CHANGEMENTS INOPPORTUNS DES CONSTITUTIONS : L'appel tardif du Béninois Théodore Holo

Mieux vaut tard que jamais, même, si dans ce domaine, une prise de conscience tardive vaut mieux qu'une absence totale de prise de conscience. Cet appel de Théodore Holo, qui demande à être formalisé, vient après les changements de constitution et d'attitude, qui ont fait couler beaucoup d'encre : le Congo-Brazzaville et le Rwanda, notamment, se sont inscrits dans ce registre. Le Congo-Kinshasa s'en inspire, aussi, avec le refus du président, Joseph Kabila, de quitter le pouvoir, comme le lui ordonne la constitution, au plus tard, le 19 décembre prochain.

Après avoir interprété les Accords d'Arusha, de façon très unipersonnelle, pour s'octroyer un troisième mandat, le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, a, de son côté, suscité un débat national, qui risque d'aboutir à la modification de la constitution, avec la suppression du verrou du nombre de mandats.

L'appel de Théodore Holo revêt une importance capitale d'autant plus qu'il vient d'un président d'une Cour constitutionnelle, cette instance qui vient de se dévoyer, totalement, au Gabon, à l'occasion de la présidentielle du 27 août 2016. Présidée par Marie Madeleine Mborantsuo, la Cour constitutionnelle du Gabon s'est distinguée de la façon la plus négative en interprétant la constitution dont elle est le garant de la façon la plus sectaire.

Reste maintenant à agir de telle sorte que ce cri du cœur ne reste pas dans le jardin de simples belles intentions.

S'exprimant à l'ouverture de l'atelier régional de haut niveau sur le thème : "Les réformes constitutionnelles en Afrique : Logiques et finalités", Théodore Holo a, cependant, admis que "les constitutions ne sont pas des tentes dressées pour le sommeil". Et d'ajouter : "Je ne veux surtout pas faire accréditer l'idée que la constitution, pacte fondamental qui lie l'Etat et le peuple, doit rester figée, immuable. Au contraire, elle doit s'adapter aux nouvelles aspirations des peuples et reposer sur le socle de la démocratie, de l'état de droit. Elle doit garantir les libertés et les droits fondamentaux des citoyens ».

Depuis une dizaine d'années, en effet, émerge une fâcheuse tendance en Afrique : la révision des constitutions, surtout, la suppression de la limitation des mandats présidentiels ou celle de la limite d'âge pour accéder à la magistrature suprême.

"Ces réformes ou ces tentatives de manipulation des textes fondateurs sont souvent génératrices de perturbations dans le champ politique et mettent en péril la paix sociale, la stabilité des institutions et la légitimité des gouvernants ».

Même si Théodore Holo n'avait pas apporté cette précision, on a bien compris que la finalité de sa proposition, c'est la préservation de la paix civile et sociale dans le pays, sans laquelle, le développement n'est pas possible.

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