COTE D'IVOIRE : Depuis son exil parisien, Guillaume Soro annonce qu'il n'y aura pas d'élection pour Ouattara le 31 octobre

La parole de l'ex-chef des Forces nouvelles était fortement attendue au lendemain de son exclusion de la liste des candidats à l'élection présidentielle du 31 octobre. Cette parole est venue jeudi, 17 septembre, matin, dans un grand hôtel parisien où l'ancien premier ministre et ancien président de l'Assemblée nationale n'a pas hésité à déverser sa bile sur celui qu'il avait aidé à accéder au pouvoir, par le biais des armes, et qui, aujourd'hui, le lui rend, en lui collant 20 ans de prison et son exclusion de l'élection présidentielle. Pourtant, Soro jure qu'il va bel et bien participer à cette élection dont il demande, par ailleurs, le report pour plus de transparence. Pour obtenir celui-ci, il souhaite l'union de tous les trois candidats sélectionnés pour concourir avec « le menteur d'Abidjan » : Henri Konan Bédié du PDCI, Pascal Affi N'Guessan du FPI et Kouadio Konan Bertin (Indépendant).

« Ma candidature est ferme, irréductible et irrévocable », a déclaré urbi et orbi Guillaume Soro, fort de l'appui qui lui vient de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. En effet, cette Cour a mis les pieds dans le plat de la CEI et du Conseil constitutionnel en demandant ni plus ni moins l'inscription de l'ancien chef rebelle comme candidat à cette élection. Du coup, cela fait désordre que la Côte d'Ivoire de Ouattara qui se dit moderne refuse d'appliquer les traités dûment signés à l'international. Ou alors, il les applique uniquement quand ça l'arrange.

C'est sûr que « le menteur d'Abidjan » redoute un coup fourré de son ancien allié, lui qui a pris la presse française et internationale, ce jeudi, 17 septembre, matin, à témoin, pour lui annoncer qu'il n'y aura pas d'élection présidentielle avec Ouattara en Côte d'Ivoire. En d'autres termes, ce dernier doit laisser la place après avoir fait ses deux mandats constitutionnels.

Soro sait, exactement, ce qu'il doit faire pour rendre la vie invivable à Ouattara. Et pour qu'en définitive, il n'y ait pas d'élection. Ses hommes, sur le terrain, n'attendraient que ses mots d'ordre pour passer à l'action.

Ouattara avait assuré Emmanuel Macron, lors de leur déjeuner, à Paris, et ses homologues de la CEDEAO, réunis, en début de semaine à Accra, qu'il contrôlait, parfaitement, la situation et que l'élection se passera dans la paix. On en doute sérieusement alors que les partisans de l'ancien président, Laurent Gbagbo, invitent, de leur côté, à installer un pouvoir démocratique en Côte d'Ivoire. Autrement dit, à chasser « le menteur d'Abidjan » de son fauteuil. A ce rythme, le pouvoir pourrait être très vite débordé d'autant que l'opposition est très vigilante sur le comptage des morts, qui sont le fait de Ouattara et de lui seul.

Les généraux qui ont obtenu, chacun, 100 millions de F CFA (1,5 million d'euros) de lui, sont invités par l'opposition à ne pas commettre l'erreur d'ordonner de tirer sur la foule. La CPI leur tendrait les bras le moment venu. Cette idée fout d'ailleurs la trouille à certains d'entre eux, paraît-il.

Chaque jour qui passe aligne, pourtant, son lot de morts. Mercredi, 16 septembre, par exemple, ce sont 5 personnes qui ont été tuées par balles à Bonoua tandis que le climat d'insécurité se généralise avec des arbres coupés à l'intérieur du pays, qui empêchent la bonne circulation des biens et des personnes. A ces différents check-points, les anti-Ouattara montent la garde en ordonnant aux véhicules à faire demi-tour.

Dire que Ouattara contrôle la situation est faux. Il semble au contraire gagné de plus en plus par la peur. Et l'entrée en scène de Guillaume Soro ne va pas le tranquilliser. Ce dernier a suggéré à son aîné, Henri Konan Bédié et à ses deux frères Affi et KKB de saisir rapidement la CEDEAO pour poser le problème d'une présidentielle transparente. ...Sans Ouattara. On sait qu'au sein de cette instance sous-régionale, les présidents Buhari du Nigeria et Embalo de Guinée-Bissau (pour ne citer qu'eux) n'approuvent pas le 3e mandat de Ouattara et de Condé de Guinée. Ils l'ont clairement signifié à Niamey pour Buhari et en visioconférence pour Embalo.

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