CAMEROUN : Décès de l’opposant Adamou Ndam Njoya, le père de « La nouvelle éthique » du système éducatif

Les Camerounais ne savent pas qu'ils viennent de perdre un compatriote de grande valeur, un homme politique exceptionnel, tel qu'il en existe très peu dans leur classe politique actuelle. Peut-être parce qu'il fut mesuré, pondéré, dans ses propos, même quand il était en colère, et pas fort en thème ou grognard tel qu'on aime les opposants dans les quartiers chauds de Douala ou de Yaoundé.

Président de l'Union démocratique du Cameroun (UDC), le docteur, Adamou Ndam Njoya, est, malheureusement, décédé dans la nuit de vendredi, 6 mars, à samedi, à Yaoundé, à l’âge de 77 ans. Il venait d'un séjour médical en Afrique du Sud. Il était l'un des opposants au président Paul Biya parmi les plus constants et les plus respectés (sur notre photo avec son épouse Patricia actuelle maire de Foumban et le vice-président du parti Sam Mbaka fidèle parmi les fidèles).

Sa dernière et brève apparition publique remonte à octobre 2018. Adamou Ndam Njoya était alors candidat à l’élection présidentielle. Malade et affaibli depuis de longues années, il  ne fera quasiment pas campagne, un exercice qu’il affectionnait pourtant et pendant lequel il s’était révélé comme l’une des valeurs les plus sûres de l'opposition.

Avec son parti - l’UDC qu’il fonda en 1991 – au lendemain du retour au multipartisme en 1990, il avait été de toutes les joutes électorales face à Paul Biya, sauf pour l’élection présidentielle de 1997 où il avait prôné le boycott.

Considéré comme l'opposition susceptible de battre le candidat du pouvoir, Paul Biya, il fut choisi à l'issue d'un vote pour en être le candidat pendant l'élection présidentielle de 2004. Mais chef de l'opposition à l'époque, Ni John Fru Ndi, président du Social Democratic Front (SDF), ne l'entendit pas de cette oreille même quand on lui fit valoir le fait qu'objectivement, le Cameroun, aux 4/5e francophone, n'était pas encore prêt pour élire un président de la minorité anglophone. C'est ainsi que l'opposition se présenta divisée à l'élection présidentielle, sans aucune chance de la gagner.

« C'était un homme réservé, peu loquace mais déterminé dans ce qu'il faisait, témoigne John Fru Ndi. En tant qu'homme politique, il a fait tout ce qu'il a pu pour apporter le changement au Cameroun. Nous avions des désaccords, mais en politique, on peut avoir des désaccords sur les idées et rester très bons amis. Je veux adresser mes condoléances à ses proches et aux membres de son parti. Et j'espère qu'ils vont continuer, avec la même force qu'Adamou Ndam Njoya, à se battre pour une véritable démocratie au Cameroun. Il s'est dressé pour défendre certains principes. Je prie pour que ces principes ne meurent pas avec lui ».

Maire de la commune de Foumban depuis 1996, il a dû céder son siège à son épouse Patricia Tomaïno Ndam Njoya, élue maire de cette ville de l’Ouest du Cameroun, à l’issue des élections municipales du 9 février 2020. Cette dernière a, donc, cédé sa place de députée à l'Assemblée nationale à un autre camarade du parti dans ce département du Noun où l'UDC ne cesse de damer le pion au RDPC, malgré l'activisme politique du sultan des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya, qui n'est autre que le propre grand-frère d'Adamou Ndam Njoya.

Sous Ahmadou Ahidjo, Adamou Ndam Njoya avait été, entre autres, ministre de l’Education nationale. Un très bon ministre, sinon, le meilleur qu'ait connu le Cameroun depuis son indépendance. Il intitula sa politique dans le secteur de l'éducation, à savoir, « La nouvelle éthique » qui prônait la rigueur, l'effort aussi bien chez les apprenants que les enseignants. Les diplômes se méritaient et on était fier d'avoir obtenu le brevet, le probatoire ou le baccalauréat version « Nouvelle éthique » d'Adamou Ndam Njoya.

Après l'Université où il fut le premier directeur de l'IRIC (Institut des relations internationales du Cameroun), de 1972 à 1975, il dut batailler, en tant que ministre de l'Education nationale, de 1977 à 1980, contre ses anciens collègues comme les professeurs, Georges Ngango, ancien chef du département des sciences économiques, et Stanislas Meloné, ancien doyen de la faculté de droit et des sciences économiques, quand il voulut harmoniser le système d'enseignement en créant la licence de 3 ans, comme dans les facultés de lettres et des sciences humaines, d'une part, et des sciences, d'autre part. Georges Ngango lors d'une de ses sorties à l'amphi 700 de la faculté de droit, pour montrer son hostilité à ce changement, déclara qu'il « faudra passer sur mon corps avant d'adopter cette réforme » qu'il combattait âprement. Finalement, Adamou Ndam Njoya eut gain de cause : la première promotion des licenciés de 3 ans à la faculté de droit et des sciences économiques, sortit en juillet 1982, en même tant que la toute dernière promotion de la licence de 4 ans.

Cela dit, sa « Nouvelle éthique » ayant fait des dégâts importants, notamment, au sein des familles riches qui souffraient du fait que sa réforme limitait fortement la possibilité de pousser leurs enfants grâce à l'argent, le président, Amadou Ahidjo, l'appela, à ses côtés, comme ministre délégué à la présidence chargé de l'Inspection générale de l'Etat et des Réformes administratives, où il faisait moins parler de lui, ...en mal.

Afriqueeducation.com adresse ses condoléances les plus attristées aux familles biologique et politique de l'illustre disparu. Que la terre de nos aïeux lui soit légère.

Ajouter un commentaire

Les plus populaires