ANGOLA: Pourquoi ça risque de très mal finir entre Lourenço et dos Santos 

L'ancien président angolais, José Eduardo dos Santos, a assuré, vendredi, 16 mars, qu'il quitterait, dans un an, au plus, la direction du parti au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1975, sur fond de tensions avec le nouveau chef de l'Etat Joao Lourenço. Entre Joao Lourenço et son prédécesseur, José Eduardo dos Santos, rien ne va plus pour ne pas dire que c'est bientôt la guerre.

Ingénieur, José Eduardo dos Santos, regrette-t-il d'avoir, volontairement, abandonné le pouvoir, en août 2017, à son ancien ministre de la Défense, le général Joao Lourenço ? La question mérite, franchement, d'être posée l'entente entre les deux hommes d'Etat n'étant plus au beau fixe. Car sitôt arrivé aux affaires, le nouveau président n'a pas porté les gants pour s'attaquer à la corruption qui gangrenait le régime dos Santos avec comme premières cibles, les enfants de ce dernier dont sa fille, Isabel dos Santos, femme la plus riche du continent, qui risque de subir les foudres de la justice de son pays. Choses qui sont loin de faire plaisir à l'actuel président du MPLA, le parti au pouvoir, qui reste sa seule et véritable parcelle du pouvoir et qu'il n'est plus très pressé de céder au regard de la tournure que prennent les événements.

Agé de 75 ans et malade, l'ancien président avait annoncé, il y a deux ans, qu'il prendrait sa retraite politique définitive en 2018. Pourtant, il a, légèrement, modifié cette position initiale : "Je recommande avec la prudence d'usage que le congrès extraordinaire pour élire le nouveau président du parti se tienne en décembre 2018 ou avril 2019", a-t-il annoncé, vendredi, 16 mars, en ouverture d'une réunion du comité central du MPLA. Il a pris tout le monde de court au sein du comité central où les partisans de Joao Lourenço seraient majoritaires et, surtout, pressés que leur mentor prenne, aussi, la présidence du MPLA.

Sa déclaration intervient alors que Luanda bruisse de rumeurs sur les tensions qui agitent la direction du parti.

Depuis son arrivée au pouvoir, Joao Lourenço a fait, au nom de la lutte contre la corruption, le ménage à la tête des institutions et des entreprises publiques du pays, se débarrassant de la plupart des partisans de son prédécesseur. C'est exactement ce que Cyril Ramaphosa a annoncé vouloir faire en Afrique du Sud. Cette volonté affichée de nettoyer les écuries d'Augias a entraîné la sortie, du 16 mars, du parquet général qui annonce vouloir poursuivre, bientôt, Jacob Zuma pour corruption dans l'Affaire Thalès.

José Eduardo dos Santos a dirigé l'Angola pendant trente-huit ans, un règne sans partage pendant lequel il a mis l'économie du pays en coupe réglée au profit d'une poignée de proches dont ses propres enfants.
Devenue un symbole du népotisme dénoncé par ses adversaires, sa fille, Isabel dos Santos, a été, spectaculairement, limogée de son poste de PDG de la compagnie pétrolière nationale, la Sonangol, en novembre, avec des rumeurs de détournement de fonds.

La justice a ouvert une enquête sur d'éventuelles malversations dans l'entreprise sous sa direction, qu'elle a catégoriquement niées.

Le MPLA a démenti que ce grand nettoyage suscitait des remous en son sein, dénonçant une "vague de spéculations" lancées par des individus "de mauvaise foi". "Tout ça n'est pas vrai", a insisté le bureau politique du parti dans un communiqué. Une totale langue de bois qui n'a convaincu personne.

Joao Lourenço est en train de bâtir son pouvoir avec ses hommes en se démarquant, le plus possible, de celui qui a fait de lui ce qu'il est aujourd'hui.

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