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RUSSIE-AFRIQUE : Des amis (comme les Français) ou des ennemis ?

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dim 21/11/2021 - 17:33
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Ces derniers mois, le gouvernement français et les médias qui sont à sa solde ont eu des mots extrêmement durs à l’endroit de Vladimir Poutine. Ce dernier est accusé, entre autres, de déstabiliser le Mali et d’être de mèche avec le groupe de sécurité russe Wagner dont les membres seraient, selon eux, des mercenaires intéressés par les richesses minières du pays. Pourquoi la France s’en prend-elle au président russe ? Qu’est-ce qui a poussé les Maliens à se tourner vers les Russes ? Est-ce la première fois que le Mali tisse des liens avec la Russie ?

Pourquoi la France attaque-t-elle la Russie ?

Les attaques de la France contre Poutine ne sont pas nouvelles. Le 2 novembre 2018 déjà, Jean Yves Le Drian, chef de la diplomatie française, estimait que la Russie “utilisait potentiellement les difficultés du peuple centrafricain pour s’implanter dans un continent où il y aurait des ambitions voilées”. A l’ouverture du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique (5 novembre 2018), Florence Parly, ministre des Armées, renchérissait en affirmant que “toute manipulation intéressée de puissance opportuniste serait inepte et indigne”. La France, au nez et à la barbe de qui les djihadistes massacrent chaque jour des civils et militaires maliens, s’est-elle montrée plus digne ? Est-elle fière du fait que la ville de Kidal (dans le Nord) échappe à l’autorité de l’Etat malien depuis 2013 malgré l’aide en logistique et en renseignements fournie aux Français par les Américains ? Les Maliens savent aujourd’hui qui est le vrai opportuniste et qui est leur vrai ami. Pour eux, la France s’attaque à Poutine parce qu’elle a peur d’être remplacée au Mali par la Russie dont la loyauté, l’efficacité et la fermeté à l’égard des terroristes ont été suffisamment démontrées en Tchétchénie et en Syrie, parce que le coup de Faustin-Archange Touadéra lui est resté en travers de la gorge. Et pourtant, qui faut-il blâmer si la population malienne doute de plus en plus de la capacité de la force française à venir à bout des terroristes et à soutenir les soldats maliens sur le terrain ? (sur notre photo les chefs de la diplomatie des deux pays, Abdoulaye Diop et Sergueï Lavrov le 10 novembre à Moscou).

A qui la faute ?

La France ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Pourquoi ? N’oublions pas que l’arrivée des terroristes dans la zone sahélienne (Mali, Niger, Burkina, Mauritanie, Tchad) est une conséquence de la destruction de la Libye en 2011. Or qui était à la tête de la croisade contre “le grand dictateur”? Qui prétendait que l’ONU devait impérativement protéger une population que Mouammar Kadhafi serait en train d’exterminer ? Qui voulait faire de la Libye un pays démocratique ? Nicolas Sarkozy est celui qui a causé tout ce chaos. C’est donc lui qui mérite d’être insulté et condamné, et non Assimi Goïta ou Choguel Maïga. C’est lui qui menaça de tirer sur l’avion des chefs d’Etat africains si ces derniers s’obstinaient à se rendre à Tripoli pour discuter avec Kadhafi que le même Sarkozy avait reçu en grande pompe à l’Elysée 4 ans plus tôt.

