CORONAVIRUS : Aurevoir Marc Mapingou Mitoumbi, Porte Parole du Général Jean-Marie Michel MOKOKO

Marc Mapingou Mitoumbi, pour ceux qui ne le connaissaient pas, était le fils du gaulliste et youliste, Basile Mapingou, lui-même, député de la première Assemblée nationale congolaise sous l’étiquette de l’UDDIA-RDA de l’abbé Fulbert Youlou. C’est en 1980 pendant la célébration du Centenaire de la ville de Brazzaville que Marc Mapingou et son frère aîné, Paul Alexandre Mapingou, prennent la place de leur papa, absent de Brazzaville, à la réception de Jacques Chirac, à l'époque, maire de Paris et président du RPR (Rassemblement pour la République), parti gaulliste. Le futur président français était invité au Congo Brazzaville à cette occasion.

Le destin politique de Marc a commencé par cette rencontre qui lui a donné une grande ouverture en arrivant en France en septembre 1981. Il avait souvent revu Jacques Chirac à la mairie de Paris en compagnie du professeur Steve Gentilini.

En 1992, lorsque Pascal Lissouba lui fait l’honneur de diriger sa campagne électorale, Marc Mapingou et son frère aîné, Paul Alexandre Mapingou, présentent le professeur, Pascal Lissouba, aux anciens premiers ministres français, Pierre Mesmer et Raymond Barre. Ce dernier fut mon professeur d’économie politique en 1975-1976 avant d’occuper, successivement, les fonctions de ministre du Commerce extérieur et premier Ministre. C’est ainsi que la droite française va se réconcilier avec Pascal Lissouba, "le communiste", qui est responsable avec Ambroise Noumazalaye sous la présidence de Massamba Débat, de la violence politique.

Les Français n’avaient pas oublié les assassinats en 1965 des hauts cadres civils et militaires ayant été formés dans les écoles françaises et les détentions arbitraires, sans oublier la pratique de la torture des religieux et civils.

Marc Mapingou m’a souvent évoqué son histoire personnelle avec le gaullisme et Jacques Chirac qui a fait du mal aux Congolais en soutenant le coup d’état de Sassou-Nguesso en 1997. En 1997, après que Pascal Lissouba eut perdu le pouvoir, Marc Mapingou a eu souvent le privilège de discuter avec l’ancien président, Pascal Lissouba, qui s’est senti trahi : « 4 personnes m’ont fait du mal, Omar Bongo, Edith Bongo, Jacques Chirac et Sassou-Nguesso. Tous ces quatre iront avant moi ».

Marc Mapingou connaissant Omar Bongo Ondimba me parlera de lui en ces termes : « A la mort de son épouse, Omar Bongo m’a reçu et j’ai encore l’image d’un homme qui voulait se repentir après avoir lâché son frère Pascal Lissouba ».

A la mort de Jacques Chirac, en septembre 2019, Marc Mapingou est revenu sur la déclaration imprudente et malheureuse de l’ancien président français où il remerciait la force expéditionnaire, voire, mercenaire angolaise d’être intervenue pour chasser Pascal Lissouba, un président élu démocratiquement, en déclarant que c’est une grande tâche noire dans la politique africaine de Chirac.

C'est avec beaucoup de tristesse que la mort, mardi, 5 mai 2020, de mon cher cadet laissera un grand vide. En effet, depuis la publication de mon ouvrage en décembre 1988, Comment peut-on vivre libre et digne en Afrique, Marc s’est intéressé aux droits fondamentaux et pour la liberté et la dignité de l’Africain (sur notre photo Marc tient dans ses mains un "Spécial Jean-Marie Michel Mokoko" co-rédigé par Maurice Massengo-Tiassé et paru dans un numéro d'Afrique Education de septembre 2016. Les deux frères échangent sur ce candidat qu'ils avaient soutenu à la présidentielle de mars 2016).

On s’admirait beaucoup en ressassant notre passé, surtout, il revenait souvent à l’épisode de la Conférence nationale souveraine, lorsque Bernard Kolélas, président du MCDDI, était souvent autour d’un café ou d’un jus, pour parler de l’avenir démocratique du pays. Ce dernier comptait sur nous, car il savait que nous étions des enfants des youlistes.

Après tout, quoi que l’on dise, la vie d’un homme politique est faite d’une part d’ombre et de lumière. Nous avions de nombreux points communs dans l’analyse de la situation socio-politique au Congo, à tel point qu’il était favorable à l’idée d’une fédération au Congo, comme je l’ai écrit dans mon livre. Nous devons remettre en cause le fonctionnement actuel de notre Etat qui se met souvent en position d’éclatement à chaque scrutin présidentiel. Ainsi, la présidence de la République est devenue une institution calamiteuse. Elle est la cause principale de la politique de développement séparé autrement dit l’apartheid. Elle détermine aussi la corruption, la frustration, les prédations, les violences qui débouchent sur les luttes tribales, l’hégémonie régionaliste et le système despotique.

Le contrat socio-politique que constitue l’organisation étatique a été ramené au seul fait de créer des plans de confiscation du pouvoir, de jouir sans se préoccuper des intérêts généraux de la population.

Son décès en tant que compagnon et leader pour la liberté et la dignité du Congolais me plonge dans une grande douleur. Je pense également au désarroi du général, Jean-Marie Michel Mokoko, dont il a été le fidèle porte parole.

Cher Marc, ce n’est pas facile d’encaisser le Coup KO que tu viens de nous infliger par ton départ prématuré. Tu n’avais pas encore accompli ta mission de grand résistant et meneur d’homme.

Ce n’est pas facile d’exprimer sa douleur, son chagrin, et sa colère dans cette circonstance inacceptable et tant redoutée, la mort. Oui, emporté par cet ennemi invisible, le COVID-19, après avoir tenté de lui résister.

Comme moi-même en tant que proche soutien du général pendant les présidentielles de mars 2016, Marc Mapingou a été calomnié et injurié à tort avec des histoires farfelues sorties des chapeaux des prestidigitateurs et des haineux voguant dans la tribalité et le régionalisme au Congo.

Il a toujours négligé des attaques privilégiant le pardon et la persuasion à ces détracteurs. Il est aussi membre fondateur d’une association humanitaire, L’œuvre du Congo, pour aider les populations en difficulté au Congo.

Marc Mapingou nous a quittés, le 5 mai 2020, date qui marque les 48 ans du premier président de la République du Congo, l’abbé, Fulbert Youlou, décédé le 5 mai 1972, à Madrid, en exil.

Au revoir, Marc, tu as choisi de nous faire pleurer également, le 5 mai, date marquant les 40 ans des pleurs et la reconnaissance officieuse de notre vénéré, tonton Emile Cardinal Biayenda, par sa Sainteté, le pape Jean Paul II, le 5 mai 1980.

Je suis rassuré de ce signe divin qui me fait penser que tu seras bien accueilli et tu vas te joindre à tous nos bons esprits, combattants et héros morts pour la liberté et la dignité des Congolais tels que Me Aloïse Moudileno-Massengo, qui vient de nous quitter, il y a tout juste, 5 mois le 6 janvier 2020.

Que Dieu Miséricordieux t’accueille en paix pour que tu veilles sur tes proches, particulièrement, ton épouse et tes enfants.

Fortifie-nous en esprit pour poursuivre ce combat pour la démocratie au sein de notre Mouvement, Pour Agir (MPA), dont tu as été l’un des initiateurs.

Me Maurice Massengo-Tiassé
est docteur d'Etat en droit
Ancien vice-président de la Commission des droits de l'homme du Congo.

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