COTE D'IVOIRE : L’amour de la patrie commande de refuser la candidature de Ouattara

Pour avoir géré le pouvoir avec le RDR pendant 7 ans (2011-2018), le PDCI est comptable des crimes économiques et crimes contre l’humanité perpétrés par Alassane Ouattara. Jamais, il ne remit en cause le F CFA qui profite plus à la France qu’aux 14 pays africains qui l’utilisent, ni la présence du 43e BIMA à Port-Bouët. Il jubila quand la France bombarda et détruisit la résidence présidentielle construite par Félix Houphouët-Boigny dont il aime pourtant se réclamer. Son président affirme avoir “ressenti un profond sentiment de soulagement” quand Laurent Gbagbo fut capturé et avoir appelé Soro Kigbafori pour “le féliciter du travail bien fait”. Plus tard, il fera remarquer que l’ancien président “est bien là où il est “. Il faisait ainsi allusion à la Haye où Laurent Gbagbo avait été déporté illégalement et injustement. Après l’accession de la Côte d’Ivoire à cette pseudo-indépendance qui, en six décennies, n’enrichit que les esclaves de la France et leurs proches, le PDCI ne s’est plus battu, n’est plus allé au charbon, n’est plus descendu dans la rue pour défendre les intérêts des Ivoiriens. Accusé de mener une opposition de salon, c’est-à-dire, de se comporter comme des petits bourgeois critiquant un régime sanguinaire et autoritaire, un verre de whisky dans la main et un cigare cubain dans la bouche, il ne trouva aucun inconvénient à travailler avec tous les pouvoirs qui lui succédèrent. Enfin, il quitta le RHDP, non parce qu’il tolérait de moins en moins la martyrisation du peuple ivoirien par Ouattara mais parce que ce dernier refusa de le porter au pouvoir en 2020.

Pour toutes ces raisons, certains militants du FPI étaient peu enthousiastes à l’idée d’une alliance avec le premier parti politique ivoirien. Il fallut attendre que Gbagbo reçoive Henri Konan Bédié à Bruxelles, le 29 juillet 2019, pour que ces militants fassent bon cœur contre mauvaise fortune (notre photo). Ce médicament amer n’était pas le premier qu’ils durent avaler pour rester en phase avec le chef si l’on pense aux Accords de Marcoussis (janvier 2003) par lesquels la France “démocratique” forçait Laurent Gbagbo à prendre dans son gouvernement ceux qui avaient attaqué et endeuillé le pays dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 et au décret autorisant Ouattara à prendre part à l’élection présidentielle alors que le juge, Tia Koné, l’avait recalé en 2000 pour “nationalité douteuse”.

Interrogé, le 22 juillet 2020, par RFI, Jean-Louis Billon répondit que le PDCI affronterait Alassane Ouattara à l'élection présidentielle du 31 octobre 2020 si ce dernier était le choix du RHDP. Il soutint même que son parti l'emporterait haut la main face au RHDP.

Ce qui me choque le plus dans les propos de l'ancien ministre du Commerce, ce n'est ni sa naïveté, ni sa trop grande assurance qui, de mon point de vue, ne repose sur rien, mais le fait que son parti, qui avait promis de se battre avec les autres partis pour que les élections de 2020 soient transparentes, justes et équitables, ait déjà pris acte de la candidature d'un homme à qui sa propre constitution ne reconnaît pas ce droit et qui avait annoncé, devant les députés et sénateurs du pays réunis le 5 mars 2020 à Yamoussoukro, qu’il ne se représenterait pas.

Bref, celui qui fut président du Conseil régional du Hambol grâce au RDR avant de retourner au PDCI, nous aura servi un discours insipide et creux là où on s'attendait à ce qu'il dise haut et fort que l'opposition n'acceptera pas que Ouattara brigue un troisième mandat.

En dépit des faits qui sont reprochés au PDCI, j'ai personnellement souhaité que celui-ci et le FPI se mettent ensemble pour les raisons suivantes : 1) les Ivoiriens, qui militent dans ces deux formations politiques, s’abstiendraient de faire certaines choses : par exemple, donner tous les marchés publics aux entreprises étrangères, terroriser la population, favoriser une seule ethnie, etc. ; 2) un seul parti ne réussirait pas à mettre fin à dix années de souffrances, de destructions et de violations des droits humains ; 3) les deux grandes forces politiques devraient nous débarrasser du poison qu'est Alassane Ouattara et non l'accompagner dans une élection truquée et gagnée d'avance par un parti habitué à la triche et à la violence.

Si le PDCI va à cette élection sans que le gouvernement ait fait droit aux justes revendications de l'opposition, sans que le RHDP ait trouvé un autre candidat que Ouattara, s’il refuse de mettre les mains dans le cambouis, il donnera alors raison à ceux qui le soupçonnent de vouloir utiliser le FPI pour revenir au pouvoir et de n'être guidé que par ses intérêts.

