CONGO-BRAZZAVILLE: Les populations du Sud de Brazzaville fuient les orgues de Staline du dictateur

Les autorités n'ont fourni aucun bilan en pertes de vie humaines de ce qui s'apparente selon elles "à une véritable action terroriste" et ont indiqué enquêter en vue d'établir s'il existe un lien entre ces attaques et les candidats de l'opposition ayant contesté la réélection du président Denis Sassou Nguesso à l'issue de la présidentielle du 20 mars. Mais, du côté de l'opposition, on compte déjà une vingtaine de morts. En réalité, on soupçonne une manœuvre du dictateur pour essayer de reprendre la situation (politique) en main au travers d'une proclamation de l'état d'urgence. L'opposition, ce n'est un secret pour personne, a, toujours, milité, en faveur d'une élection transparente et apaisée. L'opposition n'a pas d'armes ni de miliciens. C'est Sassou qui a, non seulement, l'armée, et comme si cela ne suffisait pas, il a recruté de milliers de miliciens et de mercenaires étrangers. Anticipait-il son échec électoral dans un pays où il se sait sans majorité, et incapable de passer un deuxième tour ? Beaucoup le pensent.

Selon des témoignages, des échanges de tirs à l'arme automatique émaillés de détonations d'armes lourdes ont commencé entre 02h00 et 3h00 du matin (1h00 à 2h00 GMT) dans les quartiers de Mayanga et Makélékélé et se sont poursuivis, pratiquement, sans discontinuer, jusque vers 06h00. Ils ont continué, par intermittence, jusque dans l'après-midi.

En début d'après-midi, le porte-parole du gouvernement congolais, Thierry Moungalla, a lu une déclaration à la télévision publique affirmant que la "situation [était] maîtrisée" et invitant "les populations à rester sereines et à vaquer à leurs occupations quotidiennes". L'apparition de Moungalla est tout simplement une mise en scène d'un scenario longtemps écrit à l'avance. Sassou s'est lancé dans une fuite en avant. Il ne reprendra pas la situation en main, même en organisant la violence.

Pour se faire bonne conscience, Moungalla a accusé d'"ex-miliciens Ninja Nsiloulou" - des combattants d'une ancienne faction de la guerre civile dite du Pool (1998-2003) ayant éclaté après le retour au pouvoir du dicateur, en 1997, - d'être à l'origine des troubles de la nuit.

Pendant la guerre du Pool, les Ninja Nsiloulou étaient dirigés par Frédéric Bintsamou, alias le pasteur Ntoumi. Ce dernier a fini par rallier le pouvoir de Sassou Nguesso, mais, s'est rangé, récemment, derrière Guy-Brice Parfait Kolélas, arrivé deuxième, lors de la présidentielle du 20 mars, selon les résultats officiels de la CENI de Bouka. Résultats qui sont, hautement, contestés car donnant Sassou vainqueur avec 60,39% dès le premier tour.

Vers 16h30 (15h30 GMT), selon une source sécuritaire, "l'opération militaire se [poursuivait] dans les quartiers sud", où "les assaillants [étaient] en débandade".

Sur la télévision publique, Thierry Moungalla a affirmé que ceux-ci avaient attaqué une position militaire, quatre commissariats de police, incendié la mairie de Makélékélé et commis des "voies de faits et diverses exactions sur les populations civiles", les contraignant à fuir.

En fin d'après-midi, il n'avait pas été possible d'évaluer les dégâts subis par ces bâtiments, faute de pouvoir se rendre sur place alors que la police filtrait les accès.

Selon des journalistes de l'AFP, de longues files d'habitants ont remonté "l'avenue de l'OUA" principal axe de communication des quartiers sud vers le centre, où la police avait établi des barrages pour fouiller passants ou véhicules.

"Ça a commencé à tirer à 2h00 du matin [...] Des militaires sont entrés dans plusieurs parcelles. Ils nous ont demandé de quitter le quartier avant qu'il ne soit trop tard. Là, nous ne savons pas où aller, nous sommes comme des immigrés, c'est choquant", a déclaré à l'AFP Mercie, une étudiante de 24 ans habitant Makélékélé.

Âgé de 55 ans, Jérôme dit avoir tout laissé derrière lui. "Je n'ai pas pu supporter les coups de feu, les armes lourdes, je suis traumatisé".

"C’est curieux", a remarqué Julienne, habitante d'un quartier sud : "on vit dans un pays où qu’on vote ou pas, la paix est toujours menacée."

Les violences de la nuit ont eu lieu alors que la Cour constitutionnelle planche sur les résultats de l'élection présidentielle du 20 mars transmis par les autorités en vue de leur validation.
Le ministère de l'Intérieur a annoncé le 24 mars la réélection de Sassou Nguesso, dès le premier tour, avec plus de 60% des suffrages. Criant à la fraude, cinq candidats d'opposition ont qualifié ce score de "forfaiture" et ont appelé le peuple congolais à rejeter les résultats officiels par des voix légales et pacifiques.

Kolélas avait déposé des recours devant la Cour constitutionnelle.

Notant, "pour le condamner, que certains candidats [à la présidentielle] ainsi que leurs soutiens, n'ont eu de cesse d'en appeler à la désobéissance civile et à l'insurrection armée", depuis la proclamation des résultats, Thierry Moungalla a déclaré que le gouvernement n'avait "pas encore la preuve que des candidats, ou leurs soutiens soient impliqués" dans les violences ayant éclaté dans la nuit.

"Les investigations se poursuivent", a-t-il ajouté.

La France, qui avait dénoncé le "contexte préoccupant" selon elle, dans lequel s'est déroulée la présidentielle du 20 mars, a appelé lundi toutes les parties à la "retenue". Cela dit, cet appel à la sagesse devrait, plutôt, être lancé au camp présidentiel car c'est lui qui provoque ces troubles se sachant aux abois, détenteur d'une victoire qu'on a de la peine à reconnaître sur le plan international.

Avec AFP

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