CONGO-BRAZZAVILLE : Le décès de l'ancien président Jacques Joachim Yhombi-Opango n'arrange que Sassou

Le général, Jacques Joachim Yhombi-Opango (JJYO), est décédé, lundi, 30 mars de suite de maladie à l'hôpital américain de Neuilly. L'ancien président congolais a été emporté par le coronavirus, à l'âge de 81 ans et donc va être incinéré ou enterré dans les 72 heures. Sa mort laisse des sentiments controversés au sein de la très politique diaspora congolaise de France. Voici, ci-dessous, ce qu'en pense, par exemple, Me Maurice Massengo Tiassé, un des grands témoins de l'histoire tumultueuse du Congo, qui venait de commettre un livre très bien documenté sur les assassinats dans son pays. Ce livre dont le dictateur 5 étoiles ne veut pas entendre parler s'intitule, « L'autopsie d'un Etat totalitaire : Ma part de vérité, Sassou-Nguesso, Accusé, Répondez ». Interdit (de lecture publique) au Congo-Brazzaville, ce livre ne circule que sous les gandouras et les kaba ngondos.

Né le 12 janvier 1939 à Fort-Rousset, (actuel Owando), JJYO a présidé aux destinées du Congo-Brazzaville de 1977 à 1979, avant d'en devenir le premier ministre sous le magistère du président Pascal Lissouba du 23 juin 1993 au 27 août 1996.

Depuis 1966, Yhombi Opango a été cité dans tous les coups d'état au Congo.

En septembre 1969, il est nommé chef d'état-major général avec le grade de commandant.

Après le coup d'état manqué par le groupe d'officiers dirigé par le lieutenant Kinganga et Poignet, il exige du président, Marien Ngouabi, la peine capitale ou des condamnations par contumace des vaillants soldats cités ci-dessous:

- Commandant Michel Kiyindou, assassiné le 2 avril 1970 ;

- Capitaine Albert Miawama, assassiné le 30 mars 1970 ;

- Adjudant-Chef de gendarmerie André Nkoutou; Sergent-Chef Omer Malanda ; Sergent-Chef Accablant Nkouka ; Maréchal des Logis Benoît Banakissa ; Maréchal des Logis Jean-Marie Mengo, tous assassinés le 30 mars 1970.

Voici 50 ans jour pour jour, le lundi 30 mars 2020, vous les avez rejoints Monsieur le président Yhombi.

Le 14 août 1978, le CMP dénonce un vaste complot en préparation, d'inspiration américaine.

Une douzaine de personnes, dont Félix Mouzabakani, Bernard Kolelas, Patrice Mfina-Matsiona, Dieudonné Miakassissa, Alphonse Nzingoula et André Loufoua, est arrêtée. Les festivités prévues pour la fête nationale, le 15 août, sont annulées.

Le procès des prétendus conspirateurs n'aura jamais lieu. Yhombi-Opango est l'un des onze membres de la junte militaire constituée le 19 mars 1977 par Sassou-Nguesso, l'organisateur de l'assassinat de Marien Ngouabi. Yhombi Opango et Sassou-Nguesso reçoivent des mains de Bokamba Yangouma, secrétaire général de la CSC, la motion de soutien au verdict de la Cour révolutionnaire d'exception (notre photo). Le général Yhombi Opango va déclarer : "Les sentences seront intégralement exécutées. Il n'y aura pas de clémence pour les accusés du complot du 18 mars 1977". Il fera ainsi exécuter plusieurs victimes innocentes, étrangères à l'assassinat de Marien Ngouabi. Il s'agit entre autres de Doudy Ganga, Samba dia Nkoumbi, Mizelét Germain, Kandza, Daniel, Kianguila, Kinkouba Etienne, Dianzenza Pierre, Konda Albert, Kouba Grégoire, Sissoulou Simon etc. (L'Autopsie d'un Etat totalitaire, Crimes d'un génocidaire, Sassou Nguesso : Accusé répondez, pages 417-420).

A la Conférence nationale souveraine de mars 1991, Yhomby reviendra sur ses douloureux événements de 1977 en mettant en cause directement Sassou-Nguesso.

https://www.youtube.com/watch?v=vOxfWhHQ-ZU&t=1s

Le président Yhombi nous quitte sans nous dire les conditions des exécutions des présidents Marien Ngouabi et de Massamba Débat, celui dont la dépouille a été livrée aux fauves du parc zoologique.

