CONGO-BRAZZAVILLE : Les écologistes contre le silence de l'Elysée et du Quai d'Orsay

EELV (Europe Ecologie Les Verts), ce poil à gratter de la politique française, assène un uppercut à l'exécutif (somnolant) sur la politique de la France au Congo-Brazzaville. Avant EELV, le parti de Marine Le Pen, le Front national, avait osé faire des leçons de démocratie et des droits de l'homme au gouvernement français de gauche. Une première dans l'histoire de France. Sans résultat. Les Congolais ont, depuis lors, désespéré du pouvoir français. Même la droite, disent-ils, n'aurait pas fait pire car Nicolas Sarkozy, le président des Républicains, avait envoyé un message au dictateur afin qu'il ne modifie pas la constitution. Il n'en avait pas tenu compte. Peut-être parce que l'Elysée l'y avait autorisé, avant de revenir le lendemain, dans un communiqué, sur cette erreur de communication. Mais, Sassou n'en avait plus tenu compte, ayant déjà obtenu son laissez-passer élyséen. Voilà pourquoi le dictateur est là, encore, aujourd'hui, bien que très isolé. Il dit avoir le (plein) soutien de François Hollande et, surtout, surtout, de Manuel Valls, l'homme politique français, peut-être, le plus détesté des Congolais de la diaspora.

EELV vient, à son tour, mettre les pieds dans le plat. L'équipe de France ne jouant son huitième de finale que dimanche prochain, l'Elysée et le Quai d'Orsay ont le temps de lire ses observations, qui sont d'une pertinence coranique. Voici le texte dans son intégralité :

« Ce 14 juin, le Président de la République, François Hollande, a reçu le romancier franco-congolais, Alain Mabanckou, également, professeur au Collège de France (notre photo). Cette rencontre fait suite à la lettre ouverte publiée par ce dernier, dans laquelle il dénonçait le silence du Président français face à la tragédie que traverse la République du Congo depuis la victoire, controversée et contestée, aux présidentielles du 20 mars dernier de monsieur Denis Sassou Nguesso, qui cumule déjà 32 années au pouvoir. (Malheureusement, François Hollande n'a pas ouvert les micros des journalistes accrédités à l'Elysée afin que Mabanckou s'exprime après leur entretien. De la mesquinerie pur jus à la Hollande, ont conclu certains Congolais de la diaspora, ndlr).

Selon le communiqué de l’Elysée, François Hollande a alors manifesté son attachement à la paix et au respect de la démocratie et des libertés publiques dans ce pays.
Cela signifie-t-il que, plus de deux mois après les Etats-Unis, le Canada ou encore l'Union européenne, la France s'apprête enfin à reconnaître que cette élection n'a été ni libre ni transparente et qu'elle s'est accompagnée de graves violations des droits humains de la part des autorités de Brazzaville ?

Il est permis d’en douter. Hasard ou coïncidence, il s'est tenu le même jour que la rencontre à l'Elysée une autre rencontre, au Quai d'Orsay, entre le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, et son homologue congolais, Jean-Claude Gakosso. Si du côté français, cet entretien a été présenté comme un simple moment d'échanges sur les dossiers relatifs à la région, du côté congolais on a souligné qu’il s'agissait surtout pour les deux parties, de « lever les malentendus de ces derniers mois » et de reprendre leur coopération.

Il semble que la déclaration congolaise soit la plus proche de la réalité. Sinon, comment expliquer le silence de la France alors que ce même jour, autre hasard ou coïncidence, le général Jean-Marie Michel Mokoko, un des principaux opposants au régime et candidat à la dernière élection présidentielle, a été arrêté puis incarcéré, après trois mois d'assignation à résidence hors de tout cadre légal, essentiellement, pour son refus de reconnaître la victoire supposée de M. Sassou Nguesso ? Comment expliquer le silence de la France alors que l'opposition s'est une nouvelle fois vue interdite de réunion publique quand elle a tenté de dénoncer cette arrestation qu'elle estime arbitraire ?

L'une des seules prises de parole de la France sur le Congo avant ces deux rencontres du 14 juin a concerné le département du Pool, dans le Sud du Congo, où de nombreux civils sont victimes d'opérations militaires à l'arme lourde commandées par les autorités congolaises. Le Quai d'Orsay a alors fait part de son souhait que les institutions internationales fassent la lumière sur la situation dans cette région.

Faut-il rappeler à l'Elysée et au Quai d'Orsay que la France est membre du Conseil de sécurité de l'ONU et qu'elle est donc en mesure de le saisir pour agir et ne pas en rester à des déclarations d'intention ?

Faut-il informer la Présidence de la République que depuis le 1er juin dernier, c'est la France qui préside le Conseil de Sécurité et qu'à ce titre, elle est encore plus en capacité de peser sur son agenda ?

Europe Ecologie Les Verts réitère une nouvelle fois son appel au gouvernement français pour qu’il dépose une résolution au Conseil de Sécurité en vue de diligenter une enquête internationale sur les exactions et les violations des droits humains perpétrés en République du Congo aussi bien depuis les élections du 20 mars que lors de la répression du 20 octobre 2015.

EELV renouvelle également son appel au gouvernement français pour qu’il demande aux autorités congolaises de respecter les libertés publiques, notamment, en cessant de réprimer l'opposition, en libérant toutes les personnes emprisonnées pour des motifs politiques, à commencer par Jean-Marie Michel Mokoko, Paulin Makaya, et à privilégier une sortie de crise pacifique et inclusive.

Celle-ci ne pourra être durable que si la gouvernance politique et économique ainsi que la gestion des ressources du pays reposent réellement sur l'intérêt des populations.

C'est également à ces conditions que le Congo pourra véritablement devenir un moteur et non un frein au développement et à la stabilité de la région ».

Signé Sandra Regol, Julien Bayou, porte-parole nationaux

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