L’opération militaire française Serval (janvier 2013-juillet 2014) fut saluée par les Maliens parce qu’elle empêcha les djihadistes de s’emparer de Bamako et de créer un califat dans le Nord malien. Pour certains hommes politiques français comme Jean-Luc Mélenchon de “La France insoumise”, la France aurait dû quitter le pays après juillet 2014. Au lieu de cela, elle s’installa mais en faisant autre chose (pillage du sol et du sous-sol maliens) que combattre les terroristes qui, eux, n’avaient pas arrêté de tuer civils et militaires maliens, si l’on se fie aux confidences de plusieurs Maliens. Je crois que c’est de là qu’est venu le désamour entre le Mali et la France. Que devaient faire les autorités maliennes dans cette situation ? Demander le soutien des peureux et lâches dirigeants de la CEDEAO qui montrent crise après crise qu’ils sont soumis à l’Occident ? Continuer à compter sur cet “ami” qui se plaît à rappeler ses liens historiques et linguistiques avec ses ex-colonies mais qui ne se gêna point pour dévaluer le F CFA en janvier 1994, boycotter en décembre 2001 les obsèques officielles de Léopold Sédar Senghor et bombarder en mars-avril 2011 la résidence présidentielle construite par Félix Houphouët ? C’eût été suicidaire et irresponsable. Alors, le Mali, dont plusieurs soldats ont été formés dans l’ex-URSS, se souvint qu’il pouvait avoir recours à la Russie comme il sollicita l’aide soviétique dans les années 60 et 70.

La relation russo-malienne est ancienne

Pendant la guerre froide, en effet, l’ex-URSS avait noué une coopération militaire, culturelle et minière avec le régime panafricaniste et anti-occidental de Bamako. C’est l’effondrement de l’URSS en 1991 qui mit fin à cette coopération.

La France répète à l’envi que la présence russe en Centrafrique et au Mali n’est pas désintéressée. Mais les Bolloré, Bouygues, Areva, Total, Orange et autres travaillent-ils en Afrique gratis pro Deo ? Ces entreprises françaises ont-elles fait de Niamey, Brazzaville, Libreville et Bamako des villes aussi belles que Dubaï ? Certes, des métaux rares tels que les dérivés du nickel ou du cobalt intéressent les géants russes et l’Afrique est un vivier de ressources agricoles et alimentaires pour la Russie mais les Russes seront moins gourmands que les Français parce qu’ils possèdent d’immenses ressources naturelles (plus de 20 % des stocks mondiaux).

Ceux qui craignent une colonisation du Mali par la Russie devraient apprendre que les Soviétiques n’ont jamais eu de colonie en Afrique, qu’ils ont plutôt contribué à la décoloniation du continent en apportant un soutien économique et militaire massif à des mouvements de libération tels que le FLN (Algérie), le MPLA (Angola), le FRELIMO (Mozambique). l’ANC (Afrique du Sud), la SWAPO (Namibie), etc.

Amitié entre les peuples.L'amitié entre les peuples.

La France n’est pas en Afrique pour notre bien, pour que nous nous développions, pour que nous menions une vie digne et décente. Elle y est et elle s’y accroche comme une sangsue à cause de nos matières premières. Et elle a prouvé en Côte d’Ivoire en avril 2011 qu’elle était prête à tout pour défendre ses intérêts. C’est pourquoi à l’argument des liens historiques qui existeraient entre la France et ses anciennes colonies devrait succéder la doctrine du Britannique Henry John Temple alias Lord Palmerston : “Nous n'avons pas d'alliés éternels et nous n'avons pas d'ennemis perpétuels. Nos intérêts sont éternels et perpétuels, et il est de notre devoir de suivre ces intérêts.” Aujourd’hui, la seule question qui vaille la peine d’être posée est celle-ci : Quels sont nos intérêts et qui peut nous aider à mieux les défendre tout en respectant notre souveraineté ?

La France, qui dénigre la Russie et essaie de monter les Africains contre elle, se comporte en réalité comme un proxénète qui, après avoir mis une jeune fille sur le trottoir, la met en garde contre tout honnête homme qui voudrait la délivrer des actes nocifs de ce criminel souteneur. Les Maliens sont assez grands et assez sages pour savoir ce qu’ils peuvent faire ou non avec les Russes. Pour ma part, je pense que les actes de l’homme fort de Moscou portent un message adressé aux Africains. Ce message, voici comment je le comprends : “Depuis 5 siècles, la France est présente dans vos pays. Cette présence a-t-elle positivement impacté vos vies ? Vous a-t-elle fait avancer ? A-t-elle fait de vous des peuples libres, forts et respectés ?”

Jean-Claude DJEREKE

est professeur de littérature à l'Université de Temple (Etats-Unis).

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