COOPERATION AFRIQUE/CHINE : Le racisme au quotidien (via Covid-19)

Désormais, dans les relations Afrique-Chine, il y aura, l'avant et l'après-Covid-19. Demain et après-demain, quand le président chinois, Xi Jinping, s'adressant aux chefs d'Etat africain, leur donnera de son démagogique « Mes Chers Frères », comme s'il était nègre comme eux, on ne le prendra plus au sérieux (lire le numéro 487-488 de juillet-août 2020 actuellement en kiosque dont la photo de couverture illustre le Sommet Chine-Afrique de 2018 en Afrique du Sud). Même si la Chine est loin de l'histoire coloniale de l'Afrique, le racisme des Chinois est du même ressort que celui des Occidentaux. Pour les uns comme pour les autres, c'est le très riche sous-sol africain qui les intéresse, sans oublier, les essences forestières, mais, pas l'amitié et la fraternité entre les peuples, comme on aurait pu penser des Chinois.

Tout allait bien entre la Chine et l'Afrique quand la survenue du coronavirus est venue ouvrir les yeux des Africains en leur montrant le véritable visage des Chinois. Alors que la Covid-19 est partie de Chine pour infester le reste du monde, les Africains ont commencé à faire l'objet d'une chasse à l'homme en Chine, comme s'ils étaient les principaux propagateurs du virus. Après plusieurs cas positifs à la Covid-19 parmi la communauté nigériane de la métropole de Canton, les Africains, de manière générale, ont commencé à être victimes d'expulsions, d'interdictions d'entrer dans des commerces, de placements en quarantaine et de dépistages abusifs. Pays communiste à la discipline stricte, où la surveillance policière et des services du contre-espionnage, laisse peu de place aux libertés individuelles, rien n'a été vu ni par les autorités de l'Etat ni par celles du parti unique, qui ont nié, en bloc, qu'il n'y avait eu aucun acte raciste à l'endroit des Africains. Ce déni est allé jusqu'à sortir l'Union africaine, de nature discrète de sa torpeur. Pour la première fois, dans les relations entre la Chine et l'Afrique, l'organisation panafricaine a, en effet, fait part de sa « préoccupation ». C'est dans ce contexte qu'une vidéo circulant sur les réseaux sociaux a montré un avis expliquant en anglais à la porte d'un restaurant que les Noirs n'ont pas le droit d'entrer dans un Mc Donald's de la ville. Prises la main dans le sac, les autorités chinoises ne pouvaient plus nier l'évidence. Elles ont pressé la chaîne américaine de restauration rapide à présenter des excuses à la communauté africaine. Parallèlement, une vingtaine d'ambassadeurs africains ont demandé à être reçus, lundi, 13 avril, à Pékin, au ministère des Affaires étrangères par un secrétaire d'Etat, Chen Xiaodong, qui leur a promis de lever les mesures sanitaires racistes concernant les Africains, à l'exception des patients confirmés de la Covid-19. Chose inédite, aussi, une vingtaine de pays africains ont préparé une missive à l'intention de Pékin dans laquelle, ils ont estimé que les tests de dépistage et les mesures de quarantaine, imposés, spécifiquement, équivalaient à du racisme. La note verbale dénonçait, sans équivoque, une violation évidente des droits de l'homme de la part de la Chine.

Tout au long de ce processus inimiginable quand on sait comment Xi Jinping clame l'amitié et la fraternité avec ses « frères » chefs d'Etat africains, les autorités n'ont fait que mentir, manipuler et pratiquer la politique de l'autruche. Tenez : cette attitude grossière de la porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian : interrogée lors d'un point de presse, elle a préféré accuser les Etats-Unis de chercher à semer la discorde avec l'Afrique, en réaction aux accusations de xénophobie proférées par Washington.

