CONGO-BRAZZAVILLE : Paulin Makaya transféré à la prison de Brazzaville sur ordre de Sassou

Alors que son épouse, Catherine Makaya, ses avocats, Me Hervé Ambroise Malonga et Eric Yvon Ibouanga, sans oublier les dizaines de milliers de militants de l'UPC (Unis pour le Congo) et de l'opposition, attendaient la mise en liberté de Paulin Makaya, hier, lundi, 30 novembre, c'est plutôt la décision de le déférer à la Maison d'arrêt de Brazzaville, qui leur a été servie, en fin de matinée, aujourd'hui. Depuis 14h30, donc, celui que le clan présidentiel appelle, « l'opposant qui se veut irréductible » croupit en prison. Depuis Paris où il assiste à la COP 21, Denis Sassou Nguesso, aurait, lui-même, coordonné les opérations, Jean Dominique Okemba, également, présent, à Paris, assurant la liaison entre Sassou et le procureur, Oko Ngakala et Me Aimé Yoka, le ministre de la Justice.

Le passage, ce matin, chez le juge du 5e cabinet d'instruction, Okieli, n'a pas tiré en longueur : à peine une quarantaine de minutes ont permis, à ce dernier, de dérouler les trois faits qui sont reprochés à celui qui empêcherait le président congolais de tourner ses compatriotes en rond :

1°) Participation à une manifestation non autorisée (le 20 octobre dans le cadre de la campagne anti-référendum de Sassou) ;
2°) Détention d'armes de guerre, en sa résidence, armes trouvées lors de la perquisition effectuée, le 30 octobre ;
3°) Participation à l'incendie des édifices publics le 20 octobre.

Pour Me Hervé Ambroise Malonga, « Tous ces chefs d'inculpation sont infondés », car « Quand une marche n'est pas autorisée, il faut prendre un arrêté d'interdiction par le préfet ou le ministre de l'Intérieur », ce qui n'a pas été le cas. Autrement dit, la marche du 20 octobre n'était pas interdite.

En ce qui concerne la perquisition qui aurait permis de trouver des armes de guerre chez Paulin Makaya, Me Malonga insiste : « Cette perquisition était extra-judiciaire car elle n'a pas été autorisée par un juge d'instruction ou une autorité judiciaire compétente, seule habilitée à le faire ». D'autre part, « elle s'est déroulée en l'absence de Paulin Makaya, de son épouse, ni d'aucune personne désignée pour les représenter, à cet effet, et en l'absence d'un officier assermenté ». Autrement dit, il était loisible que les « enquêteurs » de Jean-François Ndenguet placent, eux-mêmes, des armes de guerre, chez Paulin Makaya, avant de l'accuser de les détenir. Il n'y avait personne pour les contredire. C'est un coup classique dans la République (très démocratique) de Sassou Nguesso que tout le monde connaît. Une telle justice peut-elle faire honneur à Denis Sassou Nguesso, qui court, à la COP 21, après une respectabilité perdue le 25 octobre 2015, auprès de ses homologues (dont beaucoup le fuient). Il faut noter que des 152 chefs d'Etat et de gouvernement présents, à Paris, pour ce Sommet sur le climat, le seul qui soit (farouchement) pris à partie par sa diaspora, est bien le Congolais Denis Sassou Nguesso. Malgré l'interdiction de manifester, en région parisienne, jusqu'au 12 décembre, à cause de la peur des attentats, la diaspora congolaise a obtenu, exceptionnellement, du préfet de police de Paris, une autorisation de manifester, à la Bastille, ce mardi, 1er décembre, de 10h à 18 h, contre la présence du dictateur à Paris. Au Royal Monceau où il réside, le standard téléphonique a failli sauter, hier, à cause de nombreux coups de téléphone de Congolais mécontents, qui demandaient aux réceptionnistes de cet hôtel de faire de Sassou un SDF (Sans domicile fixe). On a compté près de 400 appels de Congolais pour la seule journée de lundi, qui affichaient, presque tous, la colère contre Sassou. Du jamais vu dans ce palace parisien où les clients aspirent au calme et à la sérénité. Mais depuis que Sassou s'y est installé, dimanche, 29 novembre, c'est l'excitation totale. Le calme est tout simplement parti.

Le dictateur a, vraiment, la chance que les manifestations soient interdites, en région parisienne, car la diaspora congolaise avait concocté un programme spécial pour lui faire regretter son séjour parisien. Ce sera pour une autre occasion...

Me Malonga s'insurge, aussi, qu'on reproche à Paulin Makaya d'être co-incendiaire de plusieurs édifices publics, le 20 octobre. Mais l'accusation oublie de considérer que ce jour-là, Sassou Nguesso avait fait voler des hélicoptères dans le ciel de Brazzaville d'où ils larguaient des gaz lacrymogènes et des projectiles dont certains étaient incendiaires. Alors même que la marche n'était pas frappée par un arrêté d'interdiction.

Conclusion de Me Malonga : « Le dossier de Paulin Makaya est politique. On cherche à le faire taire ». Tout simplement.

Demain, mercredi, 2 décembre, les deux conseils vont faire une « demande de mise en liberté provisoire » de leur client. Car, pour eux, Paulin Makaya n'a pas sa place en prison. C'est un homme politique dont l'ambition est de remplacer Sassou Nguesso au pouvoir où il a déjà duré 32 ans, sans développer le pays. Même pas peur de ce dictateur !

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