CONGO-BRAZZAVILLE : Nguila Moungounga Nkombo, dix ans qu'il nous manque

Nguila Moungounga Nkombo n'était pas n'importe qui. Après la chute du régime du professeur, Pascal Lissouba, suite au coup d'état militaire de Denis Sassou-Nguesso en octobre 1997, plusieurs dignitaires de son pouvoir se retrouvèrent en exil dans plusieurs pays africains et européens. Nguila, lui, choisit le pays tombeur du pouvoir de son mentor, à savoir, la France de Jacques Chirac, pour y mener le combat. Preuve qu'il était un leader qui comptait dans la lutte en vue du retour du professeur des professeurs à Brazzaville, Michel Rocard m'avait parlé de lui, lors d'une rencontre à ses bureaux, dans le 7e arrondissement parisien, en 1998. Le patriarche Ondimba, en personne, s'était inquiété de son activisme débordant, lors d'une rencontre, avec lui, en 2001, au Palais du Bord de Mer de Libreville. Deux ans plus tôt, à Londres, au quartier des ambassadeurs où il résidait, le président déchu, Pascal Lissouba, que j'étais parti rencontrer, m'avait dirigé vers lui pour un certain nombre de dossiers dans le cadre de la lutte qui était menée. Car il faut le dire, le président, Pascal Lissouba, et les siens, n'étaient nullement résignés à rester en exil. Ils souhaitaient retourner récupérer leur pouvoir à Brazzaville, par tous les moyens. Autre preuve de son activisme : Nguila avait loué des bureaux dans le seizième arrondissement parisien où le tout Paris politique et diplomatique venait le rencontrer. C'est d'ailleurs pour cela que Michel Rocard le prenait au sérieux au point de me poser quelques questions à son sujet. Mais pour rester objectif, je dois ajouter que Nguila m'avait collé un procès pour avoir diffusé une information ayant trait à l'importation en France des fonds congolais détenus dans une banque suisse dont il détenait encore les codes en tant qu'ancien ministre des Finances. Malheureusement, sa plainte ne prospéra pas pour des raisons de procédure et, finalement, Nguila (à qui j'avais rendu visite dans ses bureaux bien avant sa plainte), me retourna la politesse, en venant nous voir à deux reprises à la rédaction à Montrouge (Sud de Paris). Jusqu'à son décès, on s'appelait au téléphone pour échanger des informations. C'est avec un très grand regret que j'avais appris son décès de suite d'une longue maladie. C'est avec beaucoup de nostalgie que j'ai lu l'émouvant témoignage que son frère, camarade de parti (UPADS) et collègue du gouvernement, Joseph Ouabari Mariotti, a adressé à Afrique Education, pour une éventuelle publication. Afrique Education s'associe à l'ancien garde des Sceaux du Congo-Brazzaville pour s'incliner devant la mémoire de ce grand Africain qui est célébrée dans la tribune ci-dessous. Afrique Education s'associe, aussi, à l'appel de l'ancien ministre de la Justice, qui demande au président, Denis Sassou-Nguesso, au nom de la cohésion nationale qu'il a toujours souhaitée dans son pays, de décréter une amnistie politique afin que, lui, le ministre Joseph Ouabari Mariotti, et ses autres collègues ministres condamnés par les tribunaux congolais, désireux de rentrer au pays, puissent avoir cette possibilité sans être inquiétés par quoi que ce soit.

Jean Paul Tédga
Docteur des Facultés françaises de droit et d'économie
Fondateur du Groupe Afrique Education

Ce 14 avril 2020, je me joins à ces compatriotes, autres Africains et citoyens du monde qui, ce jour, ont une pensée pour le ministre, Nguila Moungounga Kombo, ministre du Commerce, puis, des Finances, sous l'ère du président, Pascal Lissouba, au Congo, de 1992 à octobre 1997.

Des suites d'une pénible maladie, Nguila Moungounga Nkombo nous a quittés, le 14 avril 2010, en région parisienne.

