ALGERIE : Dérapage verbal inacceptable du directeur de cabinet d'Abdelaziz Bouteflika sur les migrants africains

C'est avec raison que les défenseurs des droits de l'Homme en Algérie ont dénoncé, ce dimanche, 9 juillet, des propos "scandaleux" et "dignes de l'extrême-droite européenne" tenus à l'égard des migrants par l'un des plus hauts dirigeants du pays, Ahmed Ouyahia (notre photo).

"Ces étrangers en séjour irrégulier amènent le crime, la drogue et plusieurs autres fléaux", a déclaré, samedi, 8 juillet, à la chaîne privée, Ennahar M. Ouyahia, directeur de cabinet du président, Abdelaziz Bouteflika, avec rang de ministre d'Etat, l'un des hommes forts du régime.

"Ces gens-là sont venus de manière illégale (...) On ne dit pas aux autorités +jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts+, mais le séjour en Algérie doit obéir à des règles", a ajouté M. Ouyahia, également, patron du Rassemblement national démocratique (RND), deuxième parti d'Algérie et allié du Front de libération nationale (FLN) de M. Bouteflika.

Le secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), Abdelmoumene Khelil, a fustigé des "déclarations (...) dignes des discours de l'extrême-droite européenne", qui "viennent torpiller le discours équilibré du nouveau premier ministre sur le sujet".

Le gouvernement du nouveau premier ministre, Abdelmajid Tebboune, issu des législatives de mai, a annoncé son intention d'élaborer une loi sur le droit d'asile en Algérie, qui ne dispose pas de législation sur les réfugiés, mais, a signé les principales conventions internationales.

De son côté, Amnesty International a qualifié de "choquants et scandaleux" les propos de M. Ouyahia.
"De tels propos alimentent le racisme et favorisent la discrimination et le rejet de ces personnes" qui "ont fui les guerres, la violence et la pauvreté", souligne l'organisation de défense des droits de l'Homme. "Il est de notre responsabilité de les accueillir, conformément, aux textes internationaux signés et ratifiés par l'Algérie."

L'Algérie a été secouée fin juin par la campagne, "Non aux Africains en Algérie", qui avait suscité une vive opposition sur internet et dans la presse. Une campagne qui rappelle une autre, en 2016, qui avait, par la suite, encouragé le Maroc à régulariser tous les migrants africains à l'époque sur son sol. Le Maroc faisait le contraire de la haine (dans le discours) que prônait l'Algérie.

Lors de la présentation de son programme devant les députés, il y a quelques semaines, le premier ministre algérien avait rappelé "le devoir moral et humain qui nous impose de prêter assistance à nos frères contraints de fuir leurs terres en raison de la pauvreté et des affres de la guerre". On avait alors pensé que la sagesse avait prévalu, aussi, comme au Maroc, en Algérie jusqu'à ce que le collaborateur le plus proche du président, Abdelaziz Bouteflika, vienne nous rappeler que pour beaucoup de tenants du pouvoir dans ce pays, les migrants quoi qu'on dise, restent des Africains indésirables.

Signalons que Ahmed Ouyahia s'est bien gardé de retirer ses propos ni de faire état de ses regrets depuis hier qu'il a créé la polémique.

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