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NIGERIA : A qui profite la mort du très sanguinaire djihadiste Abubakar Shekau ?

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mar 08/06/2021 - 12:13
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Le chef du groupe nigérian, Boko Haram, Abubakar Shekau, célèbre depuis 2009 pour ses exactions contre les populations civiles, notamment, les enlèvements massifs d’écoliers, a été tué par d’autres djihadistes devenus plus puissants que lui. Comment apprécier cette nouvelle ?

Abubakar Shekau est-il vraiment mort, le 18 mai, dans le Nord-Est du Nigeria ? Annoncée le 20 mai par différentes sources, le décès du chef du groupe nigérian Boko Haram a été confirmée par un autre groupe djihadiste, l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP, selon son acronyme usuel en anglais). Dans un message audio diffusé, vendredi, 5 juin, le chef de l’ISWAP, Abu Musab al-Barnawi, a revendiqué l’attaque par ses hommes du bastion de Boko Haram, situé dans la Forêt Sambisa, à l’issue de laquelle Shekau se serait suicidé plutôt que d’être pris.

Depuis douze ans que Shekau et son groupe ensanglantent le Nord du Nigeria (36 000 morts et deux millions de déplacés), l’homme a été plusieurs fois annoncé mort… avant de réapparaître bien vivant et très moqueur dans des vidéos. Mais, à chaque fois, c’était l’armée nigériane, qui prenait ses désirs pour la réalité. Elle s’était même ridiculisée en inventant l’existence de sosies ​de Shekau…

La revendication de l’ISWAP est bien plus crédible. Même si le récit audio d’un Shekau errant à travers la brousse pendant cinq jours ​et choisissant la honte du suicide ​(prohibé en islam) peut-être sujet à caution (encore que Shekau à travers ses assassinats des musulmans montrait qu'il ne respectait rien dans l'islam), l’Etat islamique n’a pas pour habitude de mentir frontalement. Eventuellement de récupérer ​des attentats de manière opportuniste.

Est-ce la fin de Boko Haram ?

L’avenir le dira, mais cela y ressemble beaucoup. Le groupe était depuis deux ans en perte de vitesse, cantonné autour de sa place forte de la Forêt de Sambisa.

Au sommet de sa puissance en 2015, Abubakar Shekau contrôlait une bonne partie de l’Etat du Borno (Nnord-Est) et débordait même sur le Tchad et le Cameroun voisins, au point de proclamer un émirat à Gowsa et de prêter allégeance au califat de l’Etat islamique, à l’époque lui aussi à son zénith en Syrie et en Irak.

Mais très vite, les relations entre les dirigeants syro-irakiens de l’EI et Boko Haram s’étaient dégradées. Abubakar Shekau était jugé incontrôlable ​et trop violent avec les populations civiles (surtout musulmanes) qu'il égorgeait comme du bétail. Pour son plaisir personnel. Dès 2016, une scission du mouvement était apparue avec la création de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest que dirige aujourd’hui Abu Musab al-Barnawi.

L’histoire des deux hommes est intimement liée. Shekau, 52 ans, était l’ancien bras droit et le successeur de Mohamed Yusuf, le fondateur en 2002 de la secte salafiste, éliminé en 2009 par l’armée nigériane lors d’une terrible répression. Et Barnawi, de son vrai nom, Habib Yusuf, 27 ans, n’est autre que le fils aîné du fondateur de Boko Haram.

Ironie de cette histoire, il aura fallu que les divergences entre les deux groupes djihadistes tournent à l’affrontement armé pour que tombe Shekau, alors que sa tête était mise à prix 7 millions de dollars par les Etats-Unis depuis des années et que les autorités du Nigeria ont dépensé encore bien davantage pour avoir sa peau. Mais, tout le monde connaît la faiblesse de l'armée nigériane et la grande corruption qui règne en son sein...

L’Etat nigérian peut-il profiter de la fin de Boko Haram ?

Rien n’est moins sûr. La disparition de Shekau et possiblement de Boko Haram profite davantage à l’ISWAP qui a déjà envoyé des émissaires auprès des petits groupes affiliés à Boko Haram, pour tenter de les rallier. Surtout, au contraire de Shekau qui avait basculé dans une violence aussi irrationnelle que les vidéos dans lesquelles il alternait éructations et éclats de rire, la stratégie de l’ISWAP de Barnawi est tout ce qu’il y a de plus pensé.

Muhammadu Buhari.Muhammadu Buhari est-il content de la disparition de Shekau provoquée non par l'armée du Nigeria mais par l'ISWAP ?

Shekau massacrait tous ceux qui étaient soupçonnés d’un lien même tenu avec les autorités, se finançait en pratiquant la razzia des villages impies et les enlèvements de masse d’écoliers, libérés contre rançon. Barnawi, plus malin, tente de s’assurer la neutralité, voire, le soutien des populations locales, imposant certes un impôt islamique dans les régions qu’il contrôle, mais, en échange d’une forme de sécurité et d’ordre.

La décision d’attaquer la Forêt de Sambisa et d’en finir avec Shekau serait d’ailleurs la conséquence de raids et pillages menés par Boko Haram dans des villages sous contrôle de l’ISWAP, qui mettaient en péril sa stratégie d’apparaître comme une alternative aux autorités.

Cela fonctionne d’autant mieux que, depuis 2019, l’armée nigériane s’est retirée des villages et de ses bases les moins importantes pour se retrancher dans des « supercamps » ​proches des villes, laissant les djihadistes se déplacer sans entraves dans les zones rurales.

Pourtant, l'ancien général au pouvoir, Muhammadu Buhari, jurait qu'il vient au pouvoir en 2015 pour éradiquer la secte Boko Haram ainsi que la corruption. Echec sur toute la ligne dans ces deux objectifs. Aujourd'hui, les Nigérians attendent la fin de son deuxième et dernier mandat en février 2023 pour lui dire : "Bon débarras" !

 

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