le retour du pays au multipartisme. Enfin, elle se fait remarquer par sa volonté de participer à l’affranchissement de son pays de la France. Or, pour émanciper un pays, il faut soi-même s’émanciper d’un certain nombre de choses. “Emancipation” vient de trois mots latins : “ex”(de), “manus” (la main) et “capere” (attraper). Autrefois, on attrapait par la main ceux qui étaient affranchis de l’esclavage. L’esclavage ne s’est jamais arrêté à l’égard de l’Afrique. Il n’a fait que changer de formes. SEG a toujours pensé que, pour contribuer à la libération de l’Afrique, elle se devait de s’émanciper :

 

De la peur. Lui rendant hommage après sa sortie de prison, Abou Drahamane Sangaré disait ceci : “C’est Simone qui est venue nous dire de créer le FPI. Nous-mêmes [Laurent Gbagbo, Emile Boga Doudou, Abou Drahamane Sangaré et Pascal Dago Kokora], on avait peur ; elle était toute courageuse.” C’est ce courage qui lui permit de diriger le parti de 1982 à 1988 en l’absence de Laurent Gbagbo parti en exil en France. Si elle n’était pas courageuse, elle ne participerait pas à la marche pacifique organisée par les démocrates le 18 février 1992, marche au cours de laquelle elle fut arrêtée et battue sauvagement avant d’être jetée en prison. Le but de cette marche était de protester contre le refus du président Houphouët de sanctionner les militaires, qui avaient fait une descente punitive à la cité universitaire de Yopougon en mai 1991. Libérée après 7 ans d’emprisonnement, SEG aurait pu se taire, du moins éviter de critiquer ouvertement le régime Ouattara, qui l’avait injustement incarcérée à Odienné, puis, à l’Ecole de gendarmerie de Cocody. Au lieu de cela, elle dénonça, le 6 octobre 2020, les violences du régime à l’encontre des Ivoiriens qui manifestaient contre le 3e mandat de Dramane Ouattara. “Tant que nous serons dans les réponses arrogantes, dans la manipulation des faits, des événements, tant que nous sommes et serons dans des accusations qui n’ont pas lieu d’être, expliquait-elle, c’est clair que nous serons dans l’impasse… Les affrontements armés, les affrontements intercommunautaires, on ne connaissait pas ça dans notre pays”. Pour elle, “tant que nous aurons des personnes et des organisations qui considèrent qu’elles ont le droit de parvenir au pouvoir par les armes, il y aura des problèmes”. Pour finir, elle rappela s’être opposée avec d’autres au parti unique, avoir manifesté et être descendue dans la rue sans prendre les armes quand Houphouët-Boigny était au pouvoir.

 

Du culte de la personnalité qui confond l’attachement à une vision avec l’attachement à une personne. Le 30 novembre 2019, en effet, Simone Gbagbo brisa un tabou en déclarant : “Nous devons suivre Laurent Gbagbo parce que nous partageons sa vision et non pour des raisons personnelles, car celles-ci sont fragiles. Dans le combat que nous menons, Gbagbo Laurent doit être le centre de nos revendications, parce qu’il est la tête qui nous représente. (…) S’il n’est pas là, notre vision est tuée. Mais notre vision, ce n’est pas Gbagbo Laurent. Notre vision, c’est la Côte d’Ivoire nouvelle. Le jour où Gbagbo Laurent ne sera plus là, notre vision ne doit pas mourir”.

 

De l’incohérence. Alors que son parti avait décidé de participer aux législatives du 6 mars 2021, SEG s’abstint de candidater pour ne pas légitimer un individu qui, en plus d’avoir violé notre Loi fondamentale, a gardé intacts la commission électorale, le découpage électoral, les listes électorales truffées de noms qui ne devaient pas y figurer.

 

De la langue de bois. Dans un entretien accordé le 30 septembre 2020 à la chaîne française “France 24”, SEG estime que la candidature à un troisième mandat d’Alassane Ouattara est anticonstitutionnelle et qu’il doit la retirer, approuve l’appel à la “désobéissance civile” lancé par l’opposition. Quand on lui demande si elle juge que le régime actuel est une “dictature”, elle répond sans détour qu’elle ne voit pas “d’autre mot pour qualifier un tel régime”.

De toute forme d’ambiguïté. Certains au FPI croient à tort que c’est en ménageant les autorités françaises que Laurent Gbagbo pourra sortir de leurs griffes. Ce n’est pas l’avis de SEG qui n’a jamais hésité à indexer les dirigeants français. Ainsi, dans le même entretien avec “France 24”, elle révélait avoir vu les soldats français filmer “quand les gens nous chassaient, nous abattaient et je n’ai pas vu un seul soldat français lever la main”.

 

De la haine et de l’esprit de vengeance. Cette ancienne responsable nationale de la Jeunesse étudiante catholique (1966-1970) n’a pas attendu d’être amnistiée le 8 août 2018 pour pardonner le mal qui lui a été fait comme en témoigne son message de Noël 2017 : “Ne croyez pas que j’en veuille à l’Etat de Côte d’Ivoire de m’avoir privé de visite, pour la fête de Noël. Non, au contraire, je demande à Dieu de leur donner une plus grande bonté et une plus grande sagesse, beaucoup de santé et beaucoup de joie. Je souhaite un Joyeux Noël, à eux et à leurs familles respectives. Je souhaite un Joyeux Noël à tous mes codétenus, partout, dans le monde et en Côte d’Ivoire. Je souhaite un Joyeux Noël à tous les Ivoiriens, à vous qui me soutenez, et même à ceux qui me détestent”.

 

Idéologiquement au point, cultivée mais capable aussi de parler aux petites gens, debout malgré les épreuves et humiliations subies, SEG peut être une source d’inspiration pour les jeunes filles africaines en quête de repères.

 

Jean-Claude DJEREKE

est professeur de littérature à l'Université de Temple (Etats-Unis).

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