AFRIQUE DU SUD : Cyril Ramaphosa appelle à l'accélération de la réforme agraire

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, au pouvoir depuis février, s'est engagé, mercredi, 14 mars, à "accélérer" la réforme agraire destinée à redistribuer des terres de la minorité blanche au profit de la majorité noire afin de "corriger les injustices". Anticipant une situation qui peut donner lieu à des conflits, comme au Zimbabwe sous Robert Mugabe, l'Australie se dit, d'ores et déjà, prête à donner des visas aux fermiers blancs sud-africains "persécutés" pour qu'ils y poursuivent leur activité.

Près d'un quart de siècle après l'élection de Nelson Mandela marquant la fin du gouvernement de l'apartheid, cette question très sensible ne cesse d'agiter la vie politique sud-africaine.
Il s'agit de l'un des points essentiels du débat sur la compensation des inégalités créées par l'ancien régime, qui avait interdit à la majorité noire de posséder des terres.

"Compte tenu de notre histoire, nous devons travailler rapidement pour accélérer le rythme de la réforme agraire", a déclaré Cyril Ramaphosa devant les députés. "Dans le cas contraire, ce problème auquel notre nation est confrontée depuis des centaines d'années va nous exploser entre les mains".

La minorité blanche, qui représente 8% de la population du pays, "possède 72% des fermes", contre "4% seulement" pour la majorité noire (80% de la population du pays), a-t-il rappelé.
La réforme agraire "a pour objectif de corriger les injustices liées à la dépossession de terres, (...) le péché originel", a, encore, expliqué le président.

Depuis son arrivée, au pouvoir, en février, Cyril Ramaphosa est pressé par son parti, le Congrès national africain (ANC), et la troisième force politique du pays, les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale), de conduire cette réforme.

En décembre, l'ANC a adopté une motion pour l'expropriation des terres sans compensation. Le mois dernier, les députés ont décidé, à une très large majorité, de mettre en place une commission chargée de réviser, à cette fin, la Constitution.

"L'expropriation de terres sans compensation" sera "l'un des mécanismes" utilisés par le gouvernement, a répété, mercredi, 14 mars, Cyril Ramaphosa (notre photo).
Le président a, toutefois, mis en garde contre les saisies illégales de terres, prônées par les EFF. "Nous n'autoriserons pas les invasions de terres", sinon "c'est l'anarchie", a-t-il prévenu.

Le sujet de la réforme agraire devrait être au coeur de la campagne des élections générales de 2019.
Ancien syndicaliste et richissime homme d'affaires, Cyril Ramaphosa se retrouve dans une position délicate : il doit tenter de reconquérir l'électorat de l'ANC, écoeuré par la corruption pendant l'ère Jacob Zuma, et, en même temps, de rassurer les marchés afin de relancer l'économie.

Nombre d'agriculteurs blancs craignent, eux, que l'Afrique du Sud ne suive la voie du Zimbabwe voisin, où la réforme agraire et la saisie brutale des terres, ont plongé le pays dans une crise économique sans précédent. D'ailleurs, pour anticiper une telle crise, l'Australie a annoncé vouloir mettre des visas à la disposition des fermiers sud-africains qui souhaiteraient poursuivre leur métier en Australie.

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