CONSEIL CONSTITUTIONNEL DU CAMEROUN : Professeur Joseph Owona... enfin !

Le professeur, Joseph Owona, va enrichir le Conseil constitutionnel de sa connaissance et de son expérience, le président, Paul Biya, ayant porté son choix sur sa personne, après le décès inattendu de Jean Foumane Akame, en Suisse, en janvier 2019. Agrégé des facultés françaises de droit depuis ...43 ans, il va y siéger aux côtés de deux autres sommités de droit public : le professeur agrégé,Charles Etienne Lekene Donfack, par ailleurs, ancien ministre, et leur maître à tous, le (très respecté) professeur, Joseph-Marie Bipoun-Woum. Créé en 1996 et mis en place en février 2018, le Conseil constitutionnel est l'instance compétente en matière constitutionnelle et l'organe régulateur du fonctionnement des institutions. Il est présidé par Clément Atangana, un magistrat hors hiérarchie.

Dans les années 70-80, la faculté de droit et des sciences économiques de l'Université de Yaoundé, comptait à elle toute seule, plus de professeurs agrégés (en droit privé, en droit public et en sciences économiques) que l'ensemble des facultés de droit et des sciences économiques de toutes les universités d'Afrique noire francophone. A l'époque, n'était pas fait professeur agrégé de droit ou d'économie qui voulait car ce concours avait lieu en France. L'agrégation française était rigoureusement sélective pour les candidats africains. Ce grade se méritait dans tous les sens du terme. L'un des derniers Camerounais à l'obtenir en droit public (avec le professeur Bruno Bekolo Ebe en sciences économiques) fut Roger Gabriel Nlep de regrettée mémoire. Tous étaient de brillantissimes théoriciens, qui, à travers leur manière de dispenser des enseignements à l'amphi 700 de l'époque, avaient transmis l'amour de leur discipline à des milliers d'étudiants dont certains jusqu'à ce jour ne jurent que par leurs noms. Ces enseignants disaient qu'ils avaient des devoirs en matière de formation des élites de la nation. Ils ambitionnaient, tous, de laisser des disciples de leurs rangs (Roger Gabriel Nlep, par exemple, s'était juré de former une dizaine d'agrégés comme lui-même) avant d'aller voir ailleurs, pas nécessairement dans un ministère, mais, surtout, dans un organe d'Etat où se pratique le droit, à un niveau élevé. Le Conseil constitutionnel en est le plus emblématique de cette catégorie d'organismes.

Quand l'idée de rendre opérationnel le Conseil constitutionnel germa dans l'esprit du président, Paul Biya, parmi les noms qui étaient souvent cités pour le présider, figurait celui du professeur, Joseph Owona. Car que n'a-t-il pas fait au Cameroun, avec succès, aussi bien, sur le plan académique que politique ? Né un 25 janvier 1945 sous le soleil chaud d'Akom (département de l'Océan, région du Sud), il a obtenu son bac A4 avant de poursuivre successivement ses enseignements en cycle de licence à l'Université de Yaoundé puis de Paris 1 où il obtiendra le doctorat d'Etat en droit public et l'agrégation en 1977. Il avait exactement 32 ans. De retour au Cameroun, il est chef du département de droit public à la faculté de droit et des sciences économiques avant d'être choisi par le président, Ahmadou Ahidjo, pour diriger l'IRIC (Institut des relations internationales du Cameroun), en 1976, à la place du docteur, Adamou Ndam Njoya, appelé au gouvernement où il excellera, quelques années plus tard, au ministère de l'Education nationale où il prônera « La nouvelle éthique », une politique déclinée en slogan pour former le Camerounais de demain.

Par la suite, le professeur, Joseph Owona, devient le chancelier de l'Université de Yaoundé, en 1983, avant de devenir secrétaire général-adjoint de la présidence en 1985. A partir de 1988, il occupe les fonctions de ministre de la Fonction publique et du Contrôle de l'Etat, de l'Enseignement supérieur, avant de faire un retour au Palais d'Etoudi comme secrétaire général de la présidence en 1992. En 1994, il est nommé ministre de la Santé publique, puis, ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l'Etat. En 1997, Paul Biya lui confie le ministère de la Jeunesse et des Sports où il fait gagner la CAN 2000 aux Lions indomptables. Enfin, il va au ministère de l'Education nationale d'où il quitte le gouvernement en décembre 2004. A force d'être baladé de ministère en ministère, la presse camerounaise l'avait surnommé l'oiseau baladeur du gouvernement. Il est l'un des plus grands connaisseurs de l'administration camerounaise et a participé à la rédaction de la constitution du Cameroun.

Voilà pourquoi son nom était souvent cité comme possible et très probable président du Conseil constitutionnel. Mais, le président de la République sortit Clément Atangana de son chapeau pour le placer à la tête du Conseil constitutionnel, un poste où il se montre à la hauteur des enjeux.

Le professeur, Joseph Owona, siégera donc à côté de deux anciens collègues de l'université, les professeurs, Lekene Donfack et Bipoun-Woum, tous trois, sommités de droit public. Il faudra, souvent, aller chercher loin pour contester leurs décisions à venir.

Une observation pour finir : le président, Ahmadou Ahidjo, avait laissé une classe de juristes et d'économistes de très haut niveau sur laquelle son successeur, Paul Biya, s'est beaucoup appuyé pour constituer ses équipes de collaborateurs à partir de novembre 1982. On est très heureux de constater qu'autant ceux-ci présentaient des têtes bien pleines, autant ils ont fait montre de rigueur dans la gestion des biens publics quand ceux-ci leur étaient confiés. Personne d'entre eux ne se retrouvent en prison parce que happé par l'Opération Epervier qui traque les détourneurs de fonds publics : les professeurs, Lekene Donfack, Georges Ngango, Germain Ndjieundé, Stanislas Meloné, Peter Ntamarck Yana, Pougueu, Bipoun-Woum, n'ont (ou n'avaient) jamais eu maille à partir avec la justice pour des faits de mauvaise gestion ou de corruption. Ils n'ont rien pris dans les caisses de l'Etat. Après avoir fait le tour des ministères camerounais, le professeur, Joseph Owona, est l'exemple incarné de cette honnêteté managériale que le président Biya vient de saluer avec raison en l'envoyant au Conseil.

Dieu est juste ! Après une traversée du désert, c'est par son seul mérite et par reconnaissance de tout son passé que ses anciens étudiants devront d'ailleurs savoir magnifier un jour, que le professeur Owona atterrit aujourd'hui au Conseil constitutionnel où il a toute sa place en tant que Grand Maître de droit public et constitutionnel.

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