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MALI : Rupture consommée avec la France

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mar 21/09/2021 - 15:49
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Le déplacement au Sahel de la ministre française des Armées, Florence Parly, entamé au Niger (le nouveau bon élève de la doctrine militaire française en Afrique), vise notamment à exposer aux pays concernés la réorganisation engagée depuis janvier 2013 par la France dans la région. Celle-ci a notamment affirmé, lundi, 20 septembre, la détermination de Paris à poursuivre son engagement au Mali. Tantôt, la France dit quitter le Mali en transférant son dispositif du Nord du Mali vers le Niger. Tantôt, elle dit qu'elle reste au Mali. Où est la vérité dans ces deux déclarations pleines de contradiction ? Entre le Mali et la France, les relations ne sont pas bonnes. Sinon, en temps normal, Florence Parly ne se serait pas limitée à sa rencontre avec son homologue malien de la Défense. Elle aurait couru rencontrer le président, Ibrahim Boubacar Keita, ou le président de transition, Ba N'Daw. Mais, avec Assimi Goïta, à Koulouba, le courant ne passe pas. Les deux parties n'ont pas grand chose à se dire.

Florence Parly a affirmé, lundi 20 septembre, au Mali, la détermination de Paris à y poursuivre son engagement, mais, cette déclaration de bonne intention n'a pas suffi à dissiper les malentendus. Les va et vient de la France, la France qui dit quelque chose et son contraire, qui souffle le chaud et le froid, qui avait, vainement, cherché à obtenir une forte condamnation des militaires après leur deuxième putsch, voilà autant de faits et gestes qui ne militent pas en faveur de la France. Si la mission de Florence Parly à Bamako était de faire capoter les contacts entre Russes et Maliens, celle-ci a échoué. Car le gouvernement malien dominé par les militaires a pris la (sage) décision de nouer les liens avec le groupe russe Wagner, au grand mécontentement des Français.

La communauté internationale s'inquiète aussi du peu d'empressement manifesté par les colonels, qui ont renversé le 18 août 2020 le président, Ibrahim Boubacar Keïta, à organiser des élections pour rendre le pouvoir aux civils en février 2022.

Lors de sa rencontre avec le ministre malien de la Défense, le colonel, Sadio Camara, Florence Parly (notre photo) a dit avoir abordé le dossier Wagner et "insisté sur le fait qu'au moment où jamais la communauté internationale n'a été aussi nombreuse à combattre le terrorisme (au Sahel), un tel choix serait celui de l'isolement".

"Il faut que chacun soit bien conscient des conséquences" d'une coopération avec la société russe, a-t-elle indiqué aux journalistes dans l'avion qui la ramenait en France, précisant que le colonel Camara lui avait assuré qu'aucune décision n'avait encore été finalisée.

Risque d'une détérioration des relations entre l'UE et Bamako

Dans l'entourage du ministre malien de la Défense, on confirme qu'aucun acte n'a été posé avec Wagner. Aucun acte".

Le ministre a expliqué à son homologue française que "l'abandon de la France obligeait à tout envisager pour sécuriser le pays", selon cette source. Ce à quoi Florence Parly lui a répondu que "la France n'abandonnait pas le Mali", a-t-on précisé. La ministre française fait, sans doute, allusion à la Force européenne, Takuba, qui reste une force sur le papier et qui a de très loin l'efficacité des forces de Barkhane rapatriées ou en voie de l'être.

Pour sa part, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a mis en garde contre le risque d'une détérioration des relations entre l'UE et Bamako en cas d'implication au Mali du groupe privé russe Wagner. "Cela affecterait sérieusement la relation entre l'UE et le Mali", a-t-il affirmé.

La France et l'Allemagne avaient prévenu, la semaine dernière, qu'un recours à Wagner pour former les forces armées maliennes et assurer la protection des dirigeants remettrait en cause leur engagement militaire au Mali.

Le gouvernement malien avait rétorqué qu'il ne permettrait "à aucun Etat de faire des choix à sa place et encore moins de décider quels partenaires il peut solliciter ou pas". Ce qui n'est que très normal.

Ce déplacement de Florence Parly, entamé dimanche, 19 septembre, au Niger, visait notamment à exposer aux pays concernés la réorganisation par la France, engagée depuis janvier 2013, au Sahel, de son dispositif au profit d'une présence resserrée, centrée sur les frappes ciblées contre les chefs et cadres djihadistes et l'accompagnement des armées locales.

Florence Parly chez le président de transition Ba N'DawFlorence Parly est reçue par le président de la transition Ba N'Daw le 1er avril 2021 à Bamako : Entre les deux, le courant passait bien.

"Coup décisif"

"Depuis huit ans, la France a fait le choix d'être continuellement aux côtés du Mali, de gagner mais aussi de souffrir avec lui", a déclaré Florence Parly à l'issue de sa rencontre avec son homologue, en référence notamment à ses 50 soldats morts au combat.

"Il est temps de faire évoluer notre dispositif", a-t-elle dit, alors qu'est programmée l'évacuation des bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou pour un recentrage sur la "zone des trois frontières", aux confins du Niger et du Burkina Faso.

Mais la France, consciente que la situation "reste fragile" sur le plan de la sécurité, "reste déterminée à travailler avec les Maliens pour continuer cette lutte qui nous unit", a assuré la ministre. "Nous ne quittons pas le Mali", a-t-elle insisté.

Assimi Goïta et Choguel Maïga considérés comme des ennemis de la FranceAssimi Goïta avec Choguel Maïga considérés comme des ennemis de la France, en juin 2021.

Cela dit, au moins, deux raisons militent en faveur d'une solution authentiquement malienne :

  • La souveraineté d'un Etat, comme l'ont indiqué les colonels, ne se négocie pas. D'autre part, aucun pays n'a le droit d'imposer son point de vue au Mali ;

  • La France, en huit ans de présence, au Mali, présente un mauvais bilan dans sa lutte contre le djihadisme. En effet, au lieu de baisser d'intensité, celui-ci a pris de l'ampleur dans, au moins, quatre pays du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad). Si la France avait eu la réelle capacité d'éradiquer le djihadisme, elle l'aurait fait depuis belle lurette. Mais, il s'avère que la technique de guerre utilisée par les djihadistes ne cadre pas avec les techniques conventionnelles dont l'armée française est familière. C'est le même problème que l'armée américaine a rencontré en Afghanistan, avant de prendre la poudre d'escampette face aux talibans inflexibles. Au Mali, la population a compris qu'il fallait changer de fusil d'épaule car la France (avec son armée conventionnelle) ne gagnerait jamais la guerre face aux djihadistes qui font de la guérilla, des attentats et des embuscades. Non seulement, la population demande aux colonels de négocier avec les djihadistes du Nord qui sont des Maliens comme eux, mais, elle recommande aussi, comme le souhaitent les colonels, de faire appel à l'expérience des mercenaires de Wagner qui ont fait leurs preuves en Syrie, en Libye et en Centrafrique. Pourquoi pas ?

 

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