AFRIQUE DU SUD : Les services secrets tentent d'empêcher la sortie d'un ouvrage compromettant pour Jacob Zuma

Les services secrets sud-africains ont exigé le retrait d'un récent livre qui dénonce la corruption au sein du gouvernement du président, Jacob Zuma, vient d'annoncer ce vendredi, 3 novembre, la maison d'édition.
La Maison Tafelberg "a reçu une lettre de l'agence de sécurité de l'Etat (SSA) demandant le retrait du livre et la suppression de plusieurs passages", a indiqué l'éditeur dans un communiqué.
En cas de refus, la SSA a menacé de saisir la justice.

"The President's Keepers" ("Les Gardiens du président"), écrit par le journaliste sud-africain d'investigation, Jacques Pauw, détaille comment d'importantes sommes d'argent public ont été transférées sur les comptes bancaires de faux espions.

Le livre, sous-titré "Ceux qui maintiennent Zuma au pouvoir et loin de la prison", révèle, aussi, comment le président se débarrasse de ses adversaires pour rester au pouvoir.
Dans une lettre adressée à Tafelberg, la SSA affirme que le livre "regorge d'inexactitudes" et pourrait mettre, en danger, certains de ses agents. Une explication classique qu'utilisent les services secrets pour légitimer une demande : l'intérêt supérieur de l'Etat ainsi que la sécurité des institutions. Mais l'éditeur n'est pas pour autant intimidé.

Le livre reste en vente dans l'immédiat, a précisé un porte-parole de la maison d'édition, Jean Pieters.

La parution, le 29 octobre, de l'ouvrage intervient au moment où Jacob Zuma est empêtré dans des scandales de corruption.

La justice a, récemment, autorisé le parquet à relancer des poursuites pour corruption contre le chef d'Etat en marge d'un contrat d'armement. En 2016, un rapport de la médiatrice de la République avait, aussi, dénoncé sa collusion avec la richissime et sulfureuse famille d'hommes d'affaires Gupta. En fin de mandat, il a vite fait de la remplacer par une médiatrice plus conciliante. Ses détracteurs soupçonnent cette nouvelle médiatrice d'être une de ses nombreuses maîtresses.

L'administration fiscale sud-africaine a, également, annoncé avoir saisi la justice après la publication, dans le journal Sunday Times, d'un article basé sur le livre de Jacques Paw. Dans cet article, le patron du fisc, Dan Moyane, est accusé d'aider le président Zuma à échapper aux impôts.

Jeudi, 2 novembre, Jacob Zuma a été interrogé au Parlement par des députés au sujet d'éventuels dons d'argent par des hommes d'affaires. Il a démenti toutes ces accusations. C'est une constante chez lui : même si on l'attrape la main dans le sac, il va nier ce pourquoi il sera accusé.

Le deuxième et dernier mandat de Jacob Zuma s'achève en 2019 mais ses jours à la présidence sud-africaine pourraient s'abréger en fonction des résultats de la conférence de son parti, le Congrès national africain (ANC), prévue du 16 au 20 décembre de cette année. C'est la raison pour laquelle il met sur sa balance toutes les personnes capables de l'aider, à conjuguer leurs forces pour qu'il ne perde pas le pouvoir de cette façon honteuse. Mais y parviendra-t-il ?

L'ANC doit y élire celui ou celle qui le remplacera à sa tête, à cette occasion.

Pour se blinder contre plusieurs procédures judiciaires, à venir, il a choisi de soutenir la candidature de son ancienne épouse, Nkosazana Dlamini-Zuma (notre photo où elle embrasse Jacob comme au bon vieux temps de leur mariage), face, notamment, au vice-président Cyril Ramaphosa. Un troisième candidat, le trésorier du parti, Zweli Mkhize, s'est ajouté à cette liste, rendant encore plus ouverte cette élection.

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