Quant au FPI, aura-t-il un candidat qui puisse défendre son projet de société ? Si la réponse à cette question est “oui”, à quel moment aura-t-il sa convention pour choisir ce candidat car, d’après les textes du parti, cette tâche incombe à une convention ou à un congrès plutôt qu’à un secrétariat général ? Pour moi, faire de Laurent Gbagbo le candidat unique du FPI comme si, sans lui, le parti devait être bloqué ou disparaître non seulement est une grave erreur mais démontre que la démocratie a cédé le pas au culte de la personnalité au FPI car, si sa candidature est rejetée pour une raison ou une autre, s’il décline la proposition du secrétariat général ou s’il n’est pas en mesure de rentrer, cela signifierait que le FPI n’aurait pas de candidat et qu’il devrait soutenir celui du PDCI au premier tour. A mon avis, le parti gagnerait à avoir une candidature de rechange. Le parti, qui regorge d’hommes et de femmes compétents et souverainistes, a encore le temps d’organiser une convention à laquelle participeraient les deux tendances (Affi N’Guessan et Assoa Adou). Le candidat élu par les militants au cours de cette convention serait endossé par tous. Si cette voie n’est pas suivie, le FPI risque d’avoir deux ou trois candidats en plus de Laurent Gbagbo, ce qui disperserait ses voix et l’empêcherait de gagner. Or, à en croire plusieurs analystes, un FPI uni et rangé derrière un seul candidat a des chances de remporter le prochain scrutin. Il est vrai que l’acquittement de Laurent Gbagbo en janvier 2019 a accru sa popularité, que la conscience collective africaine le place désormais au même niveau que les Kwame Nkrumah, Um Nyobè, Félix Moumié, Amilcar Cabral, Sankara, Mandela…, qu’il fait plus peur au RHDP que Konan Bédié et qu’un mot d’ordre de sa part mettrait sérieusement en difficulté Ouattara et sa clique mais l’homme désire-t-il vraiment se lancer dans une nouvelle bataille électorale et sa santé lui permet-elle de compétir une nouvelle fois ? N’aspire-t-il pas au repos du guerrier après 40 ans de lutte et d’engagement pour le triomphe de la liberté et de la justice ? Un repos qu’il mettrait à profit pour écrire, donner des conseils et partager son expérience de président dans les universités africaines.

Ce n’est pas leur manquer de respect ou leur faire injure que de dire que Gbagbo, Bédié et Ouattara devraient se tenir loin de l’élection de 2020, bien que la constitution les y autorise. Pourquoi ? Parce que leurs forces physiques et mentales déclinent, parce qu’eux-mêmes ont admis qu’à cet âge (75 ans et plus) on est diminué, parce qu’ils ont déjà donné au pays ce qu’ils pouvaient donner, parce que la division du pays est arrivée par eux. S’ils décident, malgré tout, de s’affronter à nouveau, 10 ans après la grave crise qu’a connue notre pays, cela voudra dire qu’ils jugent leur épanouissement personnel plus important que la paix et le bien-être des Ivoiriens. Honte à eux s’ils confirment leur participation au scrutin du 31 octobre 2020 ! Honte à eux parce qu’ils n’ont pas préparé la relève comme le firent Senghor (Sénégal) et Nyerere (Tanzanie) ! Honte également à nous parce que nous les avons idolâtrés, parce que nous sommes prompts à justifier toutes leurs paroles et actions, parce que nous avons été incapables de leur dire “non” quand il le fallait, parce que nous leur avons fait croire qu’ils étaient les plus intelligents et que ce serait le chaos ou le déluge s’ils n’étaient plus au pouvoir !

L’élection du 31 octobre est devenue une obsession pour certains Ivoiriens comme si l’opposition allait la remporter. Il m’est difficile d’adhérer à une telle obsession et à un tel optimisme. Pourquoi ? D’abord, parce que si Ouattara fait valoir qu’il protégera les intérêts français mieux que quiconque, la France ne l’empêchera pas de revenir sur sa décision de ne pas se représenter en 2020 ; ensuite, parce que la commission électorale centrale et les commissions électorales locales qu’il a refusé de modifier n’auront pas d’autre choix que de le proclamer vainqueur ; enfin, parce que seul un troisième frauduleux mandat lui permettra de ne pas rendre compte de sa mauvaise gestion et de ses nombreux crimes contre l’humanité. Ce n’est pas une élection entachée de fraude et de violence qui chassera Ouattara du pouvoir mais un soulèvement populaire et il n’est pas nécessaire d’attendre octobre pour cela. La déclaration de sa candidature par Ouattara devrait enclencher une telle désobéissance civile jusqu’à la chute du régime. S’ensuivrait une transition pour vider tous les contentieux, établir de nouvelles règles du jeu politique et préparer la prochaine présidentielle.

Jean-Claude DJEREKE
est professeur de littérature à l'Université de Temple (Etats-Unis).

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