CONGO-BRAZZAVILLE : Sa femme devenue ministre du dictateur, notre confrère va-t-il démissionner de sa rédaction ?

C'est pathétique, mais rien n'est plus étonnant sous le soleil de Brazzaville. Quand Firmin Ayessa vient lire la liste du nouveau gouvernement de « rupture » sur Télé Congo (Télé Foufou pour la diaspora congolaise), il précise bien que : « sur proposition du premier ministre chef du gouvernement », le président de la République chef de l'Etat a signé le décret nommant le gouvernement. Mais, depuis hier que les ministres défilent sur Télé Congo pour se présenter au peuple, ils ne font que remercier le (seul) président de la République. Aucun mot gentil pour le premier ministre qu'on ne cite même pas. Qui a, finalement, proposé ce gouvernement à Sassou ? Clément Mouamba ou quelqu'un d'autre ? Les ministres de l'Economie forestière, des Finances, des Postes et Télécommunications et de la Jeunesse, se sont, tous, bornés, hier, à remercier le seul chef de l'Etat. Pas un (petit) mot gentil pour leur premier ministre.

Parmi les nouveaux venus au gouvernement, on compte l'épouse d'un confrère parisien, directeur de la rédaction de son état dans un magazine panafricain de la place, parfaitement, connu, sur le continent, comme donneur de leçons. Des leçons qu'il ne s'applique, jamais, à lui-même, ni aux journalistes qu'il dirige dans son équipe. Son épouse, Arlette Nonault, qui vient d'être nommée ministre, est une nièce du dictateur. Conservatrice sur les bords, elle a été en flèche dans le combat qui permit à son oncle d'adopter la nouvelle constitution qui lui a assuré le hold up du 20 mars dernier. Membre du Bureau politique du PCT, elle est très active dans les réseaux sociaux, quand ce n'est pas dans la désinformation livrée au public, à Paris, au travers du magazine de son époux. Les Congolais de la diaspora s'en offusquent, grandement. A plusieurs reprises, ils ont interpellé son fondateur. N'ayant pas eu gain de cause, ces derniers temps, ils vont carrément devant le siège de ce magazine avec des pancartes et des banderoles, pour y manifester leur colère, parfois, en brûlant les vieux numéros du magazine pour signifier leur dégoût.

Acculé jusqu'à ses derniers retranchements, le dictateur n'a plus la capacité de faire l'économie de ses appuis : jouant son va tout, cette fois, il a choisi d'exposer sa nièce sur la place publique (gouvernement), espérant sauver quelques meubles ? Question à son époux, donneur de leçons à l'Afrique entière : à quand sa démission, ou tout au moins, son retrait de la rédaction de son magazine ? Car pour des raisons d'éthique, de déontologie et de conflit d'intérêt, il doit, absolument, quitter le groupe qui l'emploie. Anne Sinclair avait abandonné ses magazines sur TF1 quand son époux, Dominique Strauss Kahn, fut nommé ministre de l'Economie et des Finances, dans le gouvernement Jospin, en 1997. Dernièrement, c'est l'ex-première dame de France, Valérie Trierweiler qui avait abandonné le Service Politique de Paris Match pour ne faire que de la Culture, lors de l'accession de François Hollande à l'Elysée. Il existe beaucoup d'autres exemples de ce type.

Les Congolais attendent, donc, avec impatience la décision du mari de la nouvelle ministre du Tourisme et des Loisirs du Congo. Choisira-t-il comme tout bon jouisseur (qu'il semble être) de conserver le beurre et l'argent du beurre ?

Les plus populaires