CONGO-BRAZZAVILLE : Mathias Dzon,  la raison,  l'expérience et la conviction.

Force est de constater que l'opposition congolaise n'a cessé de tirer la sonnette d'alarme depuis 2002,  sur l'organisation désastreuse des scrutins électoraux successifs au Congo. Mathias Dzon (notre photo) est, sans doute, celui qui, depuis 14 ans, est au centre de cette lutte pour la transparence électorale. Après 32 ans d'exercice cumulé du pouvoir,  la question du troisième mandat de Sassou a été au centre du débat politique, depuis l'été dernier. Des plate-formes de l'opposition politique traditionnelle (Frocad) et des transfuges de la majorité présidentielle (IDC) ont vu le jour pour barrer la voie au référendum constitutionnel, qui devait permettre au président Sassou de contourner le verrou de la limitation des mandats présidentiels et être, ainsi, candidat à l'élection présidentielle. L'épisode référendaire de septembre - octobre 2015 a permis au président congolais de changer la constitution.  Marchant, au passage, sur les cadavres d'environ 22 jeunes congolais, qui manifestaient pour le respect de l'ordre constitutionnel entre les 17 et 22 octobre 2015.
Dans un cafouillage de biconstitutionnalité, le président, Denis Sassou Nguesso, annonçait, en décembre,  une élection présidentielle anticipée, fixée au 20 mars 2016, créant, ainsi, des dissensions au sein de l'opposition.

Poids lourd de l'opposition congolaise, depuis plus d'une décennie,  Mathias Dzon s'est retrouvé en difficulté face à de nouveaux arrivants, dans cette sphère de l'opposition congolaise. Son appel à un boycott actif  en vue de créer les conditions d'un dialogue intercongolais pour trouver,  ensemble, les solutions aux problèmes du pays et des contours de l'organisation transparente et  crédible de l'élection présidentielle et des scrutins futurs, n'a pas été suivi.

La décision de Mathias Dzon de ne pas prendre part à ce qu'il qualifiait, déjà, de mascarade électorale, n'a pas été compris de tous, le peuple congolais, les alliés politiques et les partenaires, à savoir, l'UA, l'UE, la France, les USA.

Pour autant, le président de l'ARD et premier secrétaire de l'UPRN ne s'est pas laissé abattre. Fort de son expérience et constant sur ses convictions, dans les conditions d'organisation de cette élection,  les jeux sont faits et quoi qu'il arrive, le président sortant sera déclaré élu,  disait il. A l'évidence, il faut dire qu'il n'a pas eu tort et ce ne sont pas les 5 candidats de l'opposition IDC-FROCAD qui diront le contraire.

Un leader politique c'est, aussi, celui qui voit plus loin que les autres.  Pendant que certains ont vu, dans sa décision,  une mise à l'écart volontaire ou une trahison pour les autres, Mathias Dzon n'a pas hésité à appeler au report de l'élection présidentielle anticipée du 20 mars dernier, et ce, pendant même la campagne  électorale. Car disait-il,  les conditions n'étaient pas réunies pour une compétition saine.

Mais, si la stratégie de la participation de Guy Brice Parfait Koléla, André Okombi Salissa, Pascal Tsaty-Mabiala,  Claudine Munari et Jean Marie Michel Mokoko, l'avait emporté dans l'opinion comme en témoigne l'effervescence lors de leurs meeting de campagne,  l'essentiel était ailleurs.

En effet,  outre la participation,  et pour une élection que même l'UE n'a pas souhaité envoyer les observateurs en raison des mauvaises conditions d'organisation qui ne garantissaient pas la crédibilité, les défis pour l'opposition congolaise étaient ailleurs. 

La maîtrise du  corps électoral,  la stricte surveillance des opérations électorales, notamment, pour empêcher la tricherie et, surtout, le vote des électeurs fictifs, l'impartialité de la Commission électorale nationale,  la non-ingérence de l'armée, sont autant de défis que cette opposition devait relever.

