COTE D'IVOIRE : Pascal Affi N'Guessan appréhendé par la police mais la désobéissance civile en hausse

Après avoir enfermé le secrétaire exécutif du PDCI, le professeur, Maurice Kakou Guikahué, à la MACA (Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan), ainsi qu'une dizaine de membres du Cabinet du président, Henri Konan Bédié, et du secrétariat général du parti, et mis en résidence surveillée, les anciens ministres, le docteur, Assoa Adou et le professeur, Hubert Oulaye, tous deux du FPI, le porte-parole de l'opposition, Pascal Affi N'Guessan a été arrêté à la frontière du Ghana qu'il cherchait à traverser vendredi, 6 novembre, soir. « Le menteur d'Abidjan » croit ainsi décapiter le mouvement. S'il le pense vraiment, alors, alors, il a tort sur toute la ligne. Car qu'il le veuille ou non, le ver est, déjà, dans le fruit, et en profondeur du fruit.

L'ancien président Ouattara n'avait-il pas juré à Emmanuel Macron, à Paris, qu'il n'y aurait aucune résistance à sa candidature pour un 3e mandat et que les quelque morts enregistrés (une vingtaine) au lendemain de la déclaration de sa candidture, le 6 août, seraient les derniers ? « Le menteur permanent » a, une fois, de plus, sévi en mentant en plein jour, pendant le déjeuner que Macron lui offrait à l'Elysée. Aujourd'hui, on caracole à près de 110 morts. Le mensonge est un sport intime chez Ouattara. Les imams qui l'encadrent n'ont-ils pu rien faire à ce sujet ?

 

Aujourd'hui, il est obligé de constater que la situation le dépasse. Il n'avait pas prévu que l'opposition unie lui opposerait une telle résistance. Dans un entretien privé, hier, le président du Conseil national de transition (CNT) et du PDCI, Henri Konan Bédié, a, une fois de plus, marqué sa détermination à ne pas dissoudre cette instance, quel qu'en soit le coût pour sa modeste personne. Il l'avait déjà dit aux ambassadeurs venus lui rendre visite en milieu de semaine. Il l'a redit, hier, au téléphone à qui de droit (sur notre photo Le Vieux avec Pascal Affi N'Guessan le porte-parole de l'opposition unie).

 

« Le menteur illimité » peut même faire arrêter, Dr Albert Mabri Toikeusse (qui a signé le communiqué du 5 novembre du CNT au nom du président Bédié), et toutes les autres têtes de l'opposition, s'il le souhaite. Cela ne changera rien à la cause que défend l'opposition ivoirienne. Une cause par ailleurs panafricaine ! Car le combat des Ivoiriens (déjà gagné au Burkina Faso en 2014 avec le départ de Blaise Compaoré) est celui de tous les autres pays africains francophones.

 

Les arbres qui sont coupés pour barrer les routes, un peu partout, à l'intérieur de la Côte d'Ivoire, et qui empêchent la bonne circulation des biens et des personnes, seront toujours coupés avec ou sans les dirigeants de l'opposition emprisonnés ou en résidence surveillée. Il en est de même des véhicules des ministres, des DG de sociétés, des hauts fonctionnaires, et des magistrats qui excellent dans les jugements à géométrie variable, véhicules qui sont mitraillés quand ils s'aventurent à l'intérieur du pays. Deux ministres ont vu leurs véhicules mitraillés ces derniers jours, avec un mort à la clé. Patrick Achi, le ministre d'Etat secrétaire général à la présidence, lui, a eu plus de chance : alors qu'il voulait se rendre dans son village, fin octobre, ses parents lui ont, simplement, barré la route avant de lui intimer l'ordre de retourner à Abidjan. Il est accusé de haute trahison.

 

La rentrée scolaire qui devait avoir lieu, lundi, 9 novembre, a été repoussée au 16 novembre, par Kandia Camara, la ministre de l'Education nationale et secrétaire générale du RDR (le parti présidentiel), qui ne peut s'aventurer, par les temps qui courent, à l'intérieur du pays avec sa voiture, de peur de la voir mitraillée.

 

Une grande manifestation de l'opposition unie est prévue dans les prochains jours à Abidjan. A Paris, la diaspora s'organise pour se faire entendre de la communauté internationale. Cette fameuse communauté internationale est, aujourd'hui, un peu dépassée, de voir son poulain qu'elle qualifiait, hier, de démocrate et de civilisé, s'accrocher au pouvoir au prix des tueries qui se passent de commentaire, comme les autres dictateurs du continent.

 

Plus grave : le « menteur d'Abidjan » a récruté des miliciens chez George Weah, le président du Liberia. On soupçonne que ce sont ces va-t-en guerre portant de sales cagoules, qui avaient débouché chez le président Bédié, le 3 novembre, pour tenter de l'enlever alors qu'il s'entretenait avec deux généraux de l'armée ivoirienne. Surpris, un des deux généraux est allé jusqu'à demander au porte-parole de ces va-t-en guerre qui, lui, s'exprimait en français (correct) si dans leur garnison, il n'existe pas d'équipement plus décent ? Tellement, ils étaient mal accoutrés.

 

« Le menteur chronique » pense décapiter l'opposition en neutralisant ses leaders. Mais, la pression, c'est lui qui la porte sur ses épaules. Car à un moment donné, les investisseurs vont se plaindre de ne plus faire de bonnes affaires. Les ministres, DG de sociétés, hauts fonctionnaires et magistrats, diront qu'ils ont peur d'aller à l'intérieur du pays à cause des voitures mitraillées. Et puis, « le menteur permanent » sait-il de quoi demain serait fait pour lui-même ? Car les énormes torts qu'il cause aux Ivoiriens qui l'ont accuilli, gentiment, comme tout le monde sait, finiront, un jour, par se retourner contre lui, le grand rusé qui croit avoir mis tous les Ivoiriens réunis, dans sa poche. Mais, comme on dit, à malin, malin et demi.

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