AFRIQUE : Entre Macron et Erdogan, une véritable guerre en préparation

On savait, depuis plusieurs mois, que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, ne pouvait passer un weekend, ensemble, avec son homologue français, Emmanuel Macron. Tant les relations entre les deux sont exécrables. Mais, on ignorait à quel point les deux chefs d'Etat se haïssent cordialement. Un nouveau point de cette escalade vient d'être franchie. Ce vendredi, 14 août, en effet, le gouvernement turc a accusé la France de se comporter « comme un caïd », et d'accentuer les tensions en Méditerranée orientale, après le renforcement de la présence militaire française dans cette zone où Ankara et Athènes s’opposent. Il faut préciser que la France soutient la Grèce dans ce conflit.

Cela dit, les raisons de l'opposition entre la France et la Turquie se trouvent beaucoup plus ailleurs, en Libye, puis, en Afrique francophone où la France patauge avec son armée contre les djihadistes dont beaucoup sont formés avec l'aide des Services turcs. Une raison supplémentaire pour que les deux pays ne s'entendent pas. Après avoir tourné en rond dans le dossier libyen, pendant plusieurs années, la France n'a fait que du surplace quand elle n'a pas reculé. Elle a détruit la Libye et fait assassiner son leader politique, le colonel, Mu'ammar al Kadhafi. Mais pour quelle politique de l'après-Kadhafi ? Au final, la Libye est devenue un sac de ruines, et non ce havre démocratique qu'on annonçait quand la Libye faisait l'objet de plusieurs attaques coordonnées de l'OTAN et de plusieurs pays occidentaux. Neuf ans après, la Libye tourne, toujours, sur elle-même avec les mêmes pilleurs et les mêmes groupes armés qui se partagent l'ensemble du territoire.

C'est dans ce contexte que le premier ministre légal reconnu par la communauté internationale, Sarraj, a demandé et obtenu l'aide du président, Recep Tayyip Erdogan, afin de chasser le maréchal, Khalifa Haftar, des environs de Tripoli où lui et ses militaires campaient depuis avril 2019. Haftar bénéficie des complicités et de l'appui de plusieurs pays dont la France. L'armée turque n'a pas eu de mal à repousser jusqu'à la frontière égyptienne les partisans de Khalifa Haftar, mais, la France n'a pas accepté une telle ingérence turque qui changeait la donne en Libye, et qui, visiblement, réduisait son influence dans ce pays bourré de pétrole et de gaz, principale convoitise de toutes les puissances en présence.

Erdogan a compris que la France n'a plus les moyens de sa politique, ni en Afrique, ni en Europe (où l'Allemagne la mène par le bout du nez), ni dans les dossiers internationaux où l'entente avec Donald Trump a fait long feu laissant place au chacun pour soi.

En Afrique, Erdogan a compris que la Turquie avait une carte à jouer dans un contexte où l'image de la France était très mauvaise car accusée de soutenir les dirigeants dictateurs qui s'éternisent au pouvoir, truquent les élections et appauvrissent leur peuple. Dans une telle situation, n'importe quel pays qui viendrait avec de bien meilleures intentions, n'aurait pas trop de difficultés à éclipser Paris dont les caisses, de surcroît, sont vides et donc, rendent difficile le déploiement d'une autre politique, si tant est que Paris dispose d'une politique de rechange à celle rejetée en Afrique et qui favorise la françafrique.

Après avoir mis pied en Somalie et en Libye, deux pays à la dangerosité avérée, la Turquie va, désormais, risquer ses billes dans les pays du Sahel en conflit où le terrorisme islamique bat son plein, mais où la Turquie a une très bonne carte à jouer, Recep Tayyip Erdogan étant le chef (politique) de la confrérie mondiale des Frères musulmans. A ce titre, il peut légitimement parler un langage que comprennent les djihadistes du Sahel, contrairement à Emmanuel Macron. Or, l'influence de la France en Afrique ne tient plus qu'à deux choses : le F CFA qui est en passe d'être remplacée en Afrique de l'Ouest et bientôt en Afrique centrale, mais aussi, l'armée que Paris envoie toujours en première ligne en cas de difficultés intérieures dans un pays. Avouons que si l'armée française n'a pas gagné la guerre contre le djihadisme en Afrique, elle a, au moins, instauré une sorte de statu quo, qui permet aux pouvoirs africains locaux de respirer. Mais, cela est loin de permettre la résolution du problème. L'arrivée du chef politique des Frères musulmans, au contraire, peut changer la donne, au nom de l'islamisme triomphant. La France doit avoir peur (très peur) d'une telle possibilité qui n'est pas une hypothèse d'école.

Autant dire que la rivalité entre Macron et Erdogan est bien profonde et c'est en Afrique qu'elle s'exercera le plus cruellement. Pas dans longtemps.

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