Mais, après la tenue de cette élection, force est de constater que si le peuple congolais a, majoritairement, rejeté le dictateur, la victoire de ce dernier tiendrait  de la tricherie, du vote des électeurs fictifs dont le nombre serait estimé à, environ, 300.000 à 400.000 personnes.

L'opposition n'a pas pu empêcher la tricherie et le vote des électeurs fictifs. Elle n'a pas pu avoir comme elle l'annonçait, les représentants dans tous les bureaux de vote et, surtout, dans la partie Nord du pays et les scores staliniens du président candidat dans cette partie du pays en disent long.

L'opposition n'avait pas mesuré l'étendue de la tricherie d'Etat au service de la réélection du président sortant.

Il faut croire que Mathias Dzon avait, largement, raison quand il disait que les jeux sont faits et que, les conditions d'organisation de cette élection n'apporteront aucune réponse à la crise que traverse le pays, puisque le "toujours" président sortant sera, à nouveau, déclaré élu, quoi qu'en fassent les candidats de l'opposition. 

C'est, tellement, malheureux qu'après sa victoire usurpée au premier tour, le président offre en prime, les arrestations, les bombardements pour des motifs fallacieux, des villages dans la région du Pool, replongeant le pays 19 ans, en arrière, avec l'exode et les massacres des populations civiles.

Après la proclamation des résultats provisoires,  et avant même que la Cour constitutionnelle ne donne les résultats définitifs, Mathias Dzon, a, de nouveau, fait preuve d'une clairvoyance politique particulière en appelant au dialogue national inclusif pour trouver les moyens de sortir le pays de la crise.

Deux jours, seulement, après cette sortie de président de l'ARD et du Collectif, donc, le 4 avril dernier,   les populations des quartiers Sud de la capitale se réveillaient sous le crépitement des armes lourdes. Cette escalade qui se poursuit, depuis ce jour,  avec les bombardements des villages dans le Pool, est, exactement, ce que Mathias Dzon voulait prévenir. Comme il l'a, encore, récemment, expliqué au micro de Florence Morice de RFI, qu'il était évident que les conditions d'organisation opaques de cette élection ne pouvaient que susciter des violences.

On l'aime ou on ne l'aime pas, force est de constater que l'approche du dialogue que Mathias Dzon et le Collectif n'ont cessé d'appeler de tous leurs voeux est, aujourd'hui, la seule issue de sortie de crise.
Il serait une erreur pour le président, qui vient de prêter serment,  de penser qu'il peut diriger le pays sans tenir compte du contexte actuel.

Mais, c'est tout de même regrettable que l'élection présidentielle, qui est un moment important de la vie politique et démocratique dans un pays, se résume, au Congo, à une mascarade débouchant sur des tueries. Tout ça pour ça, diront ceux qui ont cru, un seul instant, à la possibilité d'une alternance politique par le biais de cette élection ?

C'est avec beaucoup de discernement qu'il faut saluer la raison, l'expérience et la constante de cet homme, Mathias Dzon, qui a été, injustement, critiqué, trahi et, ailleurs, insulté, mais, dont la réalité semble, aujourd'hui, donner raison.

Mais, le challenge pour Mathias Dzon n'est pas de montrer qu'il a eu raison, mais, plutôt, de parvenir à  regarder les autres en face,  sans rancoeur et de parvenir à trouver un compromis pour juguler la crise qui secoue le pays. Il est temps que la classe politique congolaise se ressaisisse et s'unisse, dans un élan de sursaut national, pour trouver,  ensemble, et par le dialogue, les solutions idoines aux problèmes du pays.

Raphaël Mouko

N.B. Article paru dans le numéro 438 du 1er au 15 mai d'Afrique Education, en vente, chez les marchands de journaux jusqu'au mardi 17. Vous pouvez aussi acquérir le pdf entier (N° 438) qui contient cet article, sur la boutique de www.afriqueeducation.com (suivre les instructions).

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