AFRIQUE DU SUD : L'opposition réclame la démission de Jacob Zuma

On ne dirait pas que cette décision a été prise par une Cour ...africaine. On dirait, plutôt, que c'est une sentence contre le pouvoir d'Obama ou de Hollande, tellement, elle sonne comme un air de liberté. C'est bien, pourtant, en Afrique du Sud qu'elle vient d'être prise, ce jeudi, 31 mars, même. Ce n'est, donc, pas un poisson d'avril. Quand, demain, 1er avril 2016, les journaux tireront, dans tous les sens, sur Jacob Zuma (dit le corrompu prié de remboursé l'argent détourné), il n'y aura rien à redire. Ce ne sera ni de l'intox, ni une rumeur, ni de la désinformation. A force d'imiter ses homologues du reste de l'Afrique qui se confondent avec leur justice, Zuma, l'indigne successeur de Mandela, a fini par croire que l'Afrique du Sud était, aussi, une république bananière. Et non, ce peuple qui a réussi à vaincre l'apartheid les mains nues, avec le seul verbe, montre la voie à suivre au reste du continent.

Comme il fallait s'y attendre, l'opposition a, immédiatement, salué cette décision de la Cour constitutionnelle et appelé à la démission de Jacob Zuma, empêtré dans plusieurs scandales. Une procédure de destitution va suivre, même si elle aura très peu de chance d'aboutir.

La coupe de Jacob Zuma est pleine.

L'Etat a payé, en 2009, quelque 20 millions d'euros (13 milliards de F CFA) au cours de l'époque, officiellement, pour améliorer la sécurité de la résidence privée du président. Les travaux incluaient, notamment, la construction d'une piscine, d'un poulailler, d'un enclos pour le bétail, d'un amphithéâtre et d'un centre d'accueil des visiteurs.

L'Affaire Nkandla, du nom de la luxueuse propriété en pays zoulou (Est), empoisonne Jacob Zuma depuis plusieurs années. Dans l'hémicycle, les députés de l'opposition (comme Julius Malema son ennemi intime juré) interrompent, régulièrement, le chef de l'Etat en lui lançant "Rends l'argent".

Jeudi, la Cour constitutionnelle, la plus haute instance juridique d'Afrique du Sud, leur a donné raison. Une victoire éclatante qui grandit l'indépendance de la justice de ce pays ainsi que sa démocratie.
Elle a ordonné au président qu'il rembourse "les travaux non liés à la sécurité", c'est-à-dire, "le centre pour visiteurs, l'enclos pour bétail, le poulailler et la piscine", a expliqué le président de la Cour constitutionnelle, Mogoeng Mogoeng.

Il revient, désormais, au Trésor de déterminer la somme à rembourser, a-t-il précisé.

Jacob Zuma n'a "pas fait respecter, ni défendu, ni suivi la Constitution", a encore insisté Mogoeng Mogoeng, en livrant, pendant plus d'une heure, son arrêt accablant, rendu à l'unanimité des 11 juges de la Cour. A l'unanimité. Zuma n'a qu'à négocier un prêt auprès d'une banque locale ou se tourner auprès de ses amis chinois pour éponger l'ardoise (notre photo montrant Jacob Zuma et le président chinois lors d'un voyage en Chine l'année dernière), à moins, de regarder, plutôt, vers quelques dictateurs du continent. En tout cas, Jacob ne manque pas d'atouts pour payer. Il ne faut pas avoir pitié de lui.

En 2014, la médiatrice de la République, Thuli Madonsela, chargée de veiller au bon usage des deniers publics, avait, déjà, estimé que le président avait "indûment bénéficié" du chantier sur son domaine et devait "rembourser un pourcentage raisonnable des coûts".

Mais, le président ne s'y était pas plié. "Le fait que le président n'ait pas obtempéré (...) est une violation de la Constitution", a asséné, jeudi, Mogoeng Mogoeng.
Thuli Madonsela a salué un jugement "historique". Elle peut savourer sa victoire après avoir enduré des moments parmi les plus durs de son histoire, tellement, les fortes et menaçantes pressions s'exerçaient sur elle, venant de la police, des renseignements généraux, du ministère de la Justice, et de l'ANC dont l'indispensable président n'est autre que Jacob Zuma lui-même.

Le parti de gauche radicale des Combattants de la liberté économique (EFF) - à l'origine de la saisine de la Cour constitutionnelle, avec la principale formation de l'opposition, l'Alliance démocratique (DA) – a, lui, exhorté le président "à démissionner immédiatement".

"Nous appelons l'ANC (Congrès national africain, parti au pouvoir) à faire la chose appropriée et démettre le président", a ajouté le bruyant leader de l'EFF, Julius Malema.
De son côté, la DA a annoncé le lancement d'une procédure de destitution contre le président, dont le second mandat expire en 2019.

La destitution, qui requiert deux-tiers des voix au parlement, a, toutefois, très peu de chances d’aboutir : l'ANC dispose d'une écrasante majorité au parlement (249 des 400 sièges), et Jacob Zuma "jouit, toujours, du soutien d’au moins 60% du Comité exécutif de l’ANC, l’organe de décision du parti", selon Robert Bessling, analyste au Centre de réflexion ExAfrica.

L'arrêt de la Cour constitutionnelle intervient à un moment crucial pour le président, embourbé dans plusieurs scandales, dont le plus récent concerne une famille de richissimes hommes d'affaires d'origine indienne soupçonnés d'intervenir dans l'attribution de postes ministériels. Une des trois épouses officielles de Zuma et un de ses 25 fils reconnus, sont, directement, employés par cette famille Gupta. C'est dire la bassesse que connaît l'Afrique du Sud avec ce piètre président.

Jacob Zuma est, également, sorti très affaibli, en décembre, du fiasco au ministère des Finances : en l'espace d'une semaine, trois ministres ont occupé ce portefeuille, provoquant une chute vertigineuse de la devise nationale.

Jacob Zuma a dit jeudi "respecter le jugement" de la Cour constitutionnelle, et "décidera (...) de l'action appropriée", alors que l'ANC craint d'enregistrer des revers lors des élections locales prévues cette année.

La saga Nkandla, en plus d'alimenter les critiques de l'opposition, a fait le bonheur des humoristes. En 2015, le ministre de la Police, Nathi Nhleko, avait blanchi le président en justifiant, de façon ubuesque, les travaux de Nkandla : la piscine était, ainsi, "un réservoir d'eau" en cas d'incendie, et le poulailler destiné à éviter que les bêtes ne s'égarent près des systèmes de sécurité.

Ne riez pas. On est bien dans le pays dirigé par Jacob Zuma, l'homme qui est né avant la honte.

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