Trois. C’est le nombre de kényans décédés depuis début 2025 dans le cadre de missions internationales de maintien de la paix. Samuel Tompoi Kaetuai et Benedict Kabiru sont tombés, respectivement, en février et mars, à Haïti, face aux gangs qui y sèment la terreur. Alors que la troisième victime appartenait à la MINUSCA. Si la tragédie en Centrafrique est très récente, les deux autres le sont moins mais n’ont fait l’objet d’aucune déclaration de la part de William Ruto.
Le silence du président kényan en dit long sur son état d’esprit actuel quant à cette mission de maintien de la paix à Haïti. Après l’avoir défendu corps et âme devant des parlementaires de l’opposition inquiets de voir partir des centaines de leurs policiers à plusieurs heures d’avion de leur pays pour sécuriser un territoire baignant dans la violence, William Ruto aura du mal à fuir ses responsabilités, notamment, puisque l’insécurité s’est aggravée depuis le début de la mission (sur notre photo, débarquement de 217 policiers kényans le 18 janvier 2025 à l’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince).
Pour détourner l’attention de ce qui sonne déjà comme un échec retentissant de son pari sécuritaire à l’étranger, le dirigeant kényan s’est lancé dans une sorte de pré-campagne électorale au Mount Kenya. C’est grâce à un vote favorable dans cette région qu’il avait pu remporter le dernier scrutin présidentiel. Mais, depuis le limogeage de l’ancien vice-président, qui y est un poids lourd, il n’y est plus du tout en odeur de sainteté, d’où sa tentative de changer la donne.

La pression devrait s’intensifier sur Nairobi afin qu’elle mette fin à cette mission de paix en Haïti. Et, William Ruto serait bien fondé d’y céder s’il ne veut pas enregistrer de nouveaux décès parmi ses effectifs sur place. Le risque s’est accru depuis l’annonce par les autorités haïtiennes de la libération de 500 détenus par des gangs à Mirebalais, une ville située dans la partie nord-est de Port-au-Prince. Toutefois, connaissant le bon vieux Ruto, ce sera le statu quo.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)