AFRIQUE DU SUD : La justice va poursuivre l'ancien président Jacob Zuma

Jacob Zuma a joué et perdu. Ayant échoué à se faire succéder par son ancienne épouse, Xhosazana Dlamini-Zuma, qui lui aurait promis de ne rien faire pour provoquer ses ennuis judiciaires, le prédécesseur de Cyril Ramaphosa va devoir affronter les foudres d'une justice indépendante qu'il avait, sérieusement, malmenée pendant sa présidence. Devenu citoyen ordinaire, il doit, maintenant, répondre de tous ses forfaits et ceux-ci sont multiples et variés. Un mois, seulement, après sa chute, il intéresse, déjà, les juges. En effet, le parquet général a annoncé ce vendredi, 16 mars, la relance attendue de ses poursuites dans l'Affaire Thales. Ce n'est que le début du commencement de ses déboires judiciaires.

"Après examen de l'affaire, il y a des chances raisonnables de poursuivre avec succès Jacob Zuma", a déclaré le procureur général du pays, Shaun Abrahams, devant la presse.
"Un procès me semble la voie la plus adéquate pour régler cette affaire", a-t-il ajouté.

Jacob Zuma, qui est accusé de corruption et de fraude, est soupçonné d'avoir accepté des pots-de-vin, notamment, de la société française d'armement et d'électronique Thales, en marge d'un contrat de plus de 4 milliards d'euros signé en 1999.

Shaun Abrahams a précisé avoir notifié ces charges à l'intéressé qui a "nié toutes les accusations portées contre lui".
Cette affaire menace Jacob Zuma et tient en haleine l'Afrique du Sud depuis de nombreuses années.

Ce dernier rebondissement intervient presqu'un mois jour pour jour après la démission de Jacob Zuma de la présidence du pays le 14 février, à l'issue d'une longue opposition avec le nouveau chef du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, Cyril Ramaphosa (notre photo).

Cyril Ramaphosa, qui a fait de la lutte contre la corruption une de ses priorités, a succédé à Jacob Zuma à la tête du pays.
Dans l'affaire Thales, l'ancien chef de l'Etat est soupçonné d'avoir perçu des commissions de la part de deux filiales sud-africaines du groupe français, versées sur compte par son conseiller financier de l'époque, Schabir Shaik.

Schabir Shaik a été condamné à quinze ans de prison en 2005.

Ce dossier prend alors un tour très politique. Dès 2005, le président, Thabo Mbeki, s'en saisit pour limoger son rival Jacob Zuma, à l'époque, son vice-président, inculpé de corruption.
Ces poursuites sont annulées, une première fois, par la justice, faute de preuves.

Jacob Zuma prend, alors, sa revanche politique, fin 2007, en raflant la présidence de l'ANC à Thabo Mbeki. Mais, il est, à nouveau, inculpé dans cette affaire dix jours plus tard.
Beaucoup enterrent, alors, ses ambitions présidentielles. Jusqu'à ce que, nouveau coup de théâtre, un juge décide, en 2008, d'invalider, pour vice de forme, son inculpation.
Quelques mois plus tard, Jacob Zuma est élu chef de l'Etat. L'affaire semble, alors, définitivement, enterrée.

C'est sans compter sur la hargne du principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), qui réussit, avec des enregistrements téléphoniques, à prouver la réalité de pressions politiques sur les magistrats en charge de l'affaire.

En avril 2016, coup de théâtre, un tribunal de Pretoria ordonne le rétablissement des charges retenues contre Jacob Zuma. La Cour suprême d'appel confirme, en octobre dernier, son jugement et renvoie la balle dans le camp du procureur Abrahams.

"La justice doit non seulement être rendue mais aussi être considérée comme avoir été rendue. J'ai conscience que tout le monde est égal devant la loi", a commenté, vendredi, le magistrat en annonçant sa décision.

"C'est une victoire pour tous ceux qui ont combattu pendant des années pour que Jacob Zuma rende des comptes", s'est félicité, de son côté, le chef de la DA, Mmusi Maimane.
Mis en cause depuis des années dans de multiples scandales de corruption, Jacob Zuma a, jusque-là, toujours, réussi à passer au travers des mailles des multiples filets judiciaires que ses adversaires ont tendus sur son chemin.

A une exception près. En 2016, il a été contraint de rembourser une partie des travaux de "sécurité" financés par l'argent du contribuable dans sa résidence privée de Nkandla (Est). Environ 500.000 euros sur les 20 millions engagés au total. Une broutille !

Avec AFP

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