CONGO-BRAZZAVILLE : Le dictateur soumis par le FMI à l'apprentissage du non-gaspillage des fonds publics

La veille, 14 août, avant le journal de Télé Congo de 20 heures (19 H GMT), le président, Denis Sassou-Nguesso, a reconnu, pour la toute première fois, que la situation financière du pays était « préoccupante ». Mais d'une fierté comme on n'en trouve plus chez les Bantu, il a, immédiatement, ajouté, que le pays n'était pas en « faillite », avant d'afficher sa grande détermination à surmonter ces difficultés.

On peut lui faire confiance s'il rapatriait les « 15.000 milliards de F CFA » gagnés ces dix dernières années grâce à un baril de pétrole à plus de 100 dollars, et dont une grosse partie aurait été placée en Asie (Chine, Vietnam, etc.) et même à Cuba, quand elle n'a pas échoué dans les poches de certains de ses homologues d'Afrique de l'Ouest à qui il a prêté de l'argent à tout va, sans aucune possibilité de remboursement : Alpha Condé de Guinée (50 milliards de F CFA), Mahamadou Issoufou du Niger (50 milliards de F CFA), Alassane Ouattara de Côte d'Ivoire (100 milliards de F CFA), et quelques autres encore.

Aujourd'hui, le Congo-Brazzaville s'apprête, à son tour, à emprunter, dans la douleur, car avec un taux d'endettement de 117% par rapport au PIB, sa capacité de négocier un programme avec le FMI est, fortement, réduite. La mal-gouvernance est visible, patente, dans ce pays de 4,5 millions d'habitants, qui est le troisième producteur du pétrole de l'Afrique noire, après l'Angola et le Nigeria.

Le dictateur a annoncé le démarrage d'un programme avec le FMI au dernier trimestre de cette année. Mais, d'ores et déjà, les mesures avant-signature sont mises en œuvre, comme la non-invitation d'aucun chef d'Etat étranger au défilé du 15 août comme il est d'usage. Il faut faire des économies. L'heure n'est plus au gaspillage d'un argent que l'Etat n'a pas, alors que les retards de salaires commencent à s'accumuler dans certains secteurs de la vie publique.

A Brazzaville, face au marasme ambiant et des licenciements économiques qui vont bon train, les langues se délient et racontent comment le clan présidentiel s'est empiffré de cette manne financière dont une partie donne, déjà, lieu à des procès de « Biens mal acquis » en France.

Dans son discours d'hier, le dictateur a invité le pasteur Ntumi à se rendre pour affronter la justice, reconnaissant, indirectement, son incapacité à pouvoir l'arrêter malgré les moyens mis dans cette opération.

Pour participer au défilé, le dictateur, par précaution, a enfilé un double gilet pare-balles sous son costume croisé, preuve que la sérénité ne règne plus, ni dans son entourage où le général Nianga (patron de la garde présidentielle) est en guerre ouverte avec le contre-amiral Okemba, le chef des renseignements de Sassou. On ne sait pas qui dégainera le premier pour régler son compte à l'autre.

Autre signe du temps : les militaires, policiers et gendarmes ont défilé sans arme, les bras nus, le plus souvent, bien placés, de façon visible, devant le ventre, quand ils ne se tenaient pas les uns contre les autres pour former un cordon. Après l'assassinat du président, Anouar el Sadate, au Caire, le 6 octobre 1981, par les fondamentalistes de l'armée égyptienne, en plein défilé militaire, le dictateur qui tient, beaucoup beaucoup, à sa vie a pris toutes les dispositions possibles pour que l'irréparable ne puisse pas survenir sur l'avenue Alfred Raoul où se déroulait le défilé.

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