AMBASSADEUR DE L'OMS : Comment l'Occident a torpillé la nomination de Camarade Bob jusqu'à son annulation

"Au cours des derniers jours, j'ai réfléchi à la nomination de son excellence le président Robert Mugabe comme ambassadeur de bonne volonté de l'OMS (...) en Afrique. En conséquence, j'ai décidé d'annuler cette nomination", a écrit dans un communiqué le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ancien ministre éthiopien des Affaires étrangères. On pardonnera à Tedros de n'avoir pas su résister à la pression médiatique de l'Occident qui devenait intenable pour une organisation qui n'arrive pas à appliquer son slogan du 20e siècle, à savoir, « Santé pour tous en l'an 2000 », non à cause de Mugabe mais de l'absence de générosité des pays nantis, généralement, occidentaux. Ce sont les mêmes, aujourd'hui, qui viennent donner des leçons à Mugabe, qui a dû déjouer complot après complot fomenté par les Occidentaux, pour ne pas perdre le pouvoir.

Le retrait de cette nomination est, vraiment, la preuve de l'absence de leadership véritable en Afrique. En effet, le continent n'a plus de voix qui portent. Plus de Nelson Mandela, plus de patriarche Ondimba, plus de Guide Kadhafi. Le Sud-Africain, Jacob Zuma, qui aurait pu faire le job est embourbé dans des affaires de corruption qui menacent la fin de son mandat. Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, est bien trop malade pour porter une telle responsabilité, lui qui a déclaré la guerre à Boko Haram et à la corruption : dans deux ans, il devra se présenter à nouveau aux électeurs pour un nouveau mandat, mais avec quel bilan ? Abdelaziz Bouteflika ? Non, l'Afrique n'a plus de porte-voix qui pèsent, réellement, dans le monde. Voilà comment nous avons assisté à la bronca occidentale demandant l'annulation de la nomination de Camarade Bob, alors qu'en face, dans le camp de ceux qui approuvaient une telle décision, c'était le calme plat. Aucun communiqué de la Commission de l'Union africaine pour appuyer Mugabe, aucune déclaration de son président en exercice, le président guinéen, Alpha Condé. Triple fois rien. Voilà que Tedros, ancien ministre des Affaires étrangères, qui sait pourquoi il avait, auparavant, porté son choix sur Robert Mugabe, a dû, la mort dans l'âme, retirer sa nomination, une honte supplémentaire pour l'Afrique.

Le choix du président Mugabe avait provoqué une levée de boucliers d'ONG dénonçant l'effondrement du système de santé zimbabwéen sous le régime Mugabe, mais aussi, de pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada. Arguments fallacieux car les ambassadeurs de l'OMS ne le sont pas parce que leur pays ne connaît aucune problème de santé, les ambassadeurs de l'Unesco ne sont pas désignés parce que leur pays a atteint la scolarité universelle, les ambassadeurs de la FAO ne le sont pas parce que leur pays a échappé à la malnutrition ou à la faim. Pourquoi on a appliqué à Mugabe ce qu'on n'ose jamais appliquer aux autres ? C'est une politique de deux poids deux mesures.

Tedros, qui a pris la direction de l'agence en juillet est le premier Africain à occuper ce poste. Les Non-Africains qui, jusque-là, ont occupé cette fonction, ont, indirectement, concouru à l'écroulement des systèmes sanitaires africains, y compris, au Zimbabwe. C'est cela la stricte vérité.

Tedros avait annoncé en Uruguay la nomination du président Mugabe comme ambassadeur de bonne volonté de l'OMS en félicitant le Zimbabwe, "un pays qui place la couverture universelle de santé et la promotion de la santé au centre de sa politique consistant à assurer la santé à tous" (notre photo).

Le patron de l'OMS a subi de multiples pressions pour reconsidérer le choix de M. Mugabe, notamment, venant des personnes les plus compétentes en matière de santé publique dans le monde. Mais aussi, les plus sectaires, c'est-à-dire, les moins neutres. Quelques exemples :

"La nomination de Mugabe, venant à la fin des cent premier jours de (M. Tedros à la tête de l'OMS), a été une erreur," a écrit dans un courriel le directeur du Global Health Institute de l'Université américaine de Harvard, Ashish K. Jha, avant l'annonce de la décision de dimanche.

"L'annuler sera vraiment un signal fort indiquant que la direction écoute et est désireuse de répondre aux opinions du public mondial", a-t-il ajouté.

L'ancienne ambassadrice américaine à l'ONU, Samantha Power, a lancé dans un tweet : "Tedros va sûrement annuler la nomination terrible de Mugabe comme ambassadeur de bonne volonté, mais le mal est fait".
"L'unique personne pour laquelle Mugabe, 93 ans, s'est soucié de la santé pendant ses 37 ans de règne est lui-même", a-t-elle écrit.

Richard Horton, qui dirige le grand journal médical britannique, The Lancet, a lancé : "DG de l'OMS veut dire directeur général de l'OMS, et non pas dictateur général. Tedros, mon ami, annulez votre décision, consultez vos collègues et repensez" à votre décision.

Eh bien, l'« ami » Tedros a « repensé » sa décision après avoir « consulté » ses collègues. Robert Mugabe a été déchu de son titre. Que ses ennemis jubilent, et que l'Afrique prenne, une fois de plus, la mesure du combat qu'il faut mener pour prendre son destin entre les mains de ses fils et de ses filles.

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