Nous espérons qu'il donnera sa version des faits auprès du Dieu miséricordieux et croisera tous ceux qu'il a fait écourter la vie sur terre. Au-delà des intérêts égoïstes des affaires politiques, il y a la vie des populations dans un meilleur environnement. Vous n'avez pas réussi à unir les Congolais ni à mieux garantir les droits fondamentaux. Je me souviens à la Conférence nationale souveraine, j'ai eu la chance de m'entretenir avec vous et vous remettre mon ouvrage, « Comment peut-on vivre libre et digne en Afrique ». Je vous avais indiqué que nous devrions prendre le droit comme règle et la la justice comme niveau. Je me souviens, également, de votre gentillesse et de votre générosité et de votre courage à rompre avec le système monopartiste. Hélas, vous n'aviez rien retenu. Aux côtés de Pascal Lissouba, vous avez dressé les Congolais les uns contre les autres, en bombardant les quartiers Sud de Brazzaville en novembre 1993. Ainsi donc, Sassou, le manipulateur profitant de ce virus qu'il a su introduire, en armant la milice de Bernard Kolelas, accentuera la destruction du corps national après avoir inoculé à tous ses membres son venin mortel du clanisme, du régionalisme, de la discrimination, de la répression, de la corruption, des arrestations arbitraires.

Le 14 mars 1979, vous avez été arrêté et mis en résidence surveillée à la « Cité des 17 », au quartier Moukondo de Brazzaville. Des militaires proches de vous dont Jean-Michel Ebaka et Pierre Anga, sont, également, arrêtés. Vous êtes exproprié de vos biens, notamment, votre résidence de Mpila. En novembre 1984, après plus de 5 ans de détention sans jugement, vous êtes libéré et vous vous retirez à Owando.

En juillet 1987, vous êtes de nouveau arrêté. On vous a reproché d'avoir tenté de renverser votre successeur, Sassou-Nguesso. Plusieurs personnalités militaires et civiles, de l'ethnie kouyou pour la plupart, sont, également, appréhendées (Henri Eboundit, Jean-Michel Ebaka, Lecas Atondi-Momondjo,...). Le capitaine Anga refuse de se laisser arrêter et se réfugie dans la forêt proche d'Ikonongo. Il est abattu, un an plus tard, par l'armée. Vous témoignez si bien cette période à la Conférence nationale souveraine comme le mentionne la chaîne VIDEOFRTDH que voici.

https://www.youtube.com/watch?v=3mQN-UYuPns&t=988s

En tout cas, Monsieur le président Yhombi, c'est ma façon de vous dire Adieu.

Adieu Monsieur le président, vous avez manqué sur terre à ce devoir de bien servir les intérêts de l'ensemble de la population congolaise en vous éloignant de votre devoir d'officier général et président de la République veillant au respect de la constitution, de l'intégrité du territoire et du respect des libertés et des droits de l'homme. C'est tout ce qui est important. Est-ce la nation, qui a fait de vous un officier sous le président Fulbert Youlou en juin 1962, fera asseoir votre fantôme au trône national des immortels ?

Vous laissez derrière vous une histoire inachevée. Votre bourreau, devenu le bourreau de toute la nation est toujours en place avec son andzibisme que vous avez jadis dénoncé.

Monsieur le président, vous nous quittez sans mettre votre part d'ombre en lumière. Dieu le miséricordieux vous attend.

Comme le mentionne le coran je cite :

« L'instant de la mort fait venir la vérité voilà de quoi tu t'écartais » ! (S.50.V.19) : « Toute âme goûtera la mort » (S.21.V.35) ;

« Tout ce qui est leur terre est voué au néant. Seul subsistera le visage du seigneur plein de majesté » (S.55.V.26) ;

« Où que vous soyez, la mort vous atteindra, fussiez-vous dans des tours fortifiées » (S.04.V.78).

Chacun connaîtra la mort comme l'indique la sourate Al Nabya, V.35.

Adieu Monsieur le président, allez et retrouvez les autres particulièrement le président Marien Ngouabi et faites l'unité nationale des défunts pour enfin libérer le Congo du joug clanique d'Oyo et du PCT destructeur.

Je ne m'avance donc pas en disant que le président Yhombi Opango a marqué positivement la majeure partie de ses actions politiques. Il était rigoureux, mais, pas déterminé à faire le choix d'une société de droit. Certes, personne ne l'ignore. Il avait une vision qu'il défendait avec son cœur et sa tête. Il était admirable et ce sera avec respect que j'entretiendrai son souvenir de la Conférence nationale souveraine. En ces circonstances difficiles, permettez-moi d'adresser à sa famille et à ses proches mes sincères condoléances.

Me Maurice Massengo-Tiassé.
Docteur d'Etat en droit
2e vice-président de la Commission nationale des droits de l'homme du Congo-Brazzaville

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