AFRIQUE DU SUD : Avec Cyril Ramaphosa aux commandes, la prison n'est plus une hypothèse d'école pour Jacob Zuma

Il n'y avait pas une autre façon de recoller les morceaux au sein de l'ANC que Jacob Zuma laisse en lambeaux à cause de son goût pour la corruption et l'affairisme. Vainqueur du scrutin qui fait de lui le nouveau président de l'ANC, et futur président de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, aura du pain sur la planche. Les huit ans de Zuma passés à la tête de l'ANC en ont fait un parti quelconque, que les autres partis, plus petits, défient, aujourd'hui, sans crainte, avec, parfois, des victoires qui laissent pantois. Maintenant que sa page dans le parti se tourne, Jacob Zuma est quelqu'un à très vite oublier, ce qui ne fait que montrer l'ampleur de la tâche qui attend son successeur.

Le vice-président sud-africain, Cyril Ramaphosa (notre photo), a succédé, lundi, 18 décembre, à la tête du Congrès national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994, au très contesté président, Jacob Zuma, avec l'immense tâche de redorer le blason du parti d'ici aux élections de 2019.

Epilogue de plusieurs mois d'une campagne très âpre, Cyril Ramaphosa a été élu d'un souffle devant sa rivale, l'ancienne patronne de l'Union africaine (UA) et ex-épouse de M. Zuma, Xhosazana Dlamini Zuma.
Selon les résultats proclamés par le parti, il a obtenu le soutien de 2.440 délégués du parti, contre 2.261 à son adversaire.

Ce succès fait de Cyril Ramaphosa, 65 ans, un ancien syndicaliste devenu richissime homme d'affaires, le favori pour succéder, dans deux ans, à Jacob Zuma, à la tête de l'Afrique du Sud.

Annoncé dans un centre de conférences de Johannesburg surchauffé et sous haute tension, le verdict des urnes a été accueilli par de longues minutes d'acclamations des partisans de Cyril Ramaphosa, euphoriques.

La défaite de Xhosazana Dlamini-Zuma va raisonner au-delà de l'Afrique du Sud : le couple Zuma, ne l'oublions pas, est à l'origine des troubles électoraux au Gabon. Jean Ping avait droit à un deuxième mandat, à la présidence de la Commission de l'UA, sauf que cette option ne rencontrait pas l'assentiment du très pouvoiriste couple Zuma, qui a mobilisé sans compter pour écarter Ping. Devenue présidente de la Commission à la place de Jean Ping, Xhosazana Dlamini-Zuma Zuma n'a même pas été capable de terminer son premier mandat (qu'elle avait activement recherché écrasant tout sur son passage), obnubilée par le pouvoir suprême en Afrique du Sud où elle a essayé d'évincer le vice-président, Cyril Ramaphosa, que la fonction prédisposait à la succession de Jacob Zuma. Après avoir réussi son coup contre Jean Ping, le couple Zuma a, heureusement, échoué face à Cyril Ramaphosa, qui dispose, maintenant, des coudées franches pour devenir le prochain président de la République, qui laissera la justice travailler pour débarrasser l'Afrique du Sud de la corruption et de l'affairisme des Zuma.

Cela dit, la guerre de succession qui s'achève a révélé d'importantes fractures au sein de l'ANC.

Soutenu par l'aile modérée du parti, très apprécié des marchés, le vice-président a fait campagne en dénonçant la corruption du clan Zuma. Il a, aussi, promis de relancer l'économie du pays, qui peine à sortir de la crise, et de créer des emplois pour faire reculer un taux de chômage au plus haut à plus de 27%.

Face à lui, Xhosazana Dlamini-Zuma, 68 ans, avait repris le discours de son ex-époux sur la nécessaire "transformation radicale de l'économie" au profit de la majorité noire. Un quart de siècle après la chute de l'apartheid, des millions de Sud-Africains continuent à vivre dans la pauvreté.

A son très grand désavantage : Ses adversaires la soupçonnaient d'être la "marionnette" de Jacob Zuma et de lui avoir promis l'immunité dans les nombreux scandales politico-financiers où il est accusé. Cette accusation s'est avérée fatale pour son image.

L'étoile de l'ANC a, sérieusement, pâli depuis sa victoire aux premières élections libres de l'histoire de l'Afrique du Sud en 1994 et l'arrivée au pouvoir de son icône Nelson Mandela.

Affaibli par la crise économique et les accusations de corruption qui visent Jacob Zuma, l'ANC a, déjà, subi un sérieux revers aux élections locales de 2016 en cédant à l'opposition le contrôle de villes de premier plan comme Johannesburg et Pretoria.

"Notre échec à régler les problèmes a commencé à peser sur notre mouvement", a lui-même concédé, samedi, 16 décembre, Jacob Zuma, lors de son dernier discours de chef du parti, évoquant "la corruption, la criminalité et l'emploi". Comme quoi, il fait de bonnes analyses mais s'est montré très mauvais dans la mise en œuvre des solutions.

Nombre d'analystes ont anticipé un éclatement du parti et lui prédisent, déjà, une défaite historique en 2019. C'est aller vite en besogne.
Toutefois, les résultats très serrés du scrutin de lundi laissent peu de marge de manoeuvre à Cyril Ramaphosa, a noté l'analyste Susan Booysen, de l'université du Witwatersrand à Johannesburg.

"Je ne vois pas comment il va pouvoir faire reculer la corruption au sein de l'Etat et agir contre des collègues qui ont fauté avec une majorité aussi ténue que ça", a-t-elle insisté, "ce n'est pas un scénario très favorable pour l'ANC en 2019".

Son élection "c'est trop peu et trop tard", a pronostiqué, de son côté, Mmusi Maimane, le chef du principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA).

La victoire de Cyril Ramaphosa a été accueillie, favorablement, par les marchés financiers, qui s'inquiètent, depuis des mois, des "incertitudes politiques" qui pèsent sur l'économie de la première puissance industrielle du continent africain.

Lundi soir, la devise sud-africaine, le rand, a progressé face au dollar pour atteindre son plus haut niveau depuis mars. C'est dire qu'on peut être optimiste.

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