COREE DU NORD/AFRIQUE : Les amitiés (très) africaines du leader « bien aimé » Kim Jung-un

Le camarade président de la Corée du Nord, Kim Jung-un, est un homme rusé et avisé. Il fait une chose après l'autre. La « guerre » nucléaire gagnée contre Donald Trump dont le pays est, aujourd'hui, à un jet de fusée de Pyongyang, tout comme l'Europe, il manifeste, maintenant et ouvertement, une volonté de rapprochement avec les Occidentaux. C'est ainsi qu'il a dit être disposé à dialoguer avec Donald Trump. Face à face et sans intermédiaire. Preuve de la crédibilité de cette main tendue du leader « bien aimé », son initiative a été annoncée par le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov. Très surpris par cette démarche inhabituelle, Donald Trump, en difficulté depuis l'annonce de sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël, tarde à réagir. Maintenant que la Corée du Nord est considérée comme une puissance nucléaire (à part entière), le leader « bien aimé » va s'occuper, enfin, d'économie. Dans sa stratégie de reconquête des parts de marché perdues, l'Afrique est en pole position. Si le camarade Kim limite ses déplacements à la (seule) Chine voisine et, uniquement, par le train, il va, beaucoup, s'appuyer sur les quelque relais diplomatiques que son pays a su préserver sur le continent.

Sous pression des sanctions de l'ONU et des menaces américaines, de nombreux pays africains ont pris leurs distances avec la Corée du Nord, mais, pas au point de lui tourner, définitivement, le dos.
Pour qui en a, déjà, arpenté les capitales, l'empreinte du régime de Pyongyang sur le continent est difficile à ignorer.

D'une esthétique, parfois, discutable, les statues ou palais staliniens dessinés par les architectes nord-coréens écrasent l'horizon à Windhoek, Dakar, Maputo et Kinshasa.
Mais, la coopération de la Corée du Nord (RPCN) avec l'Afrique va bien au-delà de ces constructions tape-à-l'oeil. Au fil des ans se sont noués entre elles des liens bien plus étendus.

Les échanges commerciaux entre les deux partenaires sont évalués à, environ, 200 millions de dollars, chaque année. Les minerais et la pêche arrivent en tête de leurs transactions, suivis par l'armement.

Malgré les sanctions onusiennes infligées dès 2006 à Pyongyang en rétorsion à son programme nucléaire militaire, cette collaboration a continué bon train. Parfois, grâce à l'actif parrainage de Pékin. Résultat, c'est du ni vu ni connu, les produits nord-coréens s'échangeant, parfois, comme s'il étaient chinois.

"De nombreux pays ont maintenu des relations étroites avec la RPCN", résume Graham Neville, du centre de réflexion britannique Chatham House, "plus de la moitié des pays africains, soit une trentaine, font encore des affaires avec elle".

L'aide militaire, sur le papier, totalement, interdite, concentre l'inquiétude de la communauté internationale. L'armée du dictateur, Sassou-Nguesso, est, par exemple, bonne cliente de la Corée du Nord. Entre le jeune communiste et l'ancien marxiste reconverti au libéralisme occidental version tropicale, qui a l'âge de son feu père, il n'y a pas de quoi. Les relations, très discrètes, sont, plutôt, très bonnes.

Un rapport d'experts de l'ONU publié en septembre a pointé du doigt onze pays africains (outre le Congo-Brazzaville) soupçonnés de poursuivre un partenariat militaire avec le régime de Kim Jong-un.
Selon ce document, la Corée du Nord aurait livré des armes légères à l'Erythrée et à la République démocratique du Congo (RDC), des missiles sol-air au Mozambique, modernisé missiles et radars en Tanzanie et entraîné soldats et policiers en Angola et en Ouganda.

En Namibie, les experts onusiens s'intéressent à deux sociétés nord-coréennes, Mansudae Overseas Project et Komid, qui y ont construit le siège des services de renseignements et une usine de fabrication de munitions.

Aujourd'hui, très sensibles, ces activités n'ont pas surpris. Depuis les guerres d'indépendance, Pyongyang s'est imposé comme allié militaire très fidèle des régimes marxistes d'Afrique.
"Pendant la Guerre froide, la Corée du Nord a gagné sa réputation en offrant un entraînement utile et sûr aux soldats africains", explique Samuel Ramani, analyste à l'université d'Oxford.

La participation de la 5e brigade zimbabwéenne, formée et encadrée par des officiers nord-coréens, à la répression ordonnée à partir de 1982 par Camarade Bob contre ses opposants en constitue l'exemple le plus célèbre.

Et ces alliances se sont poursuivies bien au-delà.
Sous couvert de lutte contre l'impérialisme, certains pays africains ont gardé leur porte ouverte à Pyongyang, lui permettant, ainsi, d'alimenter ses caisses en devises pour survivre aux sanctions.

Ces derniers mois, toutefois, les bras d'honneurs adressés au monde entier par Kim Jong-un à grands coups d'essais de missiles et de bombes nucléaires ont fini par contraindre certains de ses amis à s'éloigner de son régime.

Le Soudan a coupé les ponts avec Pyongyang, l'Ouganda a expulsé ses conseillers militaires et promis de "pleinement se conformer" aux sanctions de l'ONU.
La Tanzanie a assuré avoir réduit ses relations "au minimum". "Nous ne sommes pas en conflit avec la Corée du Nord, mais son programme de fabrication d'armes de destruction massive n'est pas bon pour la sécurité de la planète", a justifié le chef de sa diplomatie, Augustine Mahiga.

La Namibie affirme, elle, avoir annulé tous ses contrats avec des entreprises nord-coréennes.
"La rupture est consommée. Même leurs citoyens sont renvoyés chez eux", a assuré le ministre chargé des Affaires présidentielles, Frans Kapofi. "C'est fini !"

A voir, a considéré l'ONU. Dans un récent rapport, ses experts ont regretté que la plupart des pays visés ne leur aient "pas encore fourni de réponses substantielles".

Plus généralement, les capitales africaines semblent rechigner à claquer la porte au nez de Kim Jong-un, malgré les pressions exercées par les Etats-Unis, l'Union européenne, le Japon et la Corée du Sud.
Le mois dernier, 150 coopérants nord-coréens ont fait leurs bagages en Angola. Fin de contrat, ont justifié les autorités.

"Nous avons des obligations internationales à respecter", a concédé son ministre des Affaires étrangères, Manuel Augusto. "Mais il ne s'agit pas de rompre nos relations (...) c'est un pays ami qui nous a accompagnés tout au long de notre Histoire". Joao Lourenço n'est pas José Eduardo dos Santos. Encore que (notre photo montrant Kim Jong-un saluer l'Angolais Manuel Francisco Tuta, membre du MPLA à Pyongyang).

En clair, la Corée du Nord ne semble pas près de perdre le dernier carré de ses "camarades" africains.
"L'absence de passé colonial de la RPCN et sa volonté de défier les +oppresseurs occidentaux+ sont sans aucun doute, toujours, admirés par certains dirigeants africains", souligne M. Neville.

"En outre", ajoute l'analyste, "faire des affaires avec la RPCN peut être intéressant pour certains régimes car elle n'impose pas de conditions de bonne gouvernance comme les Occidentaux. C'est, spécialement, vrai en matière d'armements..."

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