Le racisme des Chinois sommeillait en eux quand ils avaient à traiter avec les Africains, et n'attendait que le bon moment pour éclater au grand jour. Car, en réalité, il n'y avait pas de quoi s'alarmer sur l'intoxication des Africains. D'après la très officielle agence d'informations, Chine Nouvelle, gérée par le comité central du parti communiste, 4.553 Africains, soit, la totalité de la population africaine de Canton, avaient été soumis à un dépistage du coronavirus depuis le 4 avril : 111 d'entre eux se sont avérés positifs. De là à pourchasser les Africains comme étant ceux qui propagent ce virus dans le pays, il n'y a que les racistes (chinois) qui le pensent, et qui ont pensé ainsi. Pourtant, les témoignages des Africains de Chine sont accablants. Certains racontent avoir été, sans autre forme de procès, chassés de leurs logements, pour être ensuite refusés dans les hôtels où ils voulaient, momentanément, résider. Un étudiant ougandais, par exemple, a dormi sous un pont pendant quatre jours, sans rien mettre sous la dent car, chaque fois qu'il tentait de s'acheter à manger, on le chassait comme un malpropre. Des histoires comme celle-ci, il y en a des centaines, chaque Africain de Chine, sans exception, en ayant vécu un tas. C'est sans exagération qu'on peut conclure que les Chinois, adeptes du double langage, sont rattrapés par leur racisme sournois. Plus un Chinois rit avec un Africain en tirant sa bouche jusqu'aux oreilles, plus il se donne la capacité de l'endormir pour (mieux) lui planter le couteau dans le dos. Pour preuve, c'est à ce moment le plus critique que le pseudo-« bienfaiteur » chinois, Jack Ma, a entrepris de distribuer ce dont l'Afrique avait besoin pour ralentir la propagation du virus. Sans l'annoncer longtemps à l'avance, il a chargé les avions de colis médicaux pour soulager les 54 pays africains dans leurs propres efforts de circonscription du virus. Son don comportait 5,4 millions de masques, 1,08 million de kits de dépistage, 40.000 équipements de protection et 60.000 masques de protection. Ces équipements étaient d'abord, distribués aux pays d'Afrique les plus vulnérables à la pandémie. Cet envoi unique ne suffisant pas, Jack Ma organisera d'autres expéditions, celles-là, d'importance moindre.

Officiellement, l'initiative est de la Fondation Jack Ma et de la Fondation Alibaba, toutes deux appartenant au même individu. Mais, selon plusieurs sources, Xi Jinping a, directement, financé l'opération qu'il ne voulait officielle après les accusations très fortes de racisme qui frappent la Chine. C'est aussi cela le racisme chinois : croire qu'ils sont les plus intelligents que ces pauvres nègres qu'ils croient manipuler.

Comment effacer l'image de pays raciste anti-africain qui colle, désormais, à la peau de la Chine ?

Voilà l'équation que Xi Jinping, président à vie s'il en est, après avoir modifié la constitution pour se présenter autant de fois qu'il le voudra à la présidence du parti communiste et de l'Etat, essaie de résoudre. Pour y parvenir, il utilise, comme toujours, son tiroir-caisse. Cela dit, le coronavirus a révélé la force des réseaux sociaux et des médias alternatifs, dans leur capacité à faire changer le cours des choses en Afrique. En effet, c'est facile pour Xi Jinping de corrompre un chef d'Etat africain et obtenir de lui ce qu'il veut. Mais, désormais, ce chef d'Etat y réfléchira à plus de deux fois avant d'accepter, si les intérêts fondamentaux de son pays ne sont pas préservés. Sinon, il subira la déferlante venant d'internet et des réseaux sociaux au point qu'il sera obligé de rectifier le tir.

Autrement dit, les dirigeants africains sont, maintenant, sous la surveillance directe de leurs populations, qui n'hésitent pas à dénoncer haut et fort toute incartade de ministre ou même de chef d'Etat qui aurait tendance à oublier qu'il est en fonction d'abord et avant tout pour assurer le bien-être des populations. Et non le sien propre.