Depuis lors, les membres de sa famille ont appris à vivre avec cette douloureuse absence, tout en l'ayant présent dans leurs cœurs et leurs esprits.

Nguila Moungounga Nkombo était leur repère. Ses conseils et ses opinions étaient précieux pour eux. L'éducation et les valeurs qu'il leur a transmises représentent son héritage.

10 ans passés, Nguila Moungounga NKombo n'est plus visible dans les cercles républicains. Mais, son légitime et généreux combat pour un Congo plus juste, plus fraternel et respectueux des valeurs de la République est poursuivi par ceux-là mêmes qui croient en sa vision d'avenir du Congo et de la place de ce pays dans le monde.

Compagnon des premières heures politiques du président, Pascal Lissouba, Nguila Moungounga Nkombo deviendra, à la création de l'UPADS (Union panafricaine pour la démocratie sociale), une des personnalités éminentes de ce parti, jusqu'à son décès.

Attaché à la raison, Nguila Moungounga Nkombo, travaillait, sans cesse, aussi bien, son talent oratoire, sans recourir à la langue de bois, que ses capacités de convaincre, de rassembler et de susciter l'adhésion à ses idées, au-delà des clivages traditionnels. S'inscrivant, en permanence, dans la responsabilité.

C'était là, de l'avis de Nguila Moungounga Nkombo, les voies essentielles pour fonder l'action politique.

Homme de convictions fortes, il disait, pour rien au monde, être à mesure de trahir ses certitudes. Telle son affirmation sur le développement complet d'un pays, le bien-être du monde et la cause de la paix qui demandent la participation maximale des femmes, à égalité, avec les hommes, dans tous les domaines.

Pour cette dixième année de la disparition du ministre, Nguila Moungounga Nkombo, puisse le président, congolais Denis Sassou-Nguesso, au nom de la cohésion nationale, couplée à un élan humanitaire, décréter cette amnistie générale, devenue une exigence nationale, pour rendre leur liberté à ces anciens ministres du président, Pascal Lissouba, condamnés par les tribunaux congolais, au sortir des violences de 1997.

A titre posthume, les deux ministres, concernés, qui s'en sont allés, Nguila Moungounga Nkombo et Marcel Ibala, se retourneront dans leurs tombes. L'une de celles-ci, au Nord de Paris, l'autre à Mossendjo. Et il serait, toute trouvée, l'occasion de respecter la dernière volonté de Nguila Moungounga Kombo recommandant que ses ossements soient, le moment venu, rapatriés dans sa terre natale.

Ceux des ministres, encore en vie, Benoît Koukébéné et le colonel, Philippe Binkinkinta, pourraient, ainsi, recouvrer leurs droits.

Cette amnistie dont je réitère l'appel, pour la quatrième fois, viendrait réparer ce qui apparaît comme une iniquité à l'égard des quatre ministres cités d'autant que les autres personnalités politiques condamnées, au lendemain des tourments de 1997, ont, chacune, dans son cas, bénéficié des mesures d'élargissement.

Nguila, King Georges, tel que je te désignais, pour honorer ton long combat pour les causes justes et ton volontarisme. Là-bas, dans l'éternel infini, convaincs-toi de ce que les forces congolaises de progrès, toutes tendances confondues, de l'intérieur du pays et de la diaspora, ne t'oublient pas.

Marquées par les qualités de l'homme politique que tu portais en toi.

A l'UPADS, ton image scintille comme étoile dans un ciel assombri.

Repose en paix, King Georges.

Toute mort d'un Homme m'amoindrit. Parce que faisant partie de l'humanité. C'est pourquoi, je ne demande jamais pour qui sonne le glas. Il sonne pour nous tous, chacun à son heure.

Paris, le 14 avril 2020.

Joseph Ouabari Mariotti
Ancien ministre de la Justice Garde des Sceaux (sous la présidence de Pascal Lissouba)
Membre de l'UPADS
Actuellement en exil (involontaire) en France.

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