CORONAVIRUS : Les prisons du Congo-Brazzaville sont à décongestionner. COVID-19 oblige !

Pour l'ancien Garde des Sceaux, ministre de la Justice de la République du Congo que je suis, j'estime que les établissements pénitentiaires du pays ont vieilli et sont insalubres.

L'état général de ces lieux de détention est, toute proportion gardée, presque déshumanisant. Les bâtiments sont mal aérés, mal éclairés. L'accès aux toilettes, à l'eau potable et aux soins médicaux aléatoire. D'où les mauvaises conditions d'hygiène qu'accentue, de manière générale, la surpopulation, entraînant des problèmes de santé dans ces lieux. Une surpopulation due au grand nombre de prévenus et aux délais de justice, du reste longs, auxquels s'ajoutent les condamnés.

Un visage des prisons congolaises que le pouvoir du président, Pascal Lissouba, de 1992 à octobre 1997, n'a pu transformer, pour des contraintes financières.

J'imagine qu'à ce jour, la situation ne s'est pas améliorée. Peut-être qu'elle s'est davantage dégradée, avec toutes les arrestations arbitraires vécues, avant et après, les présidentielles congolaises de mars 2016 (notre photo montrant André Okombi Salissa au tribunal de Brazzaville pour une affaire de tentative de coup d'état, un motif que Sassou-Nguesso lui a collé après avoir annoncé l'avoir battu à l'élection présidentielle de 2016).

Ainsi, décrits, les établissements pénitentiaires congolais sont un riche ferment pour une propagation, à large échelle, du coronavirus dont les conséquences pourraient être terribles.

Des Etats africains comme le Sénégal, la Côte d'Ivoire et bien d'autres, ont mis au compte des mesures barrières contre le COVID-19, la décongestion des prisons. Une logique à saluer.

Il est de l'obligation morale et, par souci de protection des vies humaines, que le gouvernement du président, Sassou-Nguesso, se place dans cette politique de désencombrement des maisons d'arrêt.

Parallèlement aux mesures barrières édictées. Mesures, malheureusement, insuffisamment respectées parce que non accompagnées d'effets compensatoires.

C'est ici, à nouveau, une exigence nationale.

Fait à Paris, le 16 avril 2020

Joseph Ouabari Mariotti
Ancien ministre de la Justice, Garde des Sceaux (présidence du professeur Pascal Lissouba)
Membre de l'UPADS.

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