CENTRAFRIQUE : Emmanuel Macron envoie Geneviève Darrieussecq en terrain miné à trois mois d'une présidentielle incertaine

Les choses sont claires pour tout le monde en Centrafrique. Après avoir bénéficié du soutien de la France, au deuxième tour de la présidentielle de 2016, Faustin Archange Touadéra lui a tourné le dos et signé un accord avec la Russie qui englobe l'aspect « Sécurité et Protection personnelle ». Un bon camouflet pour Paris. Mais, très mauvais communicant, le président centrafricain a laissé tout dire sur les raisons de cette volte-face tandis que ses détracteurs montraient son ingratitude envers ceux qui l'avaient aidé à devenir chef de l'Etat. Depuis l'arrivée de la Russie, le Centrafrique est devenu un pays où la France rase les murs. Ou presque. Bref, pour les autorités, le Centrafrique n'est pas la chasse gardée de Paris.
Ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, Geneviève Darrieussecq est donc arrivée ce jour, à Bangui, sur un terrain bien (bien) miné. Officiellement, elle vient superviser le transfert d'autorité à la tête de la Mission EUTM-RCA (European Union Training Mission – RCA) entre le général français, Eric Peltier et le général portugais, Paulo Neves de Abreu). Mais, nul doute qu'elle parlera de la présence russe et de la future présidentielle dans le pays où le repositionnement de la France n'est plus évident. En dehors de sa consoeur, la ministre de la Défense, Marie-Noëlle Koyara, elle s'entretiendra avec Faustin-Archange Touadéra, à ce sujet, dans l'espace que voudra bien lui affecter le conseiller russe en sécurité du président, qui tient son agenda des audiences.

Si les Russes savent s'occuper des aspects militaires et de sécurité dans une coopération, ils sont à peu près nuls quand on leur demande d'allouer des assistances financières et d'ordre économique, qui ne sont pas leur point fort. Or, Touadéra qui a fait du surplace pendant 5 ans, à la tête de l'Etat, en a grand besoin. Il se rend compte, aujourd'hui, que même le fichier électoral n'est pas prêt, et que la Commission électorale est loin d'avoir confectionné la liste des électeurs dans un contexte où on compte encore 400.000 réfugiés au Cameroun et de dizaines de milliers de Centrafricains de la diaspora. On ne parle même pas d'enrôlement des électeurs dans des zones de conflit : 14 préfectures sur 16 sont, actuellement, contrôlées par des rebelles. Du coup, le président de la République vient de rencontrer l'opposition pour s'entendre sur ce qu'il y a lieu de faire mais les positions sont loin d'être unanimes. Le président Touadéra malgré le retard pris continue de soutenir que le premier tour de la présidentielle restera fixé au 27 décembre tandis que l'opposition trouve son assurance suicidaire. Du coup, elle propose un report de cette importante échéance courant 2021. Si tel est le cas, le pays aura glissé d'office dans une transition dont il faudra négocier les modalités. Que ferait le président, quelles compétences seraient dévolues à l'opposition ?

Car pour beaucoup, Touadéra ayant échoué à créer un climat de sécurité en 5 ans dans le pays, et à relancer l'économie, ce n'est pas en quelques mois qu'il pourrait le faire. Ce qui veut dire qu'il faudrait redistribuer les rôles aux uns et des autres, en mettant la constitution de côté.

Voilà qui fait dire aux détracteurs du président que la présence de la Russie n'aura été d'aucune utilité pour le pays, sinon, lui garantir sa protection : son intégrité physique n'a pas été menacée.

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