BENIN : Bertin Nahum et Thierry Zomahoun au pinacle

Mars 2016, la campagne pour la présidentielle obligeant, le Bénin tout entier grouillait ; l'œil à la pêche, les marsouins des eaux troubles rodaient même autour des nasses et des éperviers que les candidats sans grands moyens jetaient dans les lagunes politiques polluées ; haute mer, les cormorans plongeaient dans les seines des challengers qui payaient gros et cash ; la période était propice à grappiller à tous les râteliers; mystère du cerveau, plus d'une fois, les propos que voici d'Isaïe en colère ont tambouriné dans mes oreilles:  « Compagnons de gredins ! Tous sont avides de profit et courent aux pots-de-vin », sans doute, à cause de la répugnance que me donnait ce qui se passait au Bénin tandis qu'au Sénégal, le Comité national de pilotage du Next Einstein Forum tenait, à Dakar, du 8 au 10 mars, la première rencontre du Forum mondial pour la science de l'Afrique ; le président directeur général d'Aims-Nei est le Béninois, Thierry ZOMAHOUN. J'ignore si les media de son pays s'étaient fait écho de cet événement, même s'il leur semblait moins important que les cacophonies, les arrogances, l'ignominie des violences verbales et, en l'occurrence, le racisme affiché.

Il y a plus de soixante ans, j'ai lu dans Ulysses cette phrase restée ancrée dans mon tréfonds : « [...] the language question should take precedence of the economic question »[1]; Thierry Zomahoun privilégie: « Tous les pays développés sont partis d'initiatives scientifiques » ; qu'à cela ne tienne : intellectuel, écrivain, j'ai diffusé l'information, non pas, pour changer mon fusil d'épaule mais parce que ne m'indiffère rien de ce qui pourrait participer au développement de ma terre natale. Je mentionne la tenue scientifique du Sénégal parce que Maryvonne (ma femme) m'a dit via interphone : « Internet a diffusé une information selon laquelle une société américaine a acheté Medtech de Bertin Nahum. » Un rapide recours à Google m'a permis de copier, de  lire et relire le document sur lequel - fichiers joints -  j'attire notamment l'attention des Béninois : récemment, lors d'une rencontre, à Paris, Lionel Zinsou, évoquant les potentiels du Bénin, soulignait l'urgence de travailler afin qu'ils contribuent au développement de ce pays ; sur France Culture (dimanche, 24/07/16), il a réitéré cette urgence en parlant de l'agriculture ; pour avoir écouté l'intégralité de son intervention, j'en communique le lien que mon ami SEWA m'a envoyé.

Quel gâchis pour le Bénin qu'aucun gouvernement ne se soucie de l'agriculture ! Evidence criante, le coton en fait partie ; mais qui contesterait que le palmier à huile donne ses preuves depuis plus de deux siècles ? Cet oléagineux est la source de l'immense fortune du prince, Agboglofa Anikokou Azanmado HOUÉNOU[2]. Elève du collège Littré, à Avranches, (Normandie) et candidat au concours général des Bourses Zellidja dont je fus lauréat, en 1953, j'avais traité le sujet : Richesses du palmier à huile en Afrique occidentale française. Le parcours des ex-colonies m'amena au Sénégal aussi où, je crois, j'ai rencontré mon ancien camarade de Cotonou devenu Dr. René Zinsou. Les lois de la forêt - une de mes créations littéraires - porte les traces de ce périple. En 2012 ou 2014, j'ai simplement souri quand le gouvernement du « Changement » qui aura tout aggravé a soulevé le problème du palmier à huile.

La vie des cours d'eau dans Le chant du lac et As-tu vu Kokolie ?, les cocoteraies dans L'Initié, les orangeraies dans Un Enfant d'Afrique, l'industrie de l'huile du palmier à huile campée dans un chapitre de Les Appels du Vodún sont comme consubstantiels à mes « thématiques relativement éculées ».En 1996, j'ai investi dans Société Europe-Afrique de POLYOL-S.A ; Monsieur Gilbert TONON (Industriel à Cotonou (Akpakpa) pourrait en parler ; AFD (Agence française de développement) ? décida que le Bénin n'avait pas d'initiative à prendre ! La société disparut ; les investisseurs ont perdu beaucoup d'argent. Quid de l'aménagement du Lac Ahémé dont le dossier m'avait été confié en 1996 ou 1997 par l'Association des riverains de ce cours d'eau ? Au ministère compétent, il y a eu, inévitablement, des appels du pied pour pot-de-vin.

Béninois de la diaspora, à quoi Bertin Nahum et Thierry Zomahoun pourraient-ils être utiles dans un pays où se perpétuent la jalousie, la méchanceté, l'acte gratuit, le fait du prince et les entraves au développement culturel ? Une personnalité m'avait demandé si « le Bénin aurait pu être partenaire de Medetch », a répondu à sa propre question : « l'acharnement à solliciter ceux qui réussissent, à connaître comment ils ont pu réussir ! C'est ça aussi qui fait fuir le pays. » Oui, je n'ai perçu dans les projets de société d'aucun des candidats à la présidentielle, la volonté de lutter contre cette mentalité ; aucun n'en a d'ailleurs les moyens ; la corruption est devenue un rhizome que le pouvoir politique produit et entretient, mais si le régime de Patrice Talon (notre photo montrant son affiche de campagne) parvenait à vite régler les problèmes de l'eau potable, de l'électricité systématiquement défaillante  et à faire face au développement de l'agriculture, le peuple crierait : ALLELOUIA ! Voilà un Béninois digne de son pays.  

[1] Je traduis ; la question de langue devrait avoir la préséance sur la question économique. Cf.Ulysses.
[2] Mon arrière-grand-père, mais aussi, connétable, puis, cabécère du roi GHEZO à Ouidah (cf. Quenum Maximilien :   Les ancêtres de la famille QUENUM); quand le roi lui conféra le titre d'Axissigan (ministre du commerce), il s'opposa radicalement aux trafics de Francisco da Souza. Un hymne de couvent vodún - cas unique - dont j'ai fait graver l'enregistrement sur CD, atteste l'impact de cet homme dans la vie politique et son rôle dans le développement du palmier à huile au Dahomey.

Olympe Bhêly-Quenum

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