CORONAVIRUS : Les nécessaires solutions humaines suffisent-elles ?

Eviter les rassemblements de plus de 50 personnes ainsi que les salutations avec contact physique, se laver régulièrement les mains, tousser et éternuer dans un mouchoir à usage unique, garder une distance de 1 mètre entre les personnes, etc. Le 17 mars 2020, au cours d’une conférence de presse, l’évêque de Man, s’exprimant au nom de la conférence épiscopale, a appelé tous les fidèles catholiques à respecter ces mesures du gouvernement pour éviter la propagation du coronavirus (notre photo). Il a même annoncé la fermeture pour un mois de toutes les écoles catholiques, les séminaires y compris, comme si les séminaristes pouvaient être plus en sécurité en famille qu’au séminaire. Deux jours après cette conférence de presse, c’était au tour de l’Archidiocèse d’Abidjan de suspendre les célébrations eucharistiques et les activités pastorales, du 19 mars au 6 avril 2020.

Si on ne peut s’empêcher de saluer les recommandations du gouvernement, parce qu’elles visent la sécurité individuelle et collective, le religieux fait-il bien en ne comptant que sur les “solutions” du politique ? Autrement dit, la foi et l’espérance en Dieu, dont Jésus affirme que tout Lui est possible (Marc 10, 27), ne seraient-elles plus d’aucun secours ? Par ailleurs, le chrétien et les autres croyants devraient-ils, sous prétexte que l’Etat veut leur bien, s’interdire de (se) poser des questions ? Au nom de quoi ne devraient-ils pas chercher à savoir ce qui se cache derrière ces confinements subits et forcés ?

En France, Emmanuel Macron et son gouvernement sont accusés de profiter de ces confinements pour faire passer des lois qui dépouilleront un peu plus les pauvres et fragiliseront davantage les personnes les plus vulnérables. En Côte d'Ivoire, alors que les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits, les 157 députés godillots du RHDP se sont retrouvés, le 16 mars 2020, pour adopter la modification de la constitution de Ouattara votée il y a seulement 4 ans. Et le RHDP ne s’est pas arrêté à cette incohérence puisqu’il a autorisé certains Ivoiriens à rentrer directement chez eux pendant que les autres passagers du vol Air France étaient confinés dans un endroit où rien n’avait été prévu pour la prise en charge sanitaire des voyageurs. Comment un gouvernement peut-il espérer être écouté quand il est le premier à piétiner ses propres lois ? Pourquoi Ouattara se permet-il de modifier le code électoral au moment où les Ivoiriens pensent à sauver leur peau ? Et puis, pourquoi devons-nous copier bêtement les recettes d’un pays qui lui-même est obligé, pour sortir de cette mauvaise passe, de se faire aider par la Chine ? Pourquoi ne pas solliciter l’expertise de la Chine et de ses voisins (les deux Corées, la Russie, Singapour, la Mongolie) qui semblent avoir endigué à temps la pandémie ?

Ce matin, je suis tombé sur un texte écrit le 2 mars 2020 par l’évêque de Belley-Ars (France), Mgr Pascal Roland. Ce texte m’a fait chaud au cœur car “l’homme de Dieu”, tout en étant favorable à ce que chacun(e) respecte les précautions nécessaires, conseille que l’on ne cède pas à la “panique collective”. Mgr Roland s’interroge ensuite : “ Les chrétiens vont-ils cesser de se rassembler pour prier ? Vont-ils renoncer à fréquenter et à secourir leurs semblables ? Hormis les mesures de prudence élémentaire que chacun prend spontanément pour ne pas contaminer les autres lorsqu’il est malade, il n’est pas opportun d’en rajouter.” L’évêque ajoute : “Nous devrions plutôt nous souvenir que, dans des situations bien plus graves, celles des grandes pestes, et alors que les moyens sanitaires n’étaient pas ceux d’aujourd’hui, les populations chrétiennes se sont illustrées par des démarches de prière collective, ainsi que, par le secours aux malades, l’assistance aux mourants et la sépulture des défunts. Bref, les disciples du Christ ne se sont ni détournés de Dieu ni dérobés au semblable. Bien au contraire ! … Loin de moi donc, l’idée de prescrire la fermeture des églises, la suppression de messes, l’abandon du geste de paix lors de l’eucharistie, l’imposition de tel ou tel mode de communion réputé plus hygiénique (…), car une église n’est pas un lieu à risque, mais un lieu de salut. C’est un espace où l’on accueille celui qui est la vie, Jésus-Christ, et où par lui, avec lui et en lui, on apprend ensemble à être des vivants. Une église doit demeurer ce qu’elle est : un lieu d’espérance !”  Sa lettre se termine en ces termes : “Faut-il se calfeutrer chez soi ? Faut-il dévaliser le supermarché du quartier et constituer des réserves afin de se préparer à tenir un siège ? Non ! Car un chrétien ne craint pas la mort. Il n’ignore pas qu’il est mortel, mais, il sait en qui il a mis sa confiance.” 
Il est vrai que nous n’avons pas intérêt à nous exposer inutilement, raison pour laquelle nous devons respecter les consignes de prévention données par l’Etat aussi longtemps qu’elles nous aident à juguler la maladie mais cela ne signifie pas que nous devrions laisser le politique nous transformer en des moutons de Panurge que viendront tondre ensuite des gens pour qui l’argent et le profit sont plus importants que la vie humaine.

Au lieu de fermer les églises, au lieu de supprimer messes et chemins de croix, la hiérarchie catholique aurait pu demander à l’Etat, dont le premier devoir est de protéger les citoyens, de fournir aux paroisses de l’eau, du savon, des gels hydrauliques. Ces équipements seraient ensuite mis à la disposition des fidèles à l’entrée des églises. En temps de calamité, le chrétien ne peut pas s’en remettre uniquement au politique. Même s’il ne doit pas négliger les mesures préconisées par l’Etat pour faire face à tel ou tel fléau, il devrait également faire montre de foi et d’espérance au milieu des épreuves comme celle que nous traversons actuellement. Mais, notre foi et notre espérance sont-elles aussi fortes que celles des chrétiens d’autrefois, qui participaient activement au soin des malades et organisaient des processions pour demander la protection divine et la guérison des malades ? That’s the question.

Jean-Claude DJEREKE
est professeur de littérature à l'Université de Temple (Etats-Unis).

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