BURUNDI : Pourquoi le despote de Bujumbura (Pierre Nkurunziza) aurait décidé de quitter le pouvoir

Après avoir réussi à mater son opposition politique et celle à l'intérieur de son parti, le CNDD/FDD, le petit despote de Bujumbura, Pierre Nkurunziza, avait un boulevard devant lui. Car sans opposition digne de son nom, il aurait pu se représenter pour un quatrième, un cinquième, voire, un sixième mandat. Bref, la nouvelle constitution lui garantissait le pouvoir jusqu'en 2034. L'un de ses principaux conseillers en la matière, le Congolais, Denis Sassou-Nguesso, avait financé sa campagne, il y a trois ans, pour briguer un troisième mandat qui lui était interdit. Par la suite, il continuait d'oeuvrer, à ses côtés, pour qu'il reste, plus longtemps, au pouvoir au Burundi, comme lui-même tente de le faire au Congo-Brazzaville, malgré l'exaspération de l'opposition et de la société civile. Mais, contre toute attente, Nkurunziza a choisi de jeter l'éponge. Pourquoi? Pour sa succession, plusieurs noms circulaient mais c’est celui du secrétaire général du parti qui a été retenu. Ainsi, le général, Evariste Ndayishimiye, essayera de succéder au président sortant, Pierre Nkurunziza, lors de la présidentielle du 20 mai prochain.

Coup de théâtre : à quatre mois de la présidentielle, le président, Pierre Nkurunziza, assure qu’il ne se représentera pas. L’Assemblée nationale burundaise lui prépare un véritable « parachute doré » avec une nouvelle loi taillée sur mesure dont il sera le seul à bénéficier puisque ses prédécesseurs recevront, nettement, moins d'avantages.

« Un projet taillé sur mesure pour la retraite du président burundais », c’est ainsi que l’opposition et la société civile du Burundi décrivent le projet de loi adopté, mardi, 21 janvier. L’assemblée du Burundi n’y est pas allée de main morte. Jusqu’ici, tous les anciens chefs d’Etat, il y en a trois, actuellement, recevaient les mêmes avantages conformément à l’accord de paix signé, en 2000, à Arusha.

Le projet de loi adopté par l’Assemblée nationale, mardi, 21 janvier, change tout et fait maintenant une distinction entre ces chefs d’Etat suivant la manière dont ils ont été élus, conformément, à la nouvelle Constitution contestée de 2018. Ceux qui sont arrivés au pouvoir par un coup d’état, très clairement, l’ancien président, Pierre Buyoya, considéré, aujourd’hui, comme un ennemi du pouvoir Nkurunziza, n’ont droit à aucun égard, comme l’a expliqué, mardi, la ministre burundaise de la Justice.

Les deux autres anciens chefs d’Etat issus de négociations politiques pendant la guerre civile auront droit à un statut moins avantageux que celui de Pierre Nkurunziza, élu au suffrage universel, et qui donc se taille la part du lion.

Ce projet de loi prévoit, aussi, une mesure phare : une allocation d’environ 500 000 euros qu’il recevra dès qu’il aura quitté le pouvoir. Cela correspond à un milliard de francs burundais. La somme est qualifiée d’« indécente » par la société civile. Elle rappelle que la pauvreté s’est d’ailleurs accrue au Burundi durant les 14 ans que Nkurunziza a passés au pouvoir avec désormais 75 % de la population qui vit sous le seuil de pauvreté.

Nkurunziza aura, également, droit à une villa de « très haut standing » construite dans une localité de son choix, ainsi que, le salaire et l’intendance du vice-président durant les sept premières années, sans oublier une multitude d’autres avantages de toutes sortes.

Enfin, sur le plan judiciaire, il continuera à bénéficier d’un privilège de juridiction devant la Cour suprême et, surtout, il va continuer de bénéficier des mêmes dispositions spéciales qui « protègent l’honneur, la dignité et l’intégrité physique du chef de l’Etat » en exercice, et qui prévoient de lourdes sanctions dans ces cas-là. Ainsi qu’un système de sécurité approprié.

Certains opposants accusent Nkurunziza de vouloir assurer ses arrières. Le parti au pouvoir organise, ce dimanche, 26 janvier, un congrès au cours duquel il devrait se choisir un nouveau candidat pour la présidentielle du 20 mai prochain.

Ses compagnons de lutte veulent, donc, mettre en place des mesures qui rassurent Nkurunziza avant cette date. C’est ainsi que le calendrier parlementaire a été accéléré. Le Sénat va se pencher à son tour sur ce projet de loi jeudi prochain, deux jours à peine après l’Assemblée par exemple.

Enfin, Nkurunziza a, déjà, été élevé au rang de Visionnaire éternel de son parti, le Conseil des ministres vient d’adopter ce mercredi, 15 janvier, un projet de loi qui l’élève au rang de Visionnaire du patriotisme, un titre qui n’existait pas jusqu’ici au Burundi. D’autres mesures toujours à son profit devraient suivre selon toujours des sources du pouvoir.

Pourquoi ce changement brusque pour quelqu'un qui jurait, il n'y a pas si longtemps qu'il briguerait un 4e mandat ? Pierre Nkurunziza est un homme seul. Pendant cinq ans de mandat, il est resté cloîtré au Burundi de peur de subir un coup d'état militaire. Il n'est pas sorti du pays même pour participer à un Sommet international. Il a refusé la médiation de ses pairs de l'Afrique de l'Est afin qu'il se rapproche de son opposition au nom de la réconciliation nationale. Il s'est, en outre, mis à dos la communauté internationale, ce qui a fortement, accru la pauvreté dans le pays. Il a, enfin, poursuivi la répression et des tueries des personnes qui ne pensaient pas comme lui. Bref, Pierre Nkurunziza a, certes, été protégé par ses pairs de la sous-région pour que l'irréparable ne survienne pas pendant ce troisième mandat. Mais, ils ne pouvaient plus lui accorder les mêmes garanties pour un 4e mandat alors même que ses relations se sont, fortement, dégradées, entre temps, avec des chefs d'Etat comme le Rwandais, Paul Kagame, et l'Ougandais, Yoweri Museveni. Sa seule voie de sortie restait donc le départ du pouvoir. Et c'est ce qu'il va faire.

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