Jusqu'à preuve du contraire, la Chine a besoin de l'Afrique plus que l'Afrique a besoin de la Chine.

L'Afrique garde son réservoir de matières premières qui intéresse aussi bien la Chine que l'Europe, l'Amérique du Nord, les pays comme le Brésil, l'Inde, la Corée du Sud, la Turquie, la Russie et bien d'autres. Tous ces pays ne demandent qu'à coopérer avec l'Afrique tandis que la Chine a, absolument, besoin de l'Afrique pour devenir la première économie du monde, devant les Etats-Unis. Voilà qui met l'Afrique en position de force si l'Union africaine arrivait à jouer le rôle qui est le sien.

Vendredi, 4 décembre 2015, Xi Jinping avait rencontré une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique, à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour leur livrer les 5 priorités de son partenariat gagnant-gagnant. Manquaient à l'appel seuls les chefs d'Etat malades, interdits de voyage par la CPI ou ayant peur d'un coup d'état militaire. A cette occasion, le président chinois avait souligné que la Chine poursuivrait sa politique en Afrique, en respectant les principes « de sincérité, de pragmatisme, d'amitié et de franchise ». Où sont-ils aujourd'hui ?

Il avait suggéré que la Chine, le plus grand pays en développement au monde, et le continent africain, qui compte le plus grand nombre de pays en développement, développent leurs relations en s'appuyant sur cinq piliers :

Sur le plan politique, Xi Jinping avait insisté sur le principe d'égalité et de confiance mutuelle et souligné que la Chine considérera, toujours, que l'Afrique appartient aux peuples africains et que les peuples africains doivent décider des affaires africaines.

Dans le domaine économique, le président chinois avait invité la Chine et l'Afrique à poursuivre la coopération gagnant-gagnant et à tirer, pleinement, parti de leur confiance mutuelle et de leur complémentarité économique.

La Chine et l'Afrique, qui ont, toutes les deux, des civilisations anciennes et rayonnantes, doivent apprendre l'une de l'autre, dans le domaine de la culture, et, mettre l'accent sur le renforcement des échanges entre les peuples, les jeunes, les femmes, les groupes de réflexion, les médias et les universités.

En outre, il avait appelé les deux parties à rester solidaires et à s'aider dans le domaine de la sécurité, soulignant que la Chine soutient l'Afrique dans ses efforts visant à régler les problèmes africains, selon les modalités africaines, et, se tient prête à aider l'Afrique à renforcer ses capacités dans le maintien de la paix et de la sécurité.

Le président chinois avait, enfin, proposé que la Chine et l'Afrique renforcent leur unité et leur coordination dans les affaires internationales et défendent, ensemble, leurs intérêts communs, avant d'ajouter que la Chine continuerait à soutenir l'Afrique pour qu'elle joue un rôle plus important sur la scène mondiale.

Les dirigeants africains avaient apprécié ce langage au plus haut point, notamment, les indécrottables dictateurs, qui modifient les constitutions et fraudent pendant les élections, afin de mourir au pouvoir. L'époque des timoniers comme Mao Tsé Tung étant révolue en Chine, pourquoi l'Afrique devrait-elle continuer de se comporter comme dans les années 60 alors que le monde a changé ? Ce serait du gagnant-gagnant (équitable) que Xi Jinping le dise, aussi, aux dirigeants africains, charcutiers de leurs constitutions, de savoir laisser la place à quelqu'un d'autre comme c'est justement le cas en Chine. Sauf si le racisme chinois envers les Africains déjà, amèrement, vécu pendant la Covid-19, en Chine, empêche le président, Xi Jinping, de déconseiller à ses « frères » chefs d'Etat africains, champions toutes catégories du tripatouillage des constitutions et des élections, de s'éterniser au pouvoir.

Aristide Koné et Moussa Konaté.

N.B. Cet article est contenu dans le numéro 487-488 de juillet-août d'Afrique Education, actuellement, chez les marchands de